Fermer le camp "officiel" de Sangatte n’a évidemment pas fait
disparaître les candidats à l’asile - actuellement surtout irakiens
et afghans - qui, depuis des années, tentent de trouver une
protection en Grande-Bretagne, parfois après avoir cherché en vain
protection dans un autre pays d’Europe. L’Angleterre les attire
d’autant plus que les autorités françaises de droite comme de gauche
n’ont cessé de leur cacher qu’ils avaient le droit de solliciter
l’asile en France. Pour ne citer qu’un exemple, durant toute une
période le seul document d’information disponible dans le camp de
Sangatte indiquait laconiquement : "Vous êtes résident au centre de
Sangatte qui est géré par la Croix-Rouge française. Ce centre a été
créé par le gouvernement français dans le but de fournir une
assistance humanitaire de courte durée aux migrants en situation
irrégulière comme vous. Cette situation n’est et ne peut être que
temporaire et précaire". Des instructions avaient été données par le
gouvernement français pour que ne figure aucune mention du droit de
solliciter l’asile en France.
Le dimanche 10 novembre 2002, il y avait donc, outre les réfugiés
errant dans la ville, pourchassés par la police, environ 200
personnes - nouveaux arrivants refusés à Sangatte ou ex-résidents du
camp - dans l’église Saint Pierre-Saint Paul de Calais, où ils
avaient trouvé un hébergement de fortune depuis la veille, suite à la
fermeture manu militari du gymnase qu’ils occupaient.
Leur nombre a mis en échec la volonté du gouvernement de rendre
invisibles à l’opinion ces réfugiés, ce qui était l’objectif
essentiellement visé par la fermeture du camp de Sangatte. Le soutien
d’associations a également mis en échec la volonté du gouvernement de
faire croire que ces réfugiés ne rêvaient tous que d’Angleterre,
alors que beaucoup cherchent un asile dans n’importe quel pays sûr -
pourquoi pas la France.
La décision brutale du préfet du Pas-de Calais, nécessairement
inspirée et organisée par le gouvernement français, a consisté à
fermer l’église Saint Pierre-Saint Paul, à ne pas autoriser que soit
recherché un lieu d’accueil dans Calais ou à proximité, et à
disperser les étrangers qui s’abritaient dans l’église vers divers
centres (des CHRS - centres d’hébergement et de réinsertion sociale - , des foyers...), répartis dans plusieurs départements français. Ils
disposent de "sauf-conduits" de quelques jours, documents sans
fondement juridique aucun, présentés comme leur donnant le temps de
demander ou non l’asile. Qui va les aider dans leur réflexion ? Et
dans leurs démarches ? Qui leur servira d’interprètes ? On ne le sait
pas. Cette décision de dispersion vise une nouvelle fois à diluer la
question de l’asile pour que nul ne puisse s’apercevoir qu’il n’y a
plus, en France, de protection des persécutés.
Mais les intéressés n’ont pas accepté ce marché de dupes. 35 d’entre
les 200 sont décidés à demander le statut de réfugié, quelques uns se
sont évaporés dans la nature, et iront chercher refuge en Angleterre,
ou en Belgique, ou ailleurs encore. Les autres ont décidé de demeurer
dans l’église et d’y entamer une grève de la faim.
Pour le gouvernement, il était d’autant plus urgent de cacher les
demandeurs d’asile du Pas-de-Calais qu’ils sont Irakiens, Afghans,
Soudanais, nationalités qui disent à elles seules leur légitimité
dans la recherche d’une protection.
Le ministre de l’intérieur et le préfet du Pas-de-Calais donnent à
leur comportement des couleurs humanitaires qu’il n’a évidemment pas.
Il s’agit tout au plus d’initiatives improvisées et incohérentes qui
sont autant de petits coups tordus contre le droit d’asile, qui
succèdent à une pluie d’arrêtés de reconduite à la frontière et à des
mois d’obstacles mis aux dépôts de demandes d’asile. On peut, en
effet, prévoir ce qu’il adviendra d’étrangers isolés, privés du
soutien des associations qui sont les seules à les informer sur leurs
droits : ils s’ajouteront à la cohorte des sans-papiers que la
République fabrique à la chaîne en se refusant à offrir la protection
qui est due aux persécutés.
contact : 01 43 14 84 84