Les « intellos précaires », selon la désignation popularisée par le livre éponyme d’Anne et Marine Rambach (paru en septembre 2001 chez Fayard), c’est cette masse de pigistes, auteurs, salariés en contrat à durée déterminée, en contrat emploi-solidarité, chercheurs indépendants, vacataires, que la crise a laissés à la périphérie du monde du travail.
Un pied en dedans, un pied en dehors de l’entreprise ou de l’institution : une position acrobatique, mais qui, par le point de vue imprenable qu’elle offre sur la société, aiguise le regard. Si la précarité, au départ, est le plus souvent subie, elle peut aussi se charger d’une signification politique et se doubler d’une activité militante bénévole, activité parfois plus déterminante d’une identité sociale que la fonction salariée. En février 1998, réfléchissant au projet éditorial de la revue Vacarme, Mathieu Potte-Bonneville théorisait déjà sur la fonction politique de l’intello précaire, sur cette "énergie intellectuelle non-liée, littéralement désaffectée par les transformations actuelles de la production". Il constatait : "On assiste au déclassement massif d’une population intellectuelle dont la qualification, la formation scientifique, artistique, universitaire, est en raison directe de sa déqualification professionnelle, de son incapacité à inscrire ses compétences dans des cadres institutionnels déterminés, aptes à définir sa tâche et sa fonction".
La liste de discussion « intellos précaires » s’adresse à tous ceux qui exercent une activité rémunérée dans l’édition, les médias, la recherche universitaire, et qui par ailleurs s’investissent dans une activité militante, politique ou culturelle. La liste a deux fonctions : d’abord rompre l’isolement en permettant l’échange de conseils, l’expression de ras-le-bol, l’entraide. Nous ne croyons que modérément à l’argument selon lequel cet isolement est inéluctable du fait de la concurrence : chacun peut disposer un jour de tuyaux qu’il ne peut ou ne souhaite pas exploiter, mais qui peuvent être utiles à d’autres ; l’échange d’informations sur le droit du travail, sur le fonctionnement de telle ou telle entreprise, lui non plus, ne lèse personne. Enfin, plus largement, la liste se veut un lieu de réflexion dépassant l’immédiateté de la situation : on y discute du statut de la production intellectuelle, on s’y fait l’écho des projets alternatifs qui s’ébauchent, des perspectives qu’ils ouvrent, des difficultés qu’ils rencontrent.
Pour préserver une certaine confidentialité des échanges, les abonnements à la liste sont modérés. Pour vous inscrire, envoyez un e-mail vous présentant en quelques mots à l’adresse :
mona@rezo.net
ou marinerambach@aol.com