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[don't hate the media... become the media]   09/02/10 - 14:07
[dépêches]
Gênes 2001

Communiquer Gênes
Une proposition de la rédaction de Carta

Lettre publique à tous ceux qui produisent de l’information sociale, anti-libérale, de gauche, fondée sur la coopération, autogérée, pour que nous coopérions autour du G8. Nous nous adressons à ceux qui participent à la réalisation de quotidiens, de sites web et d’émissions de radio. A partir du prochain numéro de notre hebdomadaire, nous publierons leurs interventions et nous ouvrirons un forum sur carta.org.

Le sommet du G8 à Gênes, fin juillet, représente un concentré de contradictions et d’intérêts, d’occasions et de problèmes, sur lesquels tout le monde discutent désormais, chacun à partir de son point de vue : les forces politiques et gouvernementales comme les organisations sociales. Nous pensons qu’il s’agit non seulement d’une étape fondamentale pour les réseaux transnationaux qui – de Seattle à Porto Alegre en passant par Mexico – se sont mis en mouvement pour dire qu’« un autre monde est possible », mais aussi d’un lieu et d’un moment où le mouvement italien contre le néo-libéralisme devra assurer des espaces de démocratie à tous ceux qui viendront de toute l’Europe et des autres continents, et, surtout, pourra affirmer avec force son point de vue dans un pays, comme le nôtre, où la dérive vers un modèle social dominé par le marché connaît une forte accélération après la victoire de la droite berlusconienne.

Gênes, le sommet des « huit grands », la mobilisation, les forums et la protestation qui y seront organisés doivent cependant aussi être communiqués, à l’opinion italienne et mondiale. Nous ne pouvons attendre que le système des médias, à partir des médias italiens, veuille ou sache informer sur ce qui se passera de manière abondante, avec le respect et l’intelligence nécessaires, face à la grande pluralité d’évènements et de présences sur lesquels nombreux d’entre nous, nous nous sommes engagés, et en premier les plus de deux cents organisations réunies au sein du Genoa Social Forum.

Nous devons savoir que, tout comme la coopération sociale, le commerce solidaire, les auto-productions et l’autogestion, la désobéissance civile et les autres formes de conflit, la démocratie participative peuvent dessiner, dans le cadre de la vie sociale, politique et institutionnelle, cet « autre monde possible », la même chose doit se produire dans le secteur décisif de la communication.

L’industrie de l’information et dues loisirs est l’pine dorsale de la production de la « pensée unique », c’est-à-dire de la fausse conscience dominante. Leur fonctionnement, subordonné aux exigences d’un marché qui a désormais dépassé, en chiffre d’affaires, les productions « classiques » comme celle de l’automobile, est, comme l’a bien analysé Ignacio Ramonet, privé de mémoire et incapable d’imaginer le futur étant dominé par l’« instantané ». Dans le cas de Gênes, ceci se traduira dans l’exhibition de heurts de rues et de rencontres diplomatiques entre les « huit grands » comme les seuls témoignages d’actions et de proposition qui ont une histoire et une projection bien plus complexes et intéressantes.

Pour le dire plus simplement, communiquer Gênes est une tâche qui nous appartient, nous, à opérateurs italiens de l’information anti-libérale. C’est une tâche que nous pourrons remplir seulement si nous choisissons la coopération au lieu de la concurrence ou de l’indifférence réciproque, comme il est s’est produit parfois dans le passé.

Nous à Carta, comme vous le savez, vu que nous sommes nés (comme journal, comme site et comme coopérative) justement pour raconter, discuter et montrer ce que nous appelons les « chantiers sociaux » (mais d’autres définitions sont les bienvenues), nous sommes en train de tenter la transformation du mensuel à l’hebdomadaire et un nouveau développement de notre site carta.org. Nous le faisons non pas pour occuper un « territoire », mais au contraire pour renforcer le plus possible, en apportant notre contribution spécifique, la « masse critique » d’information anti-libérale en langue italienne.

Nous savons bien que nous ne suffisons pas. Nous savons que d’autres journaux, d’autres sites web, d’autres opérateurs de l’information non seulement réussiront à toucher des personnes que nous n’atteignons pas, mais, en plus, il le feront à partir de sensibilités et cultures diverses de la nôtre et tout aussi importantes. C’est pourquoi que nous écrivons cette lettre publique à tous ceux qui ont la même activité que nous, du même côté du conflit social. Pour qu’ensemble nous cherchions à rendre cette « masse critique » d’informations écrites, de sons et d’images en mesure de concurrencer – cette fois, si ! – les grands médias libéraux.

Ensemble, selon nous, nous devons chercher à :

1. obtenir du gouvernement italien, ou en tout cas construire de manière autonome, un grand centre des médias autogérés et pluriels où tous, durant les journées génoises, aient à disposition espaces et structures pour produire leur propre information ;

2. se doter d’une structure pour traduire en plusieurs langues, ou traduire depuis plusieurs langues vers l’italien, ce que chacun, dans son autonomie, produira ;

3. mettre en commun, une sorte de banque de données, ou une « agence » plurielle, que chacun, dans son autonomie, découvrira et sera racontée.

Nous ne parlons pas du bureau de presse du Genoa Social Forum, qui remplira son rôle spécifique en cherchant de pénétrer dans les grands médias. Ce que nous disons est que les quotidiens et les périodiques de la presse écrite, les producteurs d’images, les radios démocratiques, les sites web de tout type, en coopérant et en préservant leur propre autonomie, peuvent assurer une ample richesse, dans la circulation des informations de manière à toucher des millions de personnes en Italie et dans le monde.

Dans le fond, en se concurrençant réciproquement avec férocité pour conquérir un imaginaire « lecteur moyen », les médias libéraux, avec une réelle ressemblance avec les partis politiques à la recherche de l’« électeur moyen », conspirent entre eux, en homologuant les informations.

Nous pouvons faire l’opération, Identique et contraire, coopérer pour faire ressortir les distinctions, atteignant ainsi des publics pluriels.

Nous pensons qu’il est venu le moment de faire un pas en avant, de changer l’actuel scenario de l’information anti-libérale. Ainsi, nous vous livrons cette réflexion en espérant qu’elle puisse de quelque utilité.

La rédaction de Carta

(Traduit de l’italien par Ludovic Prieur)


Source/auteur : Carta
Mis en ligne le mardi 5 juin 2001, par Ludo
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