Pour la deuxième fois en moins d’un an, le Venezuela
subit une nouvelle tentative de coup d’état dirigée
par les élites économiques du pays, puissamment
relayées par la communauté financière internationale
au travers des grands groupes de presse
multinationaux.
Au mois d’avril déjà, une ubuesque opération de
propagande montée par les médias privés vénézuéliens
avait conduit à la mise à l’écart - pour 48 heures -
du président élu Hugo Chavez, finalement remis en
selle par l’intervention de l’armée, dont il est issu.
A l’époque, élections présidentielles obligent ?,
l’évènement était passé quasi-inaperçu dans nos médias
institutionnels ou du moins avait été traité avec tant
de légèreté et de simplisme que le public avait eu
l’impression d’un bug, d’un coup de zap rapide et
furtif à la tête de ce pays latino-américain un peu
lointain et méconnu.
Décembre 2002, on prend les mêmes et on recommence :
déçu par l’échec de leur grossière manoeuvre du
printemps, les classes supérieures du Venezuela,
minorité blanche descendante du colonisateur européen,
se sont radicalisées et ont entamé une nouvelle
lutte contre le "dictateur" Chavez, accusé de mener
une politique par trop favorable à l’immense majorité
miséreuse - métisse noire et indienne, qui a porté au
pouvoir le candidat de la "révolution démocratique".
On assiste ainsi depuis le début du mois de décembre à
une nouvelle opération de contre-révolution, cette
fois-encore appuyée par les médias privés du
Venezuela, et amplifiée par des actions beaucoup plus
radicales qu’au printemps : grève générale financée
par le patronat, barrages routiers, tentative de
paralysie de l’industrie pétrolière, le tout afin de
provoquer une grave déstabilisation du pays qui
conduirait la communauté internationale, et en premier
lieu les Etats-Unis, à intervenir pour rétablir la
situation dans ce pays grand fournisseur de pétrole.
Que s’est-il passé depuis avril ? Les officiers de
l’armée vénézuélienne partisans du putsch raté ont été
,et c’est pour le moins normal, mis à la retraite
par le gouvernement Chavez. Les instigateurs du
secteur privé - en premier lieu les médias - n’ont eux
pas été inquiétés et ont pû poursuivre leur travail de
sape. Personne n’est allé en prison. Etrange pour une
"dictature de type castriste", non ?
Il est déjà scandaleux que la première tentative de
coup d’Etat visant un homme démocratiquement élu n’ait
pas été analysée et commentée par nos médias au
printemps, mais il est encore plus grave qu’une
deuxième tentative soit actuellement en cours,
reprenant les mêmes ficelles grossières et maintenant
connues, sans qu’aucun organe de presse écrite ou
télévisée d’ampleur nationale ne s’en fasse écho, si
ce n’est pour relayer dans un bref entrefilet des
extraits de propagande anti-Chavez.
A l’heure où les grands groupes de presse saluent
hypocritement la victoire d’un Lula au Brésil, ils
laissent - volontairement ou pas ? - un pays proche
glisser dans un chaos brumeux et incompréhensible du
grand public, et se diriger vers une peut-être guerre
civile initiée et orchestrée par des milieux
d’affaires jaloux de leurs privilèges.
Mais cela est-il si étonnant de la part de journaux
appartenant eux-mêmes à des multinationales de
l’information ? Leur silence est complice.