A quelques jours du rendez-vous tant attendu de Gênes, les stratégies de chacun des protagonistes (organisateurs et collaborateurs du G8 d’un côté, les anti-G8 de l’autre) se peaufinent et se concrétisent. Si le Genoa social forum confirme la ligne annoncée depuis bien longtemps, les différentes interventions des autorités italiennes dévoilent de plus en plus que la "volonté de dialogue" tant déclamée n’était qu’une vile tactique.
Les deux journées de débat interne au Gsf se sont donc conclues hier soir. Au programme, un point sur les préparatifs pour l’accueil des manifestants mais surtout un long débat, politique et technique, sur les grandes manifestations et actions prévues pendant les journées phares de la contestation contre le déroulement du sommet des huit puissants. Débat, certes vif et complexe, mais qui s’est conclu encore une fois dans l’harmonie et le respect des différences des nombreux parcours, cultures et identités composant le Gsf. Et c’est sur cette base que les trois jours de protestation seront organisés.
Le Gsf s’est refusé à organiser un service d’ordre, comme l’auraient souhaité les autorités, rappelant que ce n’était pas sa fonction. Il a de nouveau souligné sa volonté que les manifestations ne donnent pas à lieu à des actes de violence prémédités envers des biens et des personnes.
Le 19, la grande manifestation des migrants partira d’une des places du centre ville. Centre ville, très habité d’ailleurs par les communautés étrangères mais qui depuis plusieurs semaines vit au rythme des contrôles intensifs des forces de l’ordre tendant à faire fuir de cette zone de nombreux immigrés. Le cortège du 19 sera donc ouvert par les délégations représentant les migrants vivants à Gênes. Il a été fortement souligné la nécessité que cette manifestation se déroule pacifiquement notamment vu la participation de nombreuses personnes en situation "irrégulière".
La journée du 20, celle du siège du sommet du G8, la plus significative pour une grande partie des présents, permettra à chacun d’exprimer, à sa manière, son opposition au G8. Le siège prendra lieu et forme à partir de 14 heures et selon les affinités, chaque groupe se répartira le long du périmètre de la zone rouge. Ceux qui entendent protester au travers de prières ou en distribuant leurs matériels informatifs auront à leur disposition plusieurs places adjacentes à la zone rouge. Ceux qui voudront s’approcher de la zone rouge sans toutefois tenter d’y pénétrer trouveront eux aussi leur espace. Enfin les différents groupes et réseaux ayant déjà annoncé leur intention de désobéir activement à l’interdiction de pénétrer dans cette zone off-limits choisiront plusieurs entrées possibles. Ces derniers décideront prochainement comment se partager les éventuelles brèches afin que chacun, selon ses affinités et ses pratiques, puisse s’organiser. Si certains groupes avaient demandé que personne ne porte de signe distinctif (appel lancé aux Tute Bianche), ce ne sera pas le cas. Les Tute Bianche ont en effet annoncé que, comme à leur habitude, ils endosseraient la combinaison blanche, symbole de leur activisme de ces dernières années.
Bien entendu, pour ceux qui arriveraient sur Gênes prochainement et qui n’auraient pas encore définitivement choisi leur groupe d’affinité, il sera possible d’avoir de plus amples informations sur place.
Côté autorités, là aussi les intentions se précisent.
Hier, le premier refoulement à la frontière d’un militant, autrichien, a eu lieu. C’est un signal fort et préoccupant quant à la gestion qu’entend mener le gouvernement italien à l’égard des nombreux manifestants désirant se rendre à Gênes.
Une chose est certaine : les autorités italiennes ont établi des listes d’indésirables (sans aucun doute grâce aussi à la collaboration de leurs consœurs européennes !). Le passage des frontières est donc un des premiers enjeux pour tous ceux qui veulent rejoindre Gênes. Et au vu de ce qui s’est passé hier à la frontière, il est fortement conseillé de passer avec une carte d’identité et non un passeport. En effet, la police des frontières a apposé un timbre signalant le refus d’entrée sur le territoire italien sur le passeport du militant autrichien. Chose qu’elle n’aurait pu faire sur une carte d’identité ...
Mais les informations négatives sur les activités présentes et futures des forces de l’ordre ne s’arrêtent pas à leurs activités aux frontières.
Toujours dans la journée d’hier, à Bergame, cinq habitations où résident des immigrés ont été perquisitionnées. Le prétexte : leurs habitants auraient été suspectés d’appartenir à des cercles proches des fondamentalistes islamistes ... En réalité, ces personnes sont très actives sur leur territoire dans l’organisation de la manifestation des migrants du 19 juillet.
Hier encore, l’habitation d’une jeune militante (mineure) du centre social génois, Zapata, a subi elle aussi une perquisition.
En ce qui concerne les préparatifs pour s’opposer aux protestations contre le G8, certaines informations (le plus souvent confirmées par la suite par les autorités) sont "dévoilées" par les médias.
Des missiles "air-sol" ont d’ores et déjà été installés à l’aéroport en prévision d’attaque terroriste par les airs.
Les téléphones portables de plus de deux mille activistes (italiens et non) seraient mis hors service durant la période de contestation. A ce sujet, il serait intéressant de voir sur le plan légal, quelles sont les possibilités de recours envers les compagnies téléphoniques n’assurant pas un service déjà payé ? Evidemment, cette information invite à réfléchir sur d’autres moyens de communication durant les actions.
Enfin, les forces de l’ordre installeront le 17 juillet de nombreuses grilles anti-escalade, hautes de quatre mètres. De nombreux policiers et carabiniers seront disposés aux alentours de ces barrages (à terre mais aussi sur les toits des immeubles) munis de lance-lacrymogènes et de canons à eau. La stratégie de la police serait centrée sur le fait d’éviter tout contact avec les groupes voulant envahir la zone rouge. Selon la police, quatorze postes de blocage seraient à haut risque, c’est-à-dire en langage non policier, représenteraient des brèches possibles pour envahir cette zone rouge ... de honte !