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[don't hate the media... become the media]   05/07/08 - 20:29
[dépêches]
France

Lettre ouverte des élus Alternatifs au maire de Calais

Les Ecologistes Alternatifs (membres de la majorité municipale) n’ont pas pu (comme ils en avaient l’intention) interpeller le maire de Calais sur le problème des réfugiés lors du conseil municipal de ce vendredi 20 décembre, notre question orale (que devait poser Catherine Pélabon au nom des élus Alternatifs) étant parvenue hors délai (3 jours avant le CM). Nous ne pouvions bien entendu le faire avant puisqu’il s’agissait d’éclaircir les propos du maire rapportés dans la presse du 17 décembre, sans parler de l’interview du 19 et d’autres faits qui nous ont pour le moins troublés. Occasion râtée certes, mais il y a urgence à répondre aux inquiétudes que nous soulevons et qui ne sont pas que les nôtres.

Les faits sont assez graves pour que nous en parlions publiquement. Trop de zones d’ombre subsistent dans un "débat" qui n’a toujours pas eu lieu depuis au sein de la majorité municipale et que nous sommes les seuls, en tant qu’élus, à essayer d’animer. Silence radio aussi bien des communistes que des socialistes. Visiblement l’épisode Sangatte est passé pour la classe politique. Attention aux lendemains qui déchantent...

LETTRE OUVERTE AU MAIRE DE CALAIS

Monsieur le Maire,

Nous sommes profondément choqués par les propos que vous avez récemment tenus dans la presse sur le problème des réfugiés. Vous dites notamment que les réfugiés dorment dehors parce qu’ils refusent l’hébergement qu’on leur " offre ". La réalité c’est qu’ils n’ont pas le choix : l’abri et les soins, ils ne les ont que s’ils acceptent aussi d’être emmenés loin de Calais, le temps de s’apercevoir qu’il ne s’agit pas de la solution à laquelle ils s’attendaient. La situation qui est faite aujourd’hui aux réfugiés qui sont encore à Calais ou qui y reviennent contredit de manière flagrante l’optimisme béat de certains de nos politiques locaux auxquels vous semblez malheureusement vous rallier depuis quelques temps, à notre grand désarroi.

La réalité, vous la connaissez pourtant. Les réfugiés qui restent dans le Calaisis sont les oubliés du plan Sangatte de Sarkozy. Leur quotidien, vous le connaissez aussi : pas d’abri au chaud malgré l’hiver qui s’est installé, pas de sanitaires, pas même la possibilité de prendre une douche, pas de vêtements de rechange. L’aspect humanitaire, dont tout le monde s’était porté garant dans l’euphorie de la " solution finale ", est en fait totalement supporté par les associations du collectif C’Sur, et par elles seules. Tout ce que vous trouvez aujourd’hui à faire c’est d’attaquer le collectif ! Pire, vous reprenez à votre compte le fantasme du " point de fixation " cher au préfet. Le véritable objectif du dispositif mis en place par Sarkozy est ailleurs : en leur rendant la vie impossible, et en les apeurant, on espère faire fuir les réfugiés et du même coup faire croire aux populations locales que le problème est en train de se régler.

Le préfet empêche de fait une aide humanitaire digne de ce nom et qu’il y ait pu avoir collusion entre lui et vous, avouée ou tacite, nous scandalise. Puisqu’on nous assure que le nombre de réfugiés a diminué et que bientôt il n’y en aura plus, en quoi l’aide humanitaire (le strict minimum en fait) réclamée par les associations est-elle gênante pour vous ? Au sein de la municipalité, nous sommes malheureusement les seuls élus à parler du problème et à relayer dans l’institution les demandes et les positions du collectif C’Sur.

Les silences du PCF sur des sujets à propos desquels le communisme aurait tant à dire nous inquiètent. A la manifestation du 15 décembre 2002, vous auriez pu vous retrouver avec nous pour réclamer que les gouvernements européens mènent une politique d’harmonisation par le haut et que localement une solution humanitaire digne de ce nom soit trouvée pour les réfugiés. Ce fut une belle manifestation, émouvante aussi. Vous en étiez absents. Paradoxalement, vos propos interviennent quelques jours après la Conférence Nationale de votre parti consacré au populisme, et tranchent singulièrement avec les excellentes contributions qui y ont été développées.

Ce vendredi 20 décembre lors du Conseil Municipal, nous avons tenté de vous interpeller sur deux autres points, à l’occasion d’une question orale. Nous n’avons pas pu le faire, notre demande vous étant parvenue hors délai selon le règlement intérieur. Aussi nous vous en faisons part dans cette lettre ouverte.

Membres élus de la majorité municipale que vous dirigez, nous tenons beaucoup à vous adresser cette question, car en l’absence d’instance de concertation de la majorité sur les sujets d’actualité urgente, nous n’avons que la presse locale - voire nationale - pour suivre et comprendre votre - notre - politique d’action et de conduite quant au problème des réfugiés à Calais. Voici donc la question :

Comment continuer dans l’humanitaire (c’est l’engagement que vous aviez pris - Nord Littoral 11/12/2002)

- alors qu’en vous faisant l’écho de la sous-préfecture, vous n’"appréciez" pas de simples douches (des douches que vous même aviez plus ou moins promises puisque nous vous avions interpellé avec insistance sur cette question...), douches aujourd’hui mises en place par le Secours Catholique et que vous critiquez (nous nous référons à votre réaction mentionnée dans le Nord Littoral du 14 décembre) ?
- en laissant sous-entendre, c’est à dire en ne démentant pas, que les services de la Ville travaillent aux ordres des forces de police Digue Mouron (comme mentionné cette fois-ci dans le Nord Littoral du 17 décembre) ?

Rassurez-nous, Monsieur le Maire, dites nous que vous êtes toujours le garant du respect des Droits de l’Homme et que vous avez plus d’accointances avec les membres de votre majorité qui voient avec leurs yeux, parlent avec leur coeur qu’avec les forces de police et Monsieur Sarkozy...

Les élus Alternatifs : Jean-Marc BEN (maire-adjoint), Arlette DEVERDENNE (conseillère municipale), Christian LOUCHEZ (conseiller municipal délégué), Catherine PELABON (conseillère municipale)


Source/auteur : Jean-Marc BEN
Mis en ligne le dimanche 29 décembre 2002, par jmben62
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