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[don't hate the media... become the media]   05/07/08 - 20:30
[dépêches]


Contre-révolution au Vénézuela

Pour la deuxième fois en moins d’un an, le Venezuela subit une nouvelle tentative de coup d’état dirigée par les élites économiques du pays, puissamment relayées par la communauté financière internationale au travers des grands groupes de presse multinationaux.

Au mois d’avril déjà, une ubuesque opération de propagande montée par les médias privés vénézuéliens avait conduit à la mise à l’écart - pour 48 heures - du président élu Hugo Chavez, finalement remis en selle par l’intervention de l’armée, dont il est issu.

A l’époque, élections présidentielles obligent ?, l’évènement était passé quasi-inaperçu dans nos médias institutionnels ou du moins avait été traité avec tant de légèreté et de simplisme que le public avait eu l’impression d’un bug, d’un coup de zap rapide et furtif à la tête de ce pays latino-américain un peu lointain et méconnu.

Décembre 2002, on prend les mêmes et on recommence : déçu par l’échec de leur grossière manoeuvre du printemps, les classes supérieures du Venezuela, minorité blanche descendante du colonisateur européen, se sont radicalisées et ont entamé une nouvelle lutte contre le "dictateur" Chavez, accusé de mener une politique par trop favorable à l’immense majorité miséreuse - métisse noire et indienne, qui a porté au pouvoir le candidat de la "révolution démocratique".

On assiste ainsi depuis le début du mois de décembre à une nouvelle opération de contre-révolution, cette fois-encore appuyée par les médias privés du Venezuela, et amplifiée par des actions beaucoup plus radicales qu’au printemps : grève générale financée par le patronat, barrages routiers, tentative de paralysie de l’industrie pétrolière, le tout afin de provoquer une grave déstabilisation du pays qui conduirait la communauté internationale, et en premier lieu les Etats-Unis, à intervenir pour rétablir la situation dans ce pays grand fournisseur de pétrole.

Que s’est-il passé depuis avril ? Les officiers de l’armée vénézuélienne partisans du putsch raté ont été ,et c’est pour le moins normal, mis à la retraite par le gouvernement Chavez. Les instigateurs du secteur privé - en premier lieu les médias - n’ont eux pas été inquiétés et ont pû poursuivre leur travail de sape. Personne n’est allé en prison. Etrange pour une "dictature de type castriste", non ?

Il est déjà scandaleux que la première tentative de coup d’Etat visant un homme démocratiquement élu n’ait pas été analysée et commentée par nos médias au printemps, mais il est encore plus grave qu’une deuxième tentative soit actuellement en cours, reprenant les mêmes ficelles grossières et maintenant connues, sans qu’aucun organe de presse écrite ou télévisée d’ampleur nationale ne s’en fasse écho, si ce n’est pour relayer dans un bref entrefilet des extraits de propagande anti-Chavez.

A l’heure où les grands groupes de presse saluent hypocritement la victoire d’un Lula au Brésil, ils laissent - volontairement ou pas ? - un pays proche glisser dans un chaos brumeux et incompréhensible du grand public, et se diriger vers une peut-être guerre civile initiée et orchestrée par des milieux d’affaires jaloux de leurs privilèges.

Mais cela est-il si étonnant de la part de journaux appartenant eux-mêmes à des multinationales de l’information ? Leur silence est complice.


Source/auteur : Cédric Massoulier
Mis en ligne le mardi 17 décembre 2002, par Ludo
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