On ne nous épargnera rien. Nous boirons jusqu’à la lie la coupe du
libéralisme. On s’émeut des coups bas de Danone ou de Michelin. On s’indigne
des inconséquences de Total. On rêve que l’universel supplante Universal et
que Porte Alegre soit la capitale de nos avenirs, quand "mondialisation" ne
sonnera plus dans les bouches comme une grossièreté. On veut se battre pour
rendre le feu et l’eau aux bipèdes... Et puis soudain la radio nous sort du
songe. Ils veulent que l’on retourne dans nos arbres et la forêt leur
appartient. On ne cueillera pas un fruit sans leur accord : vingt-neuf des
cents entités économiques mondiales les plus importantes sont des
multinationales.
La compagnie pétrolière Exxon mobil caracole à la 45ème place devant le
Pakistan et le Chili. Devant le Pérou on trouve General Motors. Un peu plus
loin c’est Ford et Chrysler qui précèdent le Nigeria. Enfin Philip Morris
est plus riche que la Tunisie, la Slovaquie... Comment croire alors à
l’indépendance des Etats ?L’attitude du Pakistan dans la guerre sainte des
Etats Unis prend un éclairage nouveau et l’on comprend s’il était besoin
l’objet réel de ce déploiement de forces : le bien des peuples et des actifs
de la plus grosse société du monde, ce qui soyons en sûrs revient au même.
Ils ont le pétrole et les idées ne sont rien. Ils penseront pour nous.
Demandez le kit OMC.
Croissance dites-vous ? Oui sans doute. Croissance économique s’entend. Celle
de l’humanité n’a d’autre alternative que d’attendre une hypothétique chute
de ce carcan qui l’emprisonne. Alors peut-être, des arbres, nous
redescendront pour aller reconquérir notre Terre. Chasseurs-cueilleurs de
bonheur qui regardent leurs mains incrédules en découvrant qu’elles peuvent
prendre, caresser, serrer, et parfois s’enfoncer avec hargne dans une
figure.
Déjà nos dents claquent. Même un nez incapable reconnaîtrait la horde
ennemie à dépecer. Question de survie de l’espèce et de douceur des choses.
Voilà bon c’est pas tout ça mais faut que j’aille faire de l’essence. Ouais
je dois envoyer ma voiture au contrôle technique. Je peux te prendre une
cigarette ? C’est pour la route.
Texte publié sur Ecibas