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[don't hate the media... become the media]   13/10/08 - 13:54
[dépêches]


Jours tranquilles en Kabylie

Boudjellil près de Tazmalt. Je ne sais par quoi commencer et par quoi finir.

Nous sommes aujourd’hui mercredi 9 octobre 2002. Les CRS se sont installés chez nous depuis le lundi à 4 heures du matin voici comment se sont déroulés les évènements, dans leur ordre chronologique.

Lundi 7/10/02 : vers 4h du matin arrivent un camion et un bus chargés de matériel appartenant au CRS (matelas, lits de camp, etc.). Ils sont interceptés par des jeunes qui faisaient les vigiles juste avant d’arriver à la hauteur du cimetière ; les jeunes font descendre tout le matériel et le brûle. Vers 10 heures les éléments du CRS arrivent et occupent le siège de la mairie. 11h30 les émeutes commencent, ce sont des jets de pierres, la casse, et des cris ulac smah ulac ulac l’vot ulac. Les flics ripostent avec des lance-pierres (tire-boulettes) armés de pouces en métal. Un jeune est touché au front et est vite évacué et soigné . 12h : des renforts de jeunes arrivent des villages avoisinants, les bombes lacrymogènes éclatent, c’est la panique mais on continue à résister. Vers 14h les flics avaient faim, ils sortent et cassent quelques magasins dans les alentours de la mairie, ils arrivent à s’emparer d’un jeune qu’ils massacrent à coups de poings, mais il leur échappe et est évacué ; il s’en sort avec quelques points de sutures au visage. La journée continue sur le même rythme.

La nuit : les CRS sortent de la mairie et occupent l’école primaire. Ils cassent toutes les vitres de l’établissement et arrachent les tableaux pour en faire des boucliers.

1h 30 du matin : les jeunes étaient là et veillaient, l’alerte est donnée avec un mégaphone « a yat laarad’ atan keccmen si xamen ! !). Tout le village se réveille, des coups de feu sont tirés en l’air par des patriotes, signe d’avertissement qui a freiné les flics c’est alors qu’ils se retirent dans l’école.

Mardi 8 /10/02 : 8 h tout le monde sort pour constater les dégâts. Les habitant prés de l’école déménagent et abandonnent momentanément leurs maisons car la tension règne ; les jeunes ne lachent pas « Crs barra !!! Ulac l’vot ulac !!!).

Vers 11 h beaucoup de jeunes se rassemblent au niveau du siège de l’APC, le maire est menacé, il demande qu’on le laisse entrer et faire le constat des dégâts occasionnés par les CRS, ? heure après les jeunes sont déchaînés et veulent lincher le maire. Sans la présence d’esprit de certains sages on l’aurait certainement brûlé, il n’en demeure pas moins que les deux vitres avant et arrière de sa voiture volent en éclats, il est entouré par 4 personnes qui l’accompagnent loin de tout danger. Le pire a été évité, les émeutes reprennent de plus belle les jeunes sont organisés en groupes du haut des collines avec des frondes (azarzaf) ; ils attaquaient sur tous les fronts et tiennent en échec les forces de l’ordre. Les bombes lacrymogènes tombent comme de la pluie mais avec du vinaigre les jeunes résistaient. Ca a duré jusqu’à 19 heures. Une trêve est alors observée d’un commun accord ; un groupe est allé voir le chef des pour lui dire que s’ils restent à l’intérieur de l’école, rien n’arrivera - chose qui a été respectée. Durant toute la nuit c’était le calme avec toujours une vigilance accrue.

Aujourd’hui Mercredi 09/10/02 il est 10h 11 au moment où je rédige ces quelques lignes une marche pacifique va être organisée de la placette jusqu’à la Mairie.

Voilà le déroulement des événements que nous vivions ces jours-ci.

Bilan : 4 blessés légers et beaucoup de dégâts matériels.

M G


Source/auteur : Coordination de Solidarité avec la Kabylie
Mis en ligne le vendredi 11 octobre 2002, par Aris
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