Plusieurs affaires récentes relancent la polémique sur les risques de dérapages du plan Vigipirate. En effet, en l’espace d’une semaine, deux cas terrifiants révèlent d’inquiétantes pratiques de la police à l’endroit des « gens de couleur ». S’agit-il de simples coïncidences ou de dérives anticipées du plan Vigipirate, dans un climat de surchauffe au sein des forces de police ?
Le 29 octobre dernier, Salumu Sumbo, un Congolais de 43 ans père de deux enfants était interpellé au volant de sa voiture pour un contrôle d’identité. Il aurait ensuite été violemment maintenu à terre et aspergé de gaz lacrymogène, avant d’être emmené de force au commissariat. Deux jours plus tard, sa famille apprenait son décès.
Le 18 octobre dernier, un autre Congolais, 25 ans et père de deux enfants, fait lui aussi l’objet d’un contrôle d’identité, alors qu’il est au volant de sa voiture. Mal entendant, il présente sa carte d’invalidité, que les policiers déchirent sous ses yeux. S’ensuivent des coups et violences à son égard, et vingt-quatre heures de garde à vue. Il est alors conduit au tribunal de Bobigny où il est condamné à trois mille francs d’amende, sans assistance d’un interprète des signes et donc sans qu’il puisse même comprendre les raisons de sa condamnation.
Troisième affaire, certes plus ancienne, mais dont le procès s’ouvre lundi 12 novembre au Tribunal de grande instance de Bobigny : Mohamed Taïbi, artisan taxi de 51 ans, molesté lors d’un contrôle routier en janvier dernier, a porté plainte contre les policiers bourreaux. M. Taïbi, après avoir été violenté, avait passé une nuit de garde à vue pour outrage à agent et port d’arme de sixième catégorie (en l’occurrence une bombe lacrymogène d’autodéfense, dont tous les chauffeurs de taxi sont munis).
Le MRAP réitère les mises en garde déjà exprimées sur la mise en place du plan Vigipirate, le 11 septembre, et son renforcement récent. La nécessaire vigilance contre le terrorisme ne doit pas s’exercer au préjudice des immigrés et des personnes supposées étrangères, sous peine de discréditer la nouvelle politique de lutte contre les discriminations. C’est bien ici le principe républicain d’égalité qui est bafoué.
Le MRAP veillera à ce que les dérives constatées ne soient pas impunies. Il entreprendra toutes les démarches appropriées, pour que leurs auteurs soient jugés, et condamnés.
Paris, le vendredi 9 novembre 2001