Le 19 août 2002, Abdallah Zouari, journaliste de l’hebdomadaire "Al
Fajr", organe aujourd’hui interdit du Parti En-Nahdha non reconnu, a été
arrêté et déféré le vendredi 23 août devant le tribunal cantonal de Zarzis (sud tunisien).
Libéré il y a deux mois au terme de onze années
de détention, Abdallah Zouari s’était vu signifier de façon arbitraire
une mesure d’assignation à résidence et de contrôle administratif dans
le sud tunisien alors que sa famille et lui même résident à Tunis.
Le 23 août le Tribunal cantonal de Zarzis a condamné Abdallah Zouari à
huit mois de prison ferme pour refus d’obtempérer à cette décision
administrative qui s’inscrit, comme l’ont relevé notamment le Conseil
National pour les Libertés en Tunisie et la Ligue Tunisienne des Droits
de l’Homme, "dans le cadre de la persécution politique des opposants" et
particulièrement celles et ceux condamnés à de lourdes peines dans la
répression contre le Parti En-Nahdha et soumis à leur sortie de prison à
un harcèlement de tous les instants.
Dans une lettre adressée par Reporters sans Frontières au Ministre
Tunisien de l’Intérieur, le Secrétaire Général de RSF met l’accent sur
le fait qu’"arrêter de façon totalement arbitraire un homme dont la vie
a été détruite par plus de dix ans de prison est tout simplement
inhumain".
La FIDH, Amnesty International, l’OMCT et le REMDH ont réagi
vigoureusement à ce nouveau procès politique qui n’a bien entendu pas
bénéficié des standards internationaux de déroulement d’un procès
équitable.
Le CNLT a appris par ailleurs de source proche de la famille
de Abdallah Zouari que le domicile de ce dernier a été visité par
effraction et plusieurs objets ont été volé. "Il s’agit, selon toute
vraisemblance, comme le relève le CNLT d’un de ces cambriolages
politiques auxquels l’opposition est accoutumée.
Le CRLDHT dénonce avec la plus extrême fermeté les persécutions et la
condamnation de Abdallah Zouari et il considère que la procédure du
contrôle administratif a été transformée par l’Etat-RCD et par sa police
politique en un dispositif de destruction sociale et humaine des
opposants. Le CRLDHT qui exige la libération d’Abdallah Zouari met
l’accent sur le fait que cette nouvelle affaire n’en rend que plus
urgente la revendication de la promulgation d’une Loi d’Amnistie
Générale pour toutes les victimes de la répression en Tunisie.
Comme l’illustrent les informations et communiqués du CNLT, de la LTDH,
du Conseil national de l’Ordre des Avocats, du Comité International de
Soutien aux Prisonniers Politiques en Tunisie, du Comité National de
Soutien à Hamma Hammami et du Comité pour la Libération d’Ettounsi
(Zouhair Yahiaoui), l’arrestation et la condamnation d’Abdallah Zouari
s’inscrivent dans le cadre d’une politique répressive qui n’a pas connu
de trêve estivale : agressions contre les avocats, violations de leurs
cabinets, persécutions des anciens détenus et de leurs familles,
harcèlements à l’égard de Maître Radhia Nasraoui et de ses filles,
interpellation inhumaine - heureusement sans suite, tout au moins pour
le moment - de Madame Hamrouni et de ses deux enfants et atteintes
quotidiennes aux libertés d’expression, d’association et de circulation
dont les mesures policières prises à l’égard du professeur Salah
Hamzaoui, Président du CNSHH.
Paris, le 24 août 2002