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[don't hate the media... become the media]   02/12/08 - 14:59
[dépêches]


Ni or, ni pétrole, juste le nif !

    Ni or, ni pétrole, juste le nif !
    (Sur un mur de Kabylie)

L’insurrection en Kabylie se poursuit depuis près de 18 mois tandis que partout en Algérie la colère s’exprime quotidiennement par l’émeute, les barrages de routes, les grèves... Contrairement à ce que voudraient nous faire croire le pouvoir algérien, aidé par la complicité des Etats occidentaux et le silence de ses médias, non seulement le mouvement ne s’essouffle pas mais au contraire s’étend et se ravive. Ainsi le mouvement de boycott des élections locales (prévues pour le 10 octobre), presque unanime en Kabylie, trouve écho à Mostaganem, Constantine et ailleurs... Partout l’on entend que quoi qu’il arrive, « Il n’y a pas de retour en arrière possible... »

Le pouvoir algérien est aux abois et continue à jouer ses armes favorites : la force et la division. Depuis quelques jours des milliers de gendarmes et militaires ont été envoyés en renfort en Kabylie. Ils quadrillent le territoire par de véritables « opérations Jumelles » (à l’imitation des manoeuvres françaises durant la guerre d’Indépendance...). Ces provocations massives ont eu partout la réponse qu’elles méritaient : les insurgés se défendent en attaquant ces troupes d’occupation.

La raison officielle de l’envoi de ces renforts est, selon le clan Bouteflika, « d’assurer la sécurité des élections et la sécurité du FFS ». En effet, celui- ci, par la voix de son chef, Aït Ahmed, désormais surnommé « Monsieur Fax », tant ses rapports avec sa base se limitent à cet instrument reliant ses villas en Suisse à une Algérie dont il est totalement déconnecté. Il y a eu ainsi de secrètes et sordides tractations entre le pouvoir et le FFS, dont bien sûr on ne connaît pas toutes les implications... Le 5 août, Ahmed Djeddaï (dont on peut dire qu’il est le numéro 2 du FFS, après Aït Ahmed) déclare : « Les assurances quant à la libération des détenus de la dissidence citoyenne ont été données samedi (le 3 août) au secrétariat national dont il (Aït Ahmed) est le premier responsable par de hauts responsables de l’Etat... » mais nie que son chef ait rencontré aucun officiel avant que son parti annonce sa participation aux élections locales. Bien entendu personne n’y croit et si le FFS espérait tirer un bénéfice politique de ces marchandages, c’est raté !

Car depuis, il ne se passe pas un jour sans qu’un de ses locaux soit incendié ou qu’une inscription « FFS = DRS » apparaissent sur les murs. Ses meetings attirent plus d’insultes et de projectiles sur ses candidats (Djeddaï a échappé à une raclée le 23 septembre à Aqbu...) que de véritables supporters. Le 29 septembre, à Ath Yahia, Kacer Mourad, autre cadre du FFS lâche sa haine contre un mouvement populaire qui refuse toute compromission politique avec les partis, dont le sien : « La DRS est derrière les aarchs. Nous allons casser la grève et les actions des aarchs qui seront initiées à partir du 5 octobre et leur prouver que la population est avec nous... » (Il faut aussi constater qu’un grand nombre de militants de base du FFS sont sincères et qu’à cause de ces comportements très suspects, beaucoup ont démissionné du parti tandis que des dizaines de candidats se retiraient des listes FFS.)

Evidemment le pouvoir se frotte les mains de ces divisions qui font quelques dégâts à l’intérieur des communautés kabyles, et c’était sans doute le but de ces immondes tractations. C’est encore aux méthodes françaises qu’ont eu recours les décideurs algériens. On a ainsi appris que la DRS (le nouveau sigle de la Sécurité militaire) « s’est beaucoup inspiré de la question corse pour tenter de déverrouiller la crise kabyle ». Un membre de la DRS déclare sans honte : « Nos services ont planché sur les meilleures formules policières pour diviser le mouvement ». (Celles de Pasqua, Debré et compagnie...) C’est ainsi que les services algériens ont tenté le coup des faux délégués, les rumeurs, la régionalisation et autres coups tordus...

Mais cela fait longtemps que la population ne se laisse plus duper par ces manoeuvres de division. Les insurgés sont lucides et vigilants : traîtres et opportunistes de tout poil sont mis en quarantaine quand ils ne se prennent pas carrément des fessées bien méritées ! Même, dans certains villages, pour protéger la cohésion de la communauté, les insurgés ont viré tout à la fois les représentants du FFS et ceux des aarchs. Ainsi à Tirourda, commune d’Iferhounène, où l’assemblée générale du 27 septembre a pris cette décision. (Il faut dire aussi qu’à certains endroits, certains individus de certains aarchs ont les mêmes ambitions que les politiques et, traités comme tels, sont rejetés pour cela.)

La date même de la grande marche qui a eu lieu hier à Bejaïa, le 5 octobre, (et qui déjà l’année dernière avait été choisie pour marcher sur Alger) a une signification historique très claire par les liens qu’elle instaure avec la grande révolte d’octobre 1988. Ceux qui avaient voulu réduire octobre 1988 à une « révolte arabe » et avril 2001 à une « révolte kabyle », afin que persistent ces divisions orchestrées par tous les pouvoirs en Algérie (à commencer par le pouvoir colonial français) reçoivent là un cinglant démenti à des mensonges dont l’unique but est la perpétuation de la domination du système en place... Il ne s’agit pas pour autant de nier les différents particularismes, comme peuvent le faire, en Algérie et en France, certains groupes qui projettent leurs fantasmes politiques sur une situation qu’ils interprètent à travers les oeillères de leurs idéologies (trotskiste, marxiste ou autres). Mais de trouver les voies par lesquelles des communautés pourront, tout en gardant ce qui leur est particulier, se mettre en relations et chasser un pouvoir honni de tous.

C’est le chemin qu’empruntent également les révoltes du Chiapas ou d’Argentine : une colère qui n’a plus besoin des partis politiques et s’organise à partir de ses traditions, sans toutefois, contrairement aux mensonges d’autres détracteurs de ces mouvements, renoncer à critiquer certains aspects rétrogrades de ces traditions ni renier ce que peuvent nous apporter certains aspects de la modernité.

Des amis kabyles, algériens, français, mexicains, argentins... des insurgés de tous les pays

Paris, le 6 octobre 2002

Pour tout contact : Les amis des insurgés
c/o CICP, 21ter, rue Voltaire, 75011 Paris.
amis-desinsurgés@voila. fr


Source/auteur : Soy Zapatiste
Mis en ligne le lundi 14 octobre 2002, par Rosta
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