L’école n’en finit plus d’être rendue responsable de tous les maux de ce pays. En cette période troublée de paranoia généralisée, les Cornettes tentent leur come back, surfant sur la vague sécuritaire née de l’élection présidentielle.
Nous avons donc reçu il y a quelques jours un curieux courrier. Sur l’enveloppe, une mention "SOS education referendum national". Nous ouvrons donc, fébriles, ce pli craignant quelques appels de la SPP, société de protection des profs, à laquelle, dans nos errances de jeunesse, nous avions malencontreusement adhéré... quel ne fut pas notre soulagement de constater qu’il s’agissait de tout autre chose : Mme Duverger, secrétaire générale de SOS éducation voulait juste nous parler de "la pire catastrophe qui menace notre pays". Tiens donc. On s’ouvre une bière, on avale un antidépresseur. Une blague d’une mère d’élève ? Une collegue au bord du suicide ? C’est pire que celà : une bigotte ni droite ni gauche qui vous bourre de coups et dissimule son bombers sous son tailleur vichy.
Extraits et commentaires
"l’Education Nationale a perdu pied mettant en péril l’avenir de millions d’enfants."
Il faut bien comprendre, chère Madame, que l’Education Nationale n’est pas qu’un mastodonte administratif, et que derrière l’institution se cachent des enseignants qui se battent pour les gosses et sont soutenus, à l’image des mouvements spontanés de l’an dernier en l’académie de Nantes, par des milliers de parents.
"le niveau des éleves français est un des plus bas de tous les pays comparables."
Je connais quelques petits boliviens, indiens, soudanais etc qui aimeraient bien avoir ce niveau là ; D’autre part selon quels critères sont établies ces comparaisons ? Quelles compétences sont au juste évaluées ? Des compétences opérationnelles utiles aux grandes entreprises chargées d’évangéliser le monde ?
"300 000 actes de violence sont commis chaque trimestre dans les écoles" "2400 établissements supplémentaires avaient en 99 rejoint la liste noire des écoles à haut risque" "port d’armes, traffic de drogue"
Savez-vous que le truc le plus violent en terme de coups portés à la minute est "BipBip et Vil le coyotte", loin devant Rambo ? Il convient de relativiser ces actes de violences, pour beaucoup il s’agit de bagarres enfantines. Pour le reste cela ne prouve qu’une chose, l’école est bien le témoin privilégié d’une société aux structures sociales vacillantes, pour ainsi dire moribonde. Rejoignez nous donc dans nos luttes pour un autre chose.
"beaucoup d’enseignants sont désabusés et jettent l’éponge. Mais est-ce étonnant quand on sait qu’il est plus payant de faire partie du bon syndicat que de faire du bon travail ?" "Les syndicats font appliquer les slogans de mai 68 "interdit d’interdire""
Vos propos sont une invitation à la syndication, tant il convient de se défendre de vos attaques pour continuer à oeuvrer avec motivation dans une école gratuite et qui, vaille que vaille, cherche encore en dépit de votre dédain à remplir sa mission. Car les enseignants ne sont pas des moutons, et beaucoup supportent les insultes car ils savent qu’ils ne sont que les boucs émissaires d’une société incapable d’aller au bout de son introspection. Demain, à 9 heures, des millions d’enfants, bourgeois, orphelins, prolétaires, battus, choyés, précoces, "normaux", sourds, muets, aveugles, unijambistes, durs ou doux, ayant ou non déjà vu du sang sur un couteau, ayant ou non assisté à des actes de fornication, ayant ou non autre chose à penser que réussir en classe, feront un bisou à la maitresse ou au maitre en entrant dans leur classe. Et puis on se demandera pas longtemps si on fait du bon boulot, on le fera juste car les enfants réclament un investissement qu’on ne peut différer. Certains d’entre nous sont mauvais, dépressifs, alcooliques, d’autres sont volontaires, ambitieux, imaginatifs... En tout cas, on sera là, et les gosses ne seront pas à la rue, ni à la briqueterie.
Pour voir le referendum
En voulant nous défendre, vous nous assassinez. Les questions de votre référendum sont démagogiques, nauséabondes et malsaines : "morale" "evaluation sommaire type certificat d’étude" "avancement selon la qualité du travail fourni pour les enseignants". Bien. Heureux de voir que vous avez une liste de compétences à nous fournir, un enfant modèle à nous présenter, une idée absolue du bien et du mal. Non contente de servir une soupe facile, vous insultez tous les enfants en leur contestant le droit de dire "je".
Et je vous assure ça nous met les larmes aux yeux.
Nous appelons à une pétition de contestation et engageons chacun à exprimer son mécontentement contre :
SOS education
1, rue Samson,
BP 21,
75 622 Paris cedex