La gauche s’est effondrée dans l’élection présidentielle. Des millions de salarié-e-s, de précaires, de chômeur-se-s, de jeunes, femmes et hommes, ont été abandonnés par la gauche gouvernementale et ont refusé de voter pour elle. Tou-te-s sont menacés par la montée du fascisme. Nous sommes dans la rue, nous votons contre Le Pen ; mais nous voulons parler de cet échec, des raisons profondes de cette défaite politique. Personne ne peut comprendre pourquoi cette gauche n’a pas régularisé les sans-papiers, pas vraiment augmenté les minima sociaux et les salaires, pas agi contre le travail précaire et la pauvreté grandissante, pas défendu les services publics, pas commencé la sortie du nucléaire... Il y a trois ans, 13 des 15 pays de l’Union Européenne étaient gouvernés par des forces de gauche et de centre gauche. Ils avaient les moyens d’une politique de gauche !
Aucune direction des partis de gauche n’est aujourd’hui à la hauteur de la situation. A la claque électorale, la direction du PS cherche des coupables partout, sauf dans son bilan. Les directions du PCF et des Verts maintiennent leur ligne de satellisation au PS, malgré les minorités critiques qui, en leur sein, réclament de sortir de l’inaction et des vieilles frontières politiques. La LCR est tiraillée par des orientations contradictoires, bien que sa direction semble refuser de traduire le bon résultat de son candidat en nouvelles responsabilités, n’y voyant qu’un atout dans ses négociations avec LO. Les gauches alternatives qui avaient émergé lors des municipales n’ont pas été en mesure de se donner une expression politique au niveau national. Lutte Ouvrière, qui stagne, ne propose toujours qu’un « parti des travailleurs » ultra minoritaire et étriqué, incapable de prendre en compte les nouvelles luttes et de les soutenir.
Les mouvements sociaux ne sont pas parvenus à se faire entendre dans la campagne. Le fossé s’est creusé entre les attentes sociales et les partis politiques.
La clarification des clivages existants doit contribuer à l’ouverture d’un nouvel espace politique. Il est temps de construire autre chose, une force politique large, ouverte, opposée à la mondialisation capitaliste, développant des pratiques démocratiques radicales, affirmant une vision sociale, féministe et écologiste.
Nous sommes de jeunes militants et militantes, organisé-e-s ou inorganisé-e-s, de cette gauche en devenir. Nous lançons cet appel pour montrer qu’elle existe. Aucun parti , aucune association, aucun syndicat, aucun intellectuel médiatique ou autre « représentant de la société civile », ne peut aujourd’hui prétendre l’incarner.
Nous ne sommes pas seuls ; des résistances populaires se dressent partout et les alternatives politiques commencent à être débattues. Partout, depuis les manifestations massives à Barcelone pour contrer les privatisations européennes jusqu’à Porto Alegre où on discute de la démocratie mondiale, un renouveau des forces de gauche s’affirme. Même dans des situations que l’on croyait politiquement bloquées, des mobilisations sociales puissantes se développent, comme en Argentine ou au Venezuela. En Italie, le peuple de gauche entre en grève pour dire que la défaite de la gauche gouvernementale n’est pas la sienne. Le Forum Social Mondial ou le rassemblement de Millau prouvent que l’on peut réussir des mobilisations rassemblant des forces de nature très différente sans hégémonie. Les mouvements sociaux des dernières années montrent que sans-papiers, chômeurs, syndicalistes et précaires ont un adversaire commun. La mobilisation contre les licenciements chez Danone, la révolte contre les pollueurs de TotalFinaElf ou encore l’expérience des Motivé-e-s de Toulouse, démontrent que les forces existent pour reconstruire une gauche digne de ce nom.
La révolte sociale appelle une réponse politique.
Il ne suffit pas de changer de discours. Il faut avancer ensemble pour ouvrir de larges espaces démocratiques qui permettent aux gens de gauche de participer activement à la politique, loin des réflexes partidaires, des coups médiatiques et des plans de carrière. Ensemble, nous pouvons transformer ce vieil Etat rigide et autoritaire. Ensemble, nous casserons les nationalismes et réinventerons l’Europe. Ensemble, nous pouvons imaginer une planète solidaire, une planète rouge et verte.
La crise de la gauche ne nous fait pas peur : saisissons-la pour construire une perspective qui pointe vers l’avenir : nous sommes condamné-e-s à réussir ! Nous devons nous rencontrer pour élaborer un projet politique commun. Nous donnons rendez-vous à tous ceux et celles qui n’ont pas renoncé à construire une société multicolore et libérée !
Vous pouvez signer cet appel en envoyant un mel à : transfo@altern.org
Vous trouverez cet appel et la liste des signataires sur le site : http://autrechose.lautre.net