C’est en 2001 que le conte de fées a commencé. Finies les heures passées à pleurer dans les bras des secrétaires de l’université pour obtenir une énième convention de stage. Terminés les articles aux frais de la princesse. A peine parachutés dans le cruel monde de la presse, nous voilà (excusez du peu) " pigistes permanents ", sans passer par la case chômage.
Mais, au fait, c’est quoi, pigiste permanent ? Etre " libres " de tout contrat tout en devant faire acte de présence tous les jours à France Soir. Free-lance de bureau ? bizarre ...
Qu’à cela ne tienne, bien ancrés dans notre chaise à roulettes, les doigts scotchés sur le clavier de notre ordinateur, notre téléphone greffé à l’oreille, nous sommes déjà comme chez nous. Pas toujours parfaits, certes, mais chaque jour à l’appel. Il faut tout donner. Mais on ne va quand même pas se plaindre d’avoir du travail à notre âge, dans ce difficile secteur ! Une jeunesse suspecte, mais tout à coup oubliée quand les " bébés " se retrouvent seuls le soir, au desk, face à l’édition : corriger, gérer les informations de dernière minute, modifier la une en cas de crise ...
Le tout sans bénéficier des 35 heures, du 13e mois, auxquels ont droit tous les salariés, pour une rétribution mensuelle variant entre 609,80 et 1.219,59 euros (4.000 et 8.000 F) net. Mais, salariés, justement, c’est très différent de pigiste permanent. Un travail quotidien, version Mobi-carte.
Ainsi, en février 2001, la méthode Star Academy est enclenchée. Vous êtes une trentaine, la semaine prochaine, il n’en restera plus que la moitié. Que voulez-vous, le journal est en crise, il faut bien des sacrifiés. Quelques mois plus tard, malgré les " énormes " économies réalisées, l’argent manque toujours. Alors, on enclenche le deuxième round. Cette fois-ci, il faut réduire les pertes du journal de 40 %, et les aménagements d’emploi du temps ne suffisent plus. Tout le monde, ou presque, dehors. Dûment convoqués, les pigistes découvrent la fameuse liste des heureux nominés en deuxième semaine. Ils seront neuf à être livrés à la raison ... d’entreprise. Comme le temps, c’est de l’argent, la méthode est expéditive : il faut partir vite. C’est comme ça, les pigistes permanents, c’est pratique : ça se prend, ça se jette, comme des Kleenex.
Les pigistes de France Soir