Je souhaite relater le comportement inadmissible des CRS lors de mon arrestation à l’extrême fin de la manifestation anti-Le Pen, place de la Bastille à Paris, le mardi 23 avril vers 3 heures du matin.
Nous n’étions plus qu’une quinzaine de personnes, en majorité très jeunes, assis sur le terre-plein central de la Bastille. La manifestation était terminée, nous ne faisions que parler tranquillement, en attendant la reprise du métro.
Une compagnie de CRS, accompagnée de policiers, seuls sur leur moto et qui tenaient une matraque en conduisant se sont mis à nous charger violemment pour vider la place.
La panique s’est emparée des gens. Moi, en partant, j’ai lancé une cannette que je buvais en direction des policiers en moto. Je voulais montrer ma désapprobation par rapport à la violence de la charge.
Un policier m’a vu et m’a désigné du doigt à un autre motard. Poursuivi par un CRS, j’ai couru, suis tombé par terre et le CRS m’a frappé violemment à la tête avec sa matraque, j’ai essayé de me protéger, j’ai vu 3 ou 4 personnes qui couraient vers moi et qui m’ont mis des coups de pied.
Ils m’ont passé les menottes en m’appelant "sous-merde", et en me demandant de répéter après eux. Puis, ils m’ont fait rentrer dans le camion. Là, il y avait déjà une personne interpellée avec l’arcade sourcilière éclatée. L’un des CRS a alors dit : "Putain, c’est même pas deux bicots".
Ensuite, ils sont partis pour en attraper un troisième et en rentrant dans le camion, ils se sont mis à frapper violemment, à coups de pied, celui qui était assis par terre, à l’entrée du camion, ils hurlaient : "Mais casse-toi qu’on entre, mais putain, casse-toi, allez bouge." A ce moment-là-là, j’avais vraiment mal pour ce jeune. J’étais étonné que l’on puisse frapper une personne avec les menottes, à moitié inconsciente.
Ils sont finalement rentrés dans le camion, le plus virulent des CRS s’est assis sur le gars, a sorti une matraque, toute petite, a frappé le siège devant lui, m’a regardé et dit "toi, tu vas chanter avec nous, ou je t’éclate ta gueule". Alors, ils se sont mis à chanter à tue-tête "Maréchal, nous voilà" pour finir par un chant qui avait de drôles de relents nazis. Je commençais à me demander où j’étais, je n’étais pas très fier.
On m’a emmené au commissariat et j’ai revu plus tard les deux interpellés avec moi, qui revenaient de l’hôpital. J’ai demandé à voir un médecin, qui a reconnu dans un document que je n’ai pas, les coups portés sur la tête et l’épaule. J’ai finalement été relâché le mercredi soir vers 20 heures, après avoir été emmené devant un procureur qui s’est prononcé sur mon cas.
Voilà ce qu’il s’est passé, dans un car de CRS, en 2002.
Ce n’est qu’un témoignage, mais j’espère qu’il sera largement diffusé.