La conférence ministérielle de l’OMC, réunie à Doha (Qatar) en novembre
2001, avait chargé les instances compétentes de l’OMC de trouver, avant le
31 décembre 2002, une solution au problème de la compatibilité du régime des
brevets tel qu’imposé par l’OMC avec le nécessaire accès aux médicaments, en
particulier dans les pays qui n’ont pas d’industrie pharmaceutique et qui
doivent donc les importer. Il s’agissait essentiellement des pays faisant
face à des graves problèmes de santé publique, faisant face aussi à des
épidémies telles que le sida, le paludisme ou la tuberculose ou d’autres
épidémies et qui ont un urgent besoin de médicaments à bas prix.
Un groupe important de pays en développement avaient proposé l’adoption d’un
texte interprétatif - et donc susceptible d’entrer en vigeur immédiatement -
de l’article 30 (article relatif aux cas de suspension des droits des
détenteurs des brevets).
Les Etats-Unis et la Suisse refusaient toute modification du texte existant
et concédaient un moratoire sur les poursuites pour une période courte.
L’Union européenne, soucieuse de concilier la protection des intérêts des
multinationales pharmaceutiques et en même temps l’image qu’elle s’efforce
de propager d’un groupe de pays animés par des idéaux humanistes, solidaires
et généreux avait proposé une formule consistant à réviser l’article 31
(article relatif au droit d’ importer des médicaments à bas prix dans des
cas graves), formule qui ne présentait que des inconvénients et était en
fait impraticable :
cette formule ne pouvait entrer en vigueur immédiatement alors qu’il y a
urgence ( la révision d’un texte de l’OMC exige l’accord de la conférence
ministérielle qui ne se réunit que tous les deux ans, accord qui doit
ensuite faire l’objet d’une ratification par les 144 Etats membres ),
cette formule représentait une formidable marche arrière par rapport aux
engagements de Doha en présentant des définitions très restrictives des
maladies en cause et des pays concernés.
cette formule imposait en outre un droit de regard de l’OMC sur les Etats
concernés et exigeait de telles contraintes bureaucratiques et
administratives aux douanes de ces pays qu’aucun d’entre eux n’auraient pu
les mettre en oeuvre.
Bref la solution européenne, qui, sur l’insistance des représentants de la
Commission européenne, était devenue, avec des amendements, la proposition
des instances de l’OMC était en soi plus mauvaise que le status quo.
Ce vendredi 20 décembre, les négociations de Genève ont échoué, les pays
riches, Union européenne et USA, chacun pour leur part, ayant préféré
prendre le risque de l’échec que d’accepter de rencontrer les attentes
légitimes des peuples du Sud.
L’URFIG dénonce l’attitude de l’Union européenne qui, une fois de plus,
après des déclarations tapageuses destinées à endormir l’opinion publique
(Pascal Lamy avait déclaré l’an passé au journal français Libération vouloir
faire passer "la santé avant le profit"), dans le secret des négociations,
manifeste un zèle tout particulier à faire le contraire de ce qu’elle dit.
Des centaines de milliers de vies humaines sont en cause. Mais, pour la
Commission européenne, les profits plantureux des industries pharmaceutiques
doivent être protégés à tout prix.
Pour l’URFIG,
Raoul Marc JENNAR
Tél : (32) 478 913 812
Site web : www.urfig.org