Tout mouvement festif anticonformiste, initialement destine à promouvoir des valeurs simples de partage, de sensualité et de sincérité entre ceux qui ne veulent pas/plus faire la fête dans un cadre mercantile et consumériste à outrance, entretenu par les esclaves du capitalisme qui se retrouvent dans divers lieux branchés pour engraisser un système qui les a déjà tant déshumanisés, se voit désormais caricaturé en de stupides effets de mode.
Le café-concert "La Flèche d’Or"- et bien d’autres lieux du même type- se pose comme le numéro 1 de la récupération tous azimuts, sport désormais trop répandu, qui consiste à mépriser le plus possible toute indépendance, surtout culturelle, en l’engonçant dans des carcans commerciaux ; dès lors, la musique, par exemple, n’est plus qu’une marchandise supplémentaire destinée au conditionnement de foules écervelées avides de divertissements populistes.
Comme me le disait si bien le gérant du bar précédemment cité, le public libertaire, qui se bat au quotidien contre le prêt à consommer, -écouter, -regarder, -JOUIR, constitue un boulet pour les espaces "festifs", et pour la société en général, car il sait encore s’amuser à moindre frais : c’est quand même un monde, ces gens qui viennent écouter du son sans faire une razzia sur le bar et qui squatte le parvis de son café, sans même payer leur entrée comme tout le monde ! Ce que cet idiot et ses semblables sont incapables de comprendre, c’est qu’en s’échinant à se réapproprier systématiquement les mouvements free, ils attireront aussi un public free, auquel revient la création desdits mouvements ; s’ils souhaitent attirer un public exclusivement composé de bobos argentés qui viennent admirer EXTATIQUEMENT des vendus de la free-party, qui, soit dit en passant, méprisent ceux qui tentent désespérément d’en conserver l’esprit, qu’ils l’indiquent sur la devanture de leurs multiples bars/café-concerts, boites de nuit, salles de concerts..., en une pancarte du genre :
CET ENDROIT EST STRICTEMENT RESERVE A CEUX POUR QUI LA FETE EST UN MOYEN PARMI TANT D’AUTRES D’AFFICHER SON STATUT SOCIAL BOURGEOIS.
TOUT ABUS D’OUVERTURE D’ESPRIT SERA PUNI.
Cette franchise éviterait que des évènements fâcheux, tels que celui qui est survenu le 26 juin dernier à la "Flèche d’Or", ne se multiplient. En effet, pour des raisons qui restent encore plus que floues, les portiers du café, dont le manque de diplomatie n’a la plupart du temps d’égal que le désir d’évacuer toute l’amertume de n’être que des sous-flics, par l’intermédiaire de la violence physique, ont cru bon de s’y prendre à plusieurs, pour massacrer-je pèse mes mots- un jeune homme famélique, en dépit des cris de mécontentement de sa compagne et de la foule, pour une fois sérieusement échaudée par ce règlement de compte avec les libres d’esprit ; plus le visage dudit jeune homme se tuméfiait, plus les esprits s’échauffaient, jusqu’à ce qu’éclate ce qu’il convient d’appeler une mini-émeute, avec jets de projectiles de fortune, juste réponses face à tant d’injustice ; en effet, rien ne justifie que des primates, vulgairement nommés "videurs", s’arrogent le droit de distribuer des pains, pour le moins indigestes !
De là, toutes les forces de police de France et de Navarre ont débarqué, affublées de la panoplie du parfait crétin anti-protestataire ; et nos chers amis les flics d’alourdir l’air déjà peu respirable de Paris de virulents gaz lacrymogènes, de taper avec une certitude pavlovienne sur tout ce qui leur faisait l’affront d’exister et d’interpeller les sacro-saints boucs émissaires, au lieu des portiers hystériques, seuls responsables de la rixe ! Encore une preuve, s’il en fallait une nouvelle, du fait que les roquets au service de l’industrie du divertissement ont toujours raison !
Nous savons pertinemment que les clivages entre les bons - ceux qui se divertissent en claquant le plus de fric possible- et les mauvais - ceux qui ne demandent qu’à pouvoir s’amuser en toute simplicité- fêtards, vont s’affirmer ; nous savons également que les agressions, telles que celle que nous avons décrit plus haut, ne sont que le pendant du traitement que notre société totalitaire réserve à tous ceux qui se refusent à la subir, d’autant que cette dernière n’a trouvé, pour combattre les maux qu’elle a bien mérités, que des réponses sécuritaires et répressives, qui encourage une dégradation de libertés, déjà infinitésimales, en toute impunité !
Puisse qu’il est de moins en moins possible de faire la fête en dehors de sphères privées et réglementées, nous radicaliserons les mouvements libertaires, festifs ou non, et parviendrons, quoi qu’il arrive, à donner la possibilité à tous ceux qui le désirent viscéralement, de se rassembler pour échapper au contrôle de l’Etat et au "star system", qui corrompt les plus incorruptibles, et entretient des modes éphémères, véritables machines à atomiser toute originalité digne !
Laissez-nous vous dire que vous aurez beau acheter tous les recoins de ce minable terrarium grouillant d’insectes en tous genres, NOUS, que l’on nomme bien pompeusement "notre planète terre", pondre une pléthore de lois normalisatrices et iniques, ou encore nous bastonner jusqu’à ce que mort s’en suive, vous ne pourrez nous empêcher de créer des mondes parallèles, authentiques et marginaux, où une boulimie d’échanges humains et de créativité sera perpétuellement alimentée !
NOUS VIVRONS EN AUTONOMES, PAS EN LOBOTOMES, EN LIBERTAIRES, PAS EN LIBERALISTES, ET NOUS DEBARASSERONS DEFINITIVEMENT DE CE CYNISME UNIVERSEL QUI SE TREMOUSSE VANITEUSEMENT, AU RYTHME D’UNE DANCE-MUSIC EMETIQUE, VOCIFERANT QUE L’ON VIT UNE EPOQUE FORMIDABLE, OU TOUT A DESORMAIS UN PRIX MAIS PLUS RIEN N’A DE VALEUR !