EN SUIVANT LE PARLEMENT EUROPEEN, PARIS 6 DEFEND LES DROITS DE
L’HOMME ET LE DROIT A L’EDUCATION POUR TOUS
Le Conseil d’administration de l’Université Pierre et Marie
Curie (Paris 6, Jussieu) a voté à une large majorité, il y a
quinze jours, en faveur du non renouvellement de l’accord
d’association Union Européenne/Israël, en particulier en
matière de recherche.
Il a en effet constaté qu’Israël, de par sa politique
d’occupation et d’oppression généralisée du peuple
palestinien, viole les dispositions mêmes de cet accord, en
particulier son article 2, qui conditionne la collaboration
entre les signataires au « respect des Droits de l’Homme et
des principes démocratiques qui inspire leurs politiques
internes et internationales, et qui constitue un élément
essentiel du présent accord ».
Pour les mêmes raisons, le Parlement européen a, lui aussi,
dès le 10 avril dernier, voté pour la suspension de l’accord
d’association euro-israélien.
La motion du Conseil d’administration de Paris 6 s’inscrit
dans la droite ligne de la résolution du Parlement européen.
Et les administrateurs (qui ont adopté la motion par 22 voix
pour, 4 contre, 6 abstentions et un refus de vote),
ité a précisément le devoir de
crier lorsque les Droits de l’Homme sont bafoués : naguère
dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, aujourd’hui en Palestine
occupée.
LE DROIT A L’EDUCATION REFUSE AUX PALESTINIENS
Israël s’emploie désormais à miner systématiquement l’accès
de la jeunesse palestinienne à l’éducation, alors même qu’en
dépit d’immenses difficultés, les Palestiniens avaient réussi
jusqu’à maintenant à assurer un des taux de scolarisation les
plus élevés de la planète.
Cela vaut tout particulièrement pour les Universités, et c’est
la raison pour laquelle la motion de Paris 6 appelle également
l’ensemble du monde universitaire français à mettre en œuvre
tous les moyens pour porter secours aux universités
palestiniennes asphyxiées.
Au-delà des actions les plus violentes de l’armée d’occupation
(plusieurs dizaines de professeurs, membres du personnel et
étudiants tués comme « terroristes » ou « dommages collatéraux
», des centaines blessés, des centaines d’autres maintenus
indéfiniment en détention arbitraire), les universités
palestiniennes sont en effet mises dans l’incapacité totale de
travailler.
Mais laissons sur ce point la parole à Ilan Pappé (Université
de Haïfa), l’un des historiens les plus brillants d’Israël.
« A l’Université de Bir Zeit en Cisjordanie, le personnel et
les étudiants sont contraints de parcourir, à pied, un long
chemin sous la pluie et le vent hivernal. Mais avant de
pouvoir emprunter la route qui mène au campus, ils sont à la
merci de soldats qui ont la facétieuse habitude de
sélectionner certains d’entre eux, au hasard, et de leur
démander ce qu’ils ’préfèrent’ : un coup de pied dans les
jambes, ou bien une gifle, ou encore la confiscation de leur
carte d’identité. Et cela dure souvent des heures.
« Lorsque le Pr Salim Tamari, de l’Université de Bir Zeit, a
essayé de faire passer en Cisjordanie quelques exemplaires des
Cahiers de Jérusalem, la revue de référence de l’Université
Al-Qods, les soldats ont saisi le paquet, et l’ont e
uite
détruit.
« Voilà un très bref aperçu du traitement subi aujourd’hui par
les Universités palestiniennes », conclut Ilan Pappé sur ce point.
LA SCIENCE AU DESSUS DU DROIT ? UN PRETEXTE POUR FERMER LES YEUX
Comme un petit nombre de ses collègues universitaires
israéliens, Ilan Pappé est un partisan déclaré de sanctions
contre Israël, y compris dans la sphère académique, et malgré
tout ce que la perspective d’une interruption, même
temporaire, des relations entre les chercheurs israéliens et
le reste de la communauté scientifique internationale peut
avoir de pénible. Sa collègue Tanya Reinhart, malgré les
menaces que lui valent ses prises de position, est de même
convaincue qu’il est désormais indispensable d’exercer une
pression de l’extérieur sur l’opinion publique israélienne,
universitaire comprise, pour lui faire prendre conscience
qu’elle doit imposer un autre cours à la politique de son pays.
Et elle dénonce, comme hypocrites, tous ceux qui veulent que
l’Université reste muette sur le conflit israélo-palestinien,
au nom d’une neutralité à géométrie variable.
De fait, la motion de Paris VI a suscité pas mal de réactions
dans les rangs des organisations favorables à la perpétuation
de la situation actuelle, c’est-à-dire à la destruction de la
société palestinienne.
Un appel à manifester lundi place Jussieu a ainsi été lancé
par une série d’organisations se réclamant du judaïsme,
parallèlement au lancement d’une pétition.
La suspension des accords euro-israéliens serait injuste,
disent-ils, car l’université israélienne reste un oasis de
paix et de dialogue, qui aurait su maintenir des
collaborations avec les universitaires palestiniens, lesquels
seraient par conséquent les premières victimes de la mesure.
Il s’agit là d’un mensonge grossier.
Au niveau institutionnel en tout cas, il ne s’est pas trouvé
un seul conseil d’université israélien pour formuler, en 35
ans d’occupation, la moindre motion, remettant un tant soit
peu en cause les violences dont ont
versités palestiniennes. Même la terrible escalade à
laquelle s’est livrée l’armée israélienne au cours des deux
dernières années n’a pas arraché un mot de compassion de la
part des autorités universitaires israéliennes.
Les collaborations universitaires israélo-palestiniennes ?
Nouveau mensonge, là encore.
Les maigres échanges, institués non sans condescendance de la
part des Israéliens pendant les années suivant les accords
d’Oslo en 1993, ont été quasiment réduits à néant par
l’offensive militaire israélienne : les déplacements
d’universitaires palestiniens en Israël sont devenus quasiment
impossibles, et les chercheurs israéliens, tout comme le reste
de leurs compatriotes, n’ont pas le droit de se rendre dans
les territoires occupés (sauf dans les colonies, bien sûr),
sans que cela ait soulevé de protestation dans les milieux
universitaires israéliens.
Le boycottage, par Israël, des universités palestiniennes,
vaut y compris pour l’Université Al-Qods. Cette dernière
présente la particularité d’être située à Jérusalem (Jérusalem
Est occupée depuis 1967), annexée comme on le sait et faisant
donc partie, actuellement, du territoire israélien. Mais
Jérusalem, y compris Jérusalem-Est, est interdite aux
Palestiniens des territoires occupés, et ces derniers n’ont
donc pas le droit de venir étudier dans l’Université de la
ville. C’est également vrai pour des milliers d’habitants de
Jérusalem qui, à l’occasion d’un déplacement hors de leur
ville, se voient retirer leur permis de résidence par
l’autorité israélienne, et y sont ensuite interdits de séjour.
Quant au président de l’Université Al-Qods, Sari Nusseibeh,
dont les prises de position sont des plus modérées côté
palestinien -il a, entre autres, parrainé un large appel de
l’intelligentsia palestinienne demandant l’arrêt des attentats
contre les civils israéliens-, il est constamment en butte à
des brimades et discriminations de la part du gouvernement
d’Ariel Sharon, sans que, là encore, la moindre institution
universit
secours.
Et puis, tous ces bons apôtres, qui prêchent leur fantomatique
collaboration universitaire palestino-israélienne, ne se sont
évidemment pas demandé ce qu’en pensaient les universitaires
palestiniens eux-mêmes. Il se trouve que pas un seul
universitaire palestinien de Cisjordanie ou de Gaza ne
s’oppose à la remise en cause du statut exceptionnel dont
Israël bénéficie par rapport aux institutions européennes. Et
on peut admettre qu’ils aient, eux aussi, le droit d’être
partie prenante au débat. Non ?
LE CHANTAGE A L’ANTISEMITISME : UNE ARME DANGEREUSE, MANIEE
PAR DES IRRESPONSABLES
Exploitant de manière honteuse la mémoire du génocide nazi,
les adversaires de la motion adoptée par l’Université Pierre
et Marie Curie développent également, encore et à nouveau, le
chantage à l’antisémitisme à l’encontre de tous ceux qui
critiquent la politique criminelle du gouvernement israélien.
Cette « arme » est nauséabonde, et elle est même très
dangereuse, car dénoncer les adversaires de Sharon comme des
ennemis des Juifs est le plus court chemin pour susciter,
précisément, de l’antisémitisme.
Nous devons savoir que le procédé a été utilisé, tout au long
de l’année 2002, par ceux-là mêmes, Alain Finkielkraut,
Bernard-Henri Lévy ou l’Union des Etudiants Juifs de France
(UEJF) qui aujourd’hui attaquent, de manière tout aussi
calomnieuse, la décision souveraine et citoyenne de Paris 6.
La furie de ces pompiers pyromanes a donné lieu l’an dernier à
pas moins de 7 procès, notamment ceux intentés par les mêmes
au journaliste Daniel Mermet. Il faut savoir qu’ils ont été
dans chacun des 7 procès condamnés ou déboutés, la justice
commençant à en avoir assez de cette instrumentalisation du
génocide du peuple juif pour une si mauvaise cause.
En privant les Palestiniens de leur terre, de leurs maisons,
de tout déplacement et de toute activité économique et
sociale, au point que la faim s’installe maintenant à Gaza et
en Cisjordanie comme viennent de le dénoncer les
Nations-Unies,
nt à ce
qu’il prétend, une « guerre au terrorisme ».
Tout au plus se nourrit-il de ces attentats criminels contre
des civils israéliens, que sa propre politique contribue à
susciter, pour frapper encore plus fort tout un peuple, lui
imposant aujourd’hui un régime d’apartheid, en attendant de
pouvoir l’expulser définitivement.
Paris, le 4 janvier 2003
COORDINATION DES APPELS POUR UNE PAIX JUSTE AU PROCHE-ORIENT
(CAPJPO)
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