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[don't hate the media... become the media]   08/10/08 - 04:49
[dépêches]


De la domination de tous par tous...

Je m’interroge sur cette notion de complexité qui commence à fleurir dans les discours visant à donner des explications a posteriori du vote dit "protestataire". Je note d’ailleurs que la violence symbolique consistant à expliquer que l’autre a peur de la complexité du monde, peut être annulée par un discours symétrique, selon lequel celui qui cherche à tout prix des explications savantes sur cette fameuse complexité est aussi mal adapté à ce monde que ces fameux peureux "protestataires".

Si le champ politique est si peu représentatif aujourd’hui, et a donné lors de ces élections des résultats qui n’ont par conséquent que peu de sens quant aux candidats sélectionnés au premier tour, c’est bien parce que les adaptés de ce monde sont devenus largement minoritaires dans la population.

Les discours savants que l’on peut éventuellement écouter en marge d’une pensée journalistique qui est certainement plus irréelle que simpliste, sont émis par des savants tout à fait absents des luttes sociales, repliés dans leurs universités sous le couvert d’une prétendue neutralité scientifique.

En attendant, et ailleurs que dans le microcosme savant, on retrouve intacte cette illusion de neutralité dont les dégâts sont de plus en plus visibles :

1) dans le champ médiatique : illusion de la neutralité donnée par le direct, la circulation circulaire et répétitive des informations et opinions, les enquêtes d’opinion chiffrées.

2) dans le champ politique : illusion de la neutralité donnée par l’expertise (les "conseils scientifiques" des partis, ou d’associations comme Attac), les controverses gestionnaires dans les débat politiques ("comment allez-vous financez votre politique ?").

Dans tous les cas, la neutralité de l’outil technique est le moyen par excellence d’une domination de tous par tous, domination particulière qui a en commun avec les autres formes de domination leur dimension symbolique. Analyser ces nouvelles formes de domination demande de travailler à une véritable sociologie des techniques qui n’existe pas encore, et qui nécessite au minimum d’abandonner définitivement :

1) tout présupposé affirmant la neutralité symbolique des outils techniques,

2) le présupposé marxiste qui conduit encore aujourd’hui au réductionnisme économique - et coupe tout élan aux mouvements alternatif actuels qui ne peuvent dépasser l’obsession de la critique anti-capitaliste, faute de moyens de penser la domination de tous par tous,

3) la coupure artificielle effectuée entre une technique réduite à l’univers des machines et des techniciens (a) et une culture réduite soit à sa version "musée" (b), soit à sa version sociologique (c)

4) l’idée d’un système technicien autonome par rapport à la société et à ses fondements symboliques (d).

Au fétichisme nationaliste marginalisé et dominé répond aujourd’hui le fétichisme égalitaire dominant. Il n’y a naturellement rien à attendre de ce combat d’arrière-garde.

Reste à observer comment se règlent ces controverses, c’est-à-dire avec quels moyens techniques donnant la neutralité objective à ses utilisateurs, et comment les conditions culturelles autorisant des constructions sociales du réel par des outils techniques ne sont pas questionnées, ni questionnables pour l’instant.

ae.

— 

(a) Pour une redéfinition du mot "technique" englobant les techniques non matérielles, voir "La technique ou l’enjeu du siècle" de J. Ellul
(b) culture défendue par les professionnels du champ culturel
(c) celle de "La Distinction" de P. Bourdieu, culture réduite à ses propriétés distinctives entre classes sociales.
(d) idée défendue par J. Ellul, dont le grand mérite est d’avoir le premier pointé du doigt du phénomène technicien des sociétés de masses.


Source/auteur : avalanche_ecarlate
Mis en ligne le mercredi 1er mai 2002, par avalanche_ecarlate
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