Amnesty International a écrit aujourd’hui (mercredi 18 décembre 2002) à
Shaul Mofaz, ministre israélien de la Défense, pour exprimer sa
préoccupation concernant l’emprisonnement d’appelés et de réservistes
israéliens. Ils refusent d’effectuer leur service militaire ou de
servir dans les Territoires occupés, parce qu’ils sont convaincus que,
ce faisant, ils contribueraient ou participeraient à des atteintes aux
droits humains.
Environ 180 objecteurs de conscience et "refuzniks" (réservistes qui
refusent de participer aux opérations dans les Territoires occupés) ont
été incarcérés au cours des vingt-six derniers mois.
" Des membres des Forces de défense d’Israël (FDI) ou Tsahal commettent
de graves violations des droits humains et des crimes de guerre,
notamment lorsqu’ils tuent des enfants et d’autres civils non armés,
mitraillent et bombardent sans discernement des zones d’habitation très
peuplées, ou font sauter des maisons tandis que les habitants se
trouvent à l’intérieur et les laissent mourir sous les décombres.
Ces
soldats ne sont pas traduits en justice ni tenus pour responsables de
leurs actes.
Parallèlement, des appelés et des réservistes qui refusent de servir
sous les drapeaux, précisément pour éviter de prendre part à de tels
actes, sont envoyés derrière les barreaux pendant des mois. Quel genre
de message une telle politique envoie-t-elle à la société israélienne ?
", s’est interrogée Amnesty International.
L’impunité dont bénéficient les membres des FDI responsables de
violations des droits fondamentaux et l’incarcération d’objecteurs de
conscience constituent, pris isolément, des motifs de préoccupation
graves. La combinaison des deux aboutit à une situation extrêmement
préoccupante.
Les conscrits qui déclarent refuser de servir pour des raisons de
conscience et parce qu’ils sont persuadés que l’armée commet des
violations des droits humains se retrouvent derrière les barreaux,
tandis que l’on accorde régulièrement à d’autres appelés un sursis
d’appel ou l’exemption d’effectuer leur service militaire pour des
motifs religieux.
Les réfractaires Jonathan Ben Artzi et Uri Yaacovi purgent actuellement
leur sixième peine de prison consécutive pour avoir refusé de servir
dans l’armée israélienne du fait de leurs convictions profondes.
Jusqu’à présent, ils ont été respectivement condamnés à un total de
cent soixante et un et cent trente-quatre jours d’emprisonnement.
Amnesty International est convaincue que tous les objecteurs de
conscience devraient avoir la possibilité de présenter les motifs de
leur objection à un organisme décideur établi par la loi, impartial et
indépendant.
" Les réfractaires et les "refuzniks" qui sont ou ont été emprisonnés en raison de leur objection de conscience sont des prisonniers d’opinion. Ceux qui sont actuellement détenus devraient être remis en
liberté immédiatement et sans condition ", a déclaré aujourd’hui
l’organisation de défense des droits humains