Intermittents du spectacle mais aussi chômeurs, précaires, ou salariés dits « normaux », nous sommes rassemblés ici pour lutter ensemble. Les intermittents du spectacle, pas plus que les salariés du public, ne sont, n’en déplaise aux médias, des « privilégiés » ou des « nantis ». Par exemple, 85% des intermittents indemnisés touchent le SMIC. Rappelons le principe de l’intermittence : les intermittents, artistes, réalisateurs et techniciens alternent périodes d’emploi salarié et périodes rémunérées par les allocations et d’autres minima. Ces périodes hors emploi sont indispensables, sans temps de réflexion et de gestation, pas de création artistique. Pour percevoir une allocation chômage pendant ces temps non rémunérés, les intermittents doivent effectuer 507 h sur douze mois ou 43 cachets. Ainsi, seule la moitié des travailleurs précaires du spectacle accèdent au régime intermittent, alors que le spectacle emploie désormais davantage de salariés que l’automobile.
Aujourd’hui, le régime est attaqué par le Medef, ses alliés « syndicaux » mais aussi l’Etat. Sans le régime intermittent,c’est une grande partie de l’activité culturelle qui disparaîtra. Un récent rapport sur les comptes de l’Unedic préconise la baisse de l’indemnisation, la non-rémunération des temps de préparation à l’emploi (comme les répétitions), le non-paiement des périodes de formation, de maladie et maternité, l’exclusion du régime de certains métiers du spectacle (electro,assistants,...). En outre, la redéfinition des annexes 8 et 10 en deux groupes, techniciens versus artistes, accentue la division sociale. De plus, le rapport recommande le contrôle et le fichage des intermittents, présumés fraudeurs. On persécute les précaires alors qu’aujourd’hui 80% des embauches se font en CDD et autres contrats courts. Tout comme les décisions du 20 décembre prises lors des négociations UNEDIC qui d’amputent gravement les droits des chômeurs et précaires, ce rapport participe d’une logique de précarisation et de culpabilisation des salariés.
Dans un monde assujetti au productivisme et à la marchandise, le lien social ne pourrait se penser hors la centralité du travail. Repensons l’intermittence et exigeons un régime applicable à tous les précaires. Une société juste et soucieuse du partage des richesses doit garantir à chacun les moyens de vivre dignement. Intermittents, chômeurs et précaires, spectateurs, que vous soyez jeunes interdits de RMI, employés, étudiants ou salariés du public, ne laissons pas d’autres que nous décider à notre place. Nous allons occuper des lieux publics, pour nous rencontrer, nous faire entendre, lutter contre ces mesures et gagner des droits sociaux nouveaux pour tous. Veuillez nous excuser pour l’interruption momentanée de vos programmes.
Paris, le 21 décembre 2002
Collectif Précaires Associés de Paris (PAP) avec le soutien d’AC !, Sud-PTT, CNT-spectacle, pour commencer...
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