Le foyer d’immigrés de la rue de Romainville situé près du métro Télégraphe, a été le théâtre d’une descente de police très musclée, dimanche 8 juin vers 9 heures du soir. Les passants ont assisté au grand Show Flic : les petits robocops, traits tendus par l’envie manifeste d’en découdre, ont plaqué contre le mur la vingtaine de noirs oisifs que les riverains ont l’habitude de voir buller, saluer leurs copains et vivre de petits trafics sous les fenêtres du foyer. Coups, bousculade, aboiements de rage, spectacle répugnante du flic qui accomplit les basses besognes : Il se sait en faute, mais sa hiérarchie le couvre. Du coup, il se prouve à lui même qu’il est bien dans son droit. Et comment ? En se les accordant tous, pardi.
Les africains récalcitrants sont jetés à terre. Un grand dadais se prend des baffes, une jeune femme en bleu marine distribue des injures. A une femme en boubou qui, de sa fenêtre, criait « vous n’avez pas le droit d’agir comme ça ! », un petit flic, air brutal et cou de taureau, répond « descend nous le dire en face, connasse, ou rentre chez toi ». Un ou deux passants ralentissent ; les flics, matraque en main, leur montrent les dents pour qu’ils se pressent. Les chefs flics devaient se dire que les citoyens blancs, collés devant la TV à regarder les résultats des législatives, ne verraient pas leurs hommes molester et insulter les africains ? Ou peut-être que c’est l’inverse : Cambadélis, député du 19ème arrondissement en ballottage pas super favorable, a pu estimer que c’était le moment de montrer que le PS pouvait, aussi bien que l’UMP, appliquer les idées sécuritaires de Le Pen. Un passant regarde d’un air méfiant les noirs qui ploient sous le bleu marine Je l’interroge, il m’explique, un peu méprisant : s’ils sont brutalisés ainsi, c’est qu’ils ont fait quelque chose de mal, et il n’y a pas de hasard dans la vie... Le message Hollande-Raffarin est manifestement bien passé.
Un tableau effrayant : dans une rue presque vide, des individus en uniforme, aux méthodes de voyous, brutalisaient des hommes à la peau sombre, sous les regards de passants indifférents. N’écoutez pas ceux qui vous disent que Le Pen a « perdu », dimanche dernier.