- hacktivst news service -
[don't hate the media... become the media]   08/10/08 - 04:52
[dépêches]


La position de l’Etat français par rapport au Pays Basque est inacceptable, injustifiable et irresponsable.

1/ La position de l’Etat français par rapport au Pays Basque est inacceptable, injustifiable et irresponsable.

José Maria Aznar et le gouvernement espagnol font face à une contestation sociale de plus en plus grande, ce qui les place dans une situation particulièrement difficile. La grève générale du 19 juin dernier (au Pays Basque) et du 20 juin (partout ailleurs) en a été une belle illustration.

De même, au plan européen, Aznar a connu un échec au sommet de Séville où la politique proposée par l’Espagne en matière d’immigration n’a pas été retenue car jugée trop extrémiste, ce qui l’a conduit à faire marche arrière.

De ce fait et profitant de "l’effet 11 septembre" et de sa présidence de l’Union Européenne, le gouvernement espagnol poursuit sa politique de lutte contre le terrorisme qui passe par une guerre totale contre ETA et contre tout ce qui pourrait conduire à l’autodétermination du peuple basque. Il espère certainement ainsi trouver des alliés à l’intérieur du territoire espagnol (PSOE), comme à l’extérieur (par exemple, l’Etat français que le gouvernement soit de droite ou de gauche, peu importe) dans ce contexte politique international qui lui est si peu favorable.

Dans cette guerre, tous les moyens sont bons y compris la pratique de la torture, pratique de longue tradition dans l’Etat espagnol, qui est non seulement admise, mais encouragée puisque les tortionnaires ne font jamais l’objet de poursuites judiciaires, ou, quand ils en font l’objet, sont graciés, quand ils ne font pas tout bonnement l’objet de promotion !

La Guardia Civil, qui fait ainsi la démonstration de sa fidélité à son passé franquiste, mais d’une façon plus générale tous les services de police, jusque et y compris les zipaio de l’Ertzaintza (police autonome basque), se livrent à ces pratiques barbares souvent dénoncées, mais insuffisamment puisqu’elles continuent d’exister, dans une indifférence totalement irresponsable.

On ne peut rien attendre d’un Etat français au passé particulièrement chargé dans ce domaine (Vichy, l’Algérie, etc.) pour qu’il condamne son allié privilégié et encore moins pour qu’il agisse. Mais l’Etat français, que les gouvernements soient de gauche comme de droite, ne se contente pas d’un silence indigne des valeurs qu’il peut prôner par ailleurs. En effet, après avoir coopéré de façon plus ou moins passive pendant des années avec la "jeune démocratie espagnole" (sic), il s’est mis à collaborer de plus en plus activement, allant même jusqu’à devancer les demandes (expulsions par exemple), ce qui traduit incontestablement un choix politique sous-tendu plus par des intérêts commerciaux et financiers notamment, que par ceux, objectifs, destinés à permettre à un peuple de pouvoir enfin exister.

En ces mois de juin et juillet 2002, le gouvernement et l’appareil d’Etat français mettent les bouchées doubles :
 5 juin : arrestation de Fermin VILA MITXELENA et Aitor AGUIRREBARRENA.
 6 juin : nouveau prêt à l’Espagne (appelé pudiquement extradition temporaire) : la prisonnière politique basque Irantzu GALLASTEGI SODUPE, enceinte de 6 mois.
 20 juin : condamnation à 8 ans de prison pour Patxiku GUIMON et Aitzol GOGORZA OTAEGI.
 25 juin : condamnation à 3 ans et demi pour Koldo MITXELENA BERASARTE.
 26 juin : condamnation à 12 ans pour Ander GERESTA AZURMENDI et à 4 ans pour Aritz ARAMBURU GOIKOETXEA.
 1er juillet : acceptation par la Cour d’Appel de Pau de l’extradition de Juan Mari Olano, pur prisonnier politique d’opinion.
 2 juillet : condamnation à 3 ans et demi pour Jesus Mari MARTIN HERNANDO.
 3 juillet : expulsion de Kepa BADIOLA AZPURU. A sa remise à la frontière, la police espagnole qui n’a jamais présenté le moindre demande concernant ce militant, l’a d’ailleurs laissé en liberté, laissant sa famille, vu son état de santé, le faire transporter à l’hôpital de Figuera. C’est une nouvelle fois, en parfaite connaissance de cause que l’Etat français procède à une mesure totalement contraire à ses propres lois.
 3 juillet : incarcération du militant d’Askatasuna Jean-François LEFORT à la Maison d’Arrêt de Baiona.
 4 juillet : Gorka MARTINEZ AHEDO attend son extradition qui devrait avoir lieu incessament.
 18 juillet : expulsion prévisible (toujours dans la plus totale illégalité) de Josu LOPEZ CASTAÑAREZ.
 18 et 19 juillet : procès de Xabier GARCIA GAZTELU ET Stéphane ROBIDART.

Nous avons dénoncé à maintes reprises cette politique inqualifiable de l’Etat français. Nous continuerons de le faire sans relâche. D’une part pour des raisons purement humanitaires, bien sûr, mais aussi et surtout parce que nous refusons la stratégie politique adoptée par l’Etat français, qu’aucune considération d’ordre politique ou économique ne saurait justifier par ailleurs.

Il a pu être un temps où l’Etat français obtenait du Royaume d’Espagne, moyennant sa coopération juridico-policière, des appuis de circonstance en politique internationale et économique : arrestation de militants contre signature de contrats industriels ou vote favorable dans une instance internationale. Ce temps est révolu : l’Espagne a les yeux tournés ailleurs, vers les Etats-Unis en particulier.Il s’agit donc pour l’Etat français de cesser d’être aveuglé et d’ouvrir les yeux et d’avoir enfin une analyse objective de la situation au Pays Basque.

La situation n’est certes pas la même, aujourd’hui encore, dans les différentes provinces du Pays Basques. Mais pour combien de temps ? La politique de l’Etat français, du tout répressif et du refus de participer à la recherche d’une solution politique, est totalement irresponsable. A vouloir à tout prix faire le jeu de l’Etat espagnol, l’Etat français joue avec le feu et risque d’aggraver considérablement les choses en retardant le moment inéluctable où les deux Etats seront contraints d’ accepter le droit du peuple basque à l’autodétermination.

2/ Pour une paix durable au Pays Basque : oui à la démocratie, non au néo-fascisme !

Les idées fascistes, revendiquées comme telles ou non, progressent à l’évidence dans les "démocraties" européennes. En France avec Le Pen, en Autriche avec Hörge Hayder, en Italie avec Silvio Berlusconi, au Danemark, etc. En Hollande, Pim Fortuyn n’est plus là mais ses idées et ses disciples sont loin d’avoir disparus.

En Espagne, on ne peut pas parler de progrès de ces idées car, elles sont restées bien vivantes du temps de Franco jusqu’à aujourd’hui. Beaucoup oublient, ou font semblant d’oublier, que le Parti Populaire de Mari José Aznar, au pouvoir actuellement, n’a jamais voulu condamner le soulèvement franquiste, ni le dictateur, ni la violence exercée par Franco.

Ce parti, avec le soutien total dans ce domaine du PSOE, vient de faire approuver par le Congrès, puis par le Sénat, une loi sur "les partis politiques" dont l’objectif avoué est l’interdiction de Batasuna.

Cette décision fait suite à une série impressionnante d’interdictions et d’illégalisations de toutes sortes (journaux, radio, associations) entamée il y a quatre ans avec la fermeture du journal Egin et de la radio du même nom. Pour mémoire, ce sont plusieurs mouvements de la gauche indépendantiste basque comme Kas, Ekin, Xaki ou bien la revue Ardi Beltza qui ont été atteints. Ce sont également les mouvements de jeunes Jarrai, Haika et Segi, ainsi que les associations d’aide aux prisonniers politiques basques Gestoras pro Amnistia et Askatasuna. Mêmes les Herriko Taberna (auberge du peuple) n’ont pas échappé à la répression politico-judiciaire.

Cette nouvelle attaque contre un parti démocratique s’inscrit de façon logique dans le cadre d’une stratégie du gouvernement espagnol visant l’éradication de tout ce qui peut remettre en cause le statu-quo, en empêchant par tous les moyens que le Pays basque puisse avancer vers un autre cadre politique.

Si la condamnation de cette nouvelle loi par les partis politiques basques non-espagnolistes (de droite comme de gauche) a été très claire, la condamnation du peuple basque l’a été encore plus : la manifestation de Bilbo du 15 juin dernier "était la plus importante qu’ait connu ce port depuis des années" (Associated Press). "Plusieurs dizaines de milliers de personnes", selon AP, "des dizaines de milliers de personnes", selon AFP. Le journal Le Monde parle de 85 000 personnes.

Face à cette situation la réponse de ETA a été sans ambiguité :
 par une "démonstration de force de l’ETA à l’occasion du sommet" de Séville (AFP). En moins de 48 heures cinq attentats ont eu lieu, "la police étant prévenue avant chacun de ces cinq attentats" (Reuters).
 par un communiqué daté du 20 juin 2002, publié dans son intégralité par la presse abertzale mais superbement ignoré par les médias français.

Le Bureau des Relations Internationales de Batasuna analyse et commente ce document le 27 juin 2002 dans les termes suivants :

"Nous considérons qu’ETA y pose trois questions fondamentales pouvant contribuer à la solution du conflit :
 En premier lieu, ETA fait publiquement référence à sa volonté claire de mettre fin à son activité armée. Il nous semble important de souligner cet aspect, car l’existence d’une volonté politique de résolution du conflit est la condition indispensable pour pouvoir avancer dans cette voie.
 En second lieu, le communiqué révèle la reconnaissance totale de la volonté de la société basque par ETA quel que soit le statut juridique et politique dont elle souhaite se doter. ETA démontre une nouvelle fois qu’elle ne veut pas imposer ses objectifs politiques au peuple basque mais qu’elle propose comme minimum pour la paix, le droit du peuple à exprimer sa volonté et que cette dernière soit respectée.
 Le troisième aspect à souligner est l’appel fait aux institutions européennes, aux gouvernements, aux formations politiques et à la société en général afin d’influer sur l’actuel refus des Etats espagnol et français, et permettre un processus de dialogue pour une solution pacifique sur la base du respect de la volonté librement exprimée par le peuple basque.

Nous considérons que le contenu de ce communiqué offre une excellente opportunité pour que tous les partisans du dialogue face à la répression, de la démocratie face à l’imposition, fassent un pas en avant pour permettre de s’acheminer vers une solution pacifique et démocratique dans ce conflit qui engendre tant de souffrances pour les parties en présence.

Il ne suffit pas de déplorer les conséquences dramatiques du conflit pour chacune des parties, il n’est pas suffisant non plus de souhaiter la paix. Il faut travailler pour y parvenir. Il faut devenir des combattants de la paix, cela signifie pour nous, engager un processus démocratique basé sur le respect de la pluralité et qui garantisse à tou(te)s le droit de développer leur projet politique dans des conditions égales.

En définitive, il s’agit de rendre réel le thème de la manifestation du 15 juin à Bilbao qui avait rassemblé plusieurs dizaines de milliers de basques : "Toutes les idées, tous les projets, toutes les personnes".

Pour terminer, nous considérons que l’actuel processus de Construction de l’Union Politique européenne est une excellente opportunité pour rendre possible une issue démocratique aux demandes des libertés et de souveraineté des peuples d’Europe.

Le Comité de Solidarité avec Euskal Herria de Paris, en complet accord avec cette analyse, tient à manifester son total soutien à Batasuna et à condamner de la façon la plus ferme la politique du gouvernement néo-franquiste espagnol et de ses complices, vis-à-vis de ce parti.

5 juillet 2002

Comité de Solidarité avec Euskal Herria de Paris
c/o KEH - 10, rue de Panama 75018 PARIS
lj.keh@caramail.com


Source/auteur : Comité de solidarité avec Euskal Herria de Paris
Mis en ligne le samedi 6 juillet 2002, par Celine
La communication alternative c'est pas de la tarte ! Voulez-vous donc y participer ?
[samizdat]  Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP logiciel libre sous license GNU/GPL