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[don't hate the media... become the media]   25/07/08 - 13:01
[dépêches]


« Terroristes de quartier »

    Bouge qui bouge est une association de la cité des Bas-Moulin de Dammarie-les-Lys dont les activités (soutien scolaire, lecture, ateliers de musique et de danse), animées bénévolement par des jeunes issus de l’immigration maghrébine, touchent des centaines d’habitants du quartier, notamment les jeunes et les petits. Victime d’une répression policière, lundi 25 juin, qui a abouti à l’expulsion de ses locaux, l’association a organisé le samedi 6 juillet, avec de nombreux soutiens (dont le MIB et la LCR), une grande fête de quartier parfaitement réussie malgré les pressions municipales et policières.

Nous avons créé Bouge qui bouge en 1998 suite à la mort d’Abdelkader Bouziane, abattu par un policier de la BAC, le 17 décembre 1997. Le 21 mai 2002, Xavier Dhem est abattu d’une balle dans la tête par la police. Les habitants de Dammarie-les-Lys, stupéfaits, apprennent avec émoi le décès de ce jeune connu de tous, perturbé psychologiquement mais guère violent. Le soir même, les CRS se sont déployés dans la ville. Le lendemain, Zakaria Berrichi, interpellé par la BAC avec un ami, est placé en garde à vue pour quelques grammes de cannabis. Son frère, Mohamed, venu aux nouvelles, rencontre au commissariat la patrouille des BAC qui a arrêté Zakaria : les injures commencent. Mohamed demande alors un peu plus de respect. Un agent de la BAC lui répond : "Ta gueule connard, la loi c’est nous, on a le droit de tuer."

Le lendemain, Mohamed, qui roule sans casque, est pris en chasse par une patrouille de la BAC qui provoque sa chute mortelle. Dès le jour suivant, le procureur de la République dédouane la BAC et décrète que Mohamed est mort en essayant de se soustraire à une arrestation. L’après-midi, il y aura un premier rassemblement pour rendre hommage aux deux victimes et, le samedi suivant, on a créé un comité de soutien aux familles et fait une distribution de tracts appelant à une manifestation. Plusieurs jeunes qui le distribuaient ont été arrêtés. Le soir, un groupe de CRS se déploie devant le domicile des Berrichi : un type de la BAC braque la famille et les enfants présents avec son flash-ball ! Quelques heures plus tôt, le comité de soutien, accompagné d’une centaine de personnes, s’était rendu au commissariat pour déposer une main courante contre les pressions subies par les militants mobilisés.

Le lundi 27 il y a eu une manifestation de 800 personnes qui a traversé Melun jusqu’au tribunal. Malgré les provocations policières et la criminalisation entreprise par la mairie, tout se déroule dans le calme. Le journal local dénonce le comité de soutien comme une bande de délinquants qui veut chasser la police du quartier pour y établir un trafic !

Le jeudi 20, Abdelkader, le frère de Mohamed, est interpellé par la BAC pour outrage. Objet de l’outrage : un tract collé à l’arrière de sa voiture qui disait : "La BAC tue encore." Le 22, on s’est invité à la fête municipale et on y a tenu un stand d’information, ce qu’ils n’avaient pas prévu. Le lundi suivant, plus de 500 CRS, la BAC, le RAID ont encerclé le quartier. Des habitants ont été contrôlés de force chez eux, tabassés, y compris un jeune de 12 ans. Notre local a été perquisitionné et dévasté. Les banderoles accrochées par les jeunes sur la façade et les tags qui dénonçaient la police ont été arrachés et effacés.

Les HLM ont demandé l’expulsion de l’association et la fermeture des locaux de "terroristes de banlieue dont le but était de faire échec à toutes les actions des institutions et de la police afin de continuer leurs méfaits en toute impunité". On nous accuse aussi de vol de matériel et d’incendie volontaire. On a porté plainte en diffamation contre la mairie immédiatement. Après le verdict du tribunal de Melun, un huissier et la police sont venus fermer le local. Le jeudi 4, un arrêté municipal contre notre projet de fête de soutien le 6 juillet est voté et le 5, Kader, le frère de Mohamed, est placé en garde à vue pour outrage. On nous a signifié que Kader serait libéré que si Bouge qui bouge acceptait de faire sa fête au stade Delaune, dans un coin où personne ne va. Face à cette volonté des flics, aidés par la justice, de transformer un problème politique en une affaire de droit commun, on n’a pas canné. Dès le lendemain matin, la place où devait avoir lieu la fête a été investie par 300 CRS. On s’est donc repliés au Bas-Moulin, devant le local que Bouge qui bouge occupait, où une tente a été dressée. Tente sous laquelle l’association poursuivra son travail de formation des jeunes, car on est soutenu par la population et par pas mal de gens venus de l’extérieur.

Bouge qui bouge a joué pleinement son rôle d’association citoyenne en soutenant la famille et en contribuant à l’organisation de mobilisations encadrées, prenant soin d’éviter toute réaction impulsive des jeunes du quartier, au grand étonnement et désarroi de ceux qui auraient préféré nous voir à la une des faits divers. Nous sommes des jeunes bénévoles qui voulons changer la vie de notre quartier et nous prendre en main. Si nos mots et notre détermination sont des armes alors, oui, nous sommes des "terroristes de quartier".

En 1998, on a fait une émeute. En fait, ça n’a rien réglé, ceux qui veulent des émeutes, ce sont les flics, ils y sont préparés, ils savent comment répondre. Nos erreurs sont aussi nos acquis. Les flics ne s’attendaient absolument pas à notre réaction et à notre volonté de mettre en place des comités de vigilance partout et avec tout le monde. Nous nous battons pour la banlieue car c’est elle qui est attaquée, pas seulement pour les jeunes issus de l’immigration, même si c’est d’abord eux qui sont visés. On est français, né ici, on veut que nos droits soient respectés. Dammarie résiste. On est un laboratoire pour toute la France.

On sait que tout ce qui arrive a des causes sociales et il nous faut penser tous ensemble à une association pour lutter contre tout ça. Nous appelons tous les habitants, toutes les associations à se mobiliser pour affirmer leur soutien au droit d’association, pour demander un dialogue constructif et non des "opérations de nettoyage" indignes d’une démocratie. Non aux violences policières ! Oui à une véritable politique de la jeunesse ! Voilà ce qu’on a écrit dans le tract dans lequel on annonce que nous avons mis en place un comité de vigilance. Il est ouvert à tous et pas mal de gens s’y sont inscrit durant la fête. Nous voulons changer la vie dans notre quartier et nous prendre en main et ça serait bien si, contre Sarkozy, la population des quartiers qui subit déjà l’exclusion fasse comme chez nous.

    Association Bouge qui bouge
    Cité du Bas-Moulin
    77190 Dammarie-lès-Lys

D’après un entretien réalisé par Alexis Violet, publié dans Rouge, numéro 1978, 11 juillet 2002. htttp://www.lcr-rouge.org


Source/auteur : Bouge qui bouge
Mis en ligne le mercredi 17 juillet 2002, par Aris
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