La définition d’une doctrine commune d’immigration est à l’ordre du
jour de l’Union européenne, où l’on voit se dessiner une tendance
générale à la régulation sélective des candidats au séjour, et donc
au refoulement des étrangers jugés indésirables.
Après avoir consacré deux journées en 2002, respectivement à la
criminalisation de l’immigration et aux droits de l’asile, l’Urmis
entend continuer la réflexion à partir d’un débat sur les camps et
autres zones spéciales qui reçoivent et retiennent les réfugiés.
En voulant rendre dissuasives les conditions d’accès à son
territoire, l’État français a multiplié les situations juridiques
inextricables faites aux demandeurs d’asile, dans un climat où la
suspicion et l’hostilité priment souvent la référence de principe aux
droits de l’homme.
Le camp de réfugiés de Sangatte a fait récemment l’objet d’une forte
médiatisation. Sa fermeture annoncée pourrait déboucher bientôt soit
sur un simple déplacement des réfugiés, soit vers des mesures
d’enfermement en marge de la légalité. Son existence suscite des
interrogations quant aux prérogatives de l’État sur son propre sol.
Le cas des zones d’attente et des centres de rétention est différent
: on n’y transite pas de plein gré. Ce ne sont pas officiellement des
lieux pénitentiaires, quoique l’entrave à la liberté de mouvements et
les conditions souvent inhumaines les y apparentent. Les zones
d’attente ont été créées pour limiter à la source l’exercice du droit
d’asile à ce qui paraît légitime et compatible avec les accords entre
la France et ses voisins. Elles sont un espace pour l’application
d’un droit policier abusif. Les centres de rétention, de leur côté,
reçoivent les personnes irrégulières en instance d’être chassées. La
répression spectaculaire et parfois brutale qui s’y exerce n’est-elle
pas un nécessaire élément symbolique des politiques de limitation de
l’asile, destiné à dissuader les nouveaux candidats à l’immigration ?
L’ensemble de ces questions nous conduit à envisager l’enracinement
historique des pratiques actuelles, où plane constamment le spectre
de l’inassimilabilité de certains étrangers, et à proposer une
réflexion générale sur l’avenir des zones spéciales et hors droit
comme mode de gestion des indésirables.
Enfin, élargissant notre problématique aux politiques européennes,
nous nous interrogerons sur les nouvelles configurations qu’annoncent
les zones spéciales en matière d’accueil des étrangers, à l’heure où
l’on reparle d’une nécessaire « reprise concertée » de l’immigration.
Matinée (9 h 30 - 12 h 30) :
Jérôme Martinez, coordinateur national du service de défense des
étrangers reconduits, Service oecuménique d’entraide (Cimade)
Le spectacle de l’expulsion : bilan subjectif de la présence de la
Cimade dans les centres de rétention
Marc Bernardot, sociologue, maître de conférences à l’université de Lille I
Au centre du camp :
une sociologie des centres de séjour surveillé - 1944-1945
Gérard Noiriel, historien, directeur d’études à l’Ecole des hautes
études en sciences sociales (Ehess)
Les camps de rétention dans l’histoire de la République française.
Comment affronter un passé qui dérange ?
Après midi (14 h - 17 h) :
Olivier Clochard, géographe, doctorant à Migrinter, université de Poitiers
Zones d’attente : un espace frontalier mal connu et qui tient à le rester
Smaïn Laacher (sous réserve), sociologue, chercheur associé au Centre
d’études des mouvements sociaux (Cems)
L’État et le centre d’accueil de Sangatte
Sandra Blasselle, sociologue, Unité de recherches Migrations et société (Urmis)
Les Kurdes irakiens à Sangatte, entre politiques européennes et
stratégies migratoires
Michel Agier, anthropologue, directeur de recherches à l’Institut de
recherches pour le développement (Ird)
Ordres et désordres dans les camps de réfugiés
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