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[don't hate the media... become the media]   05/07/08 - 20:25
[dépêches]


Les oubliés de Sangatte et le maire de Calais
Des questions à se poser...

Après la fermeture du centre de Sangatte, qui avait eu pour effet de jeter dans les rues de Calais des dizaines de réfugiés (les "non badgés" comme on les appelait officiellement !), nous avions salué la bonne gestion du dossier par le maire de Calais, Jacky Hénin (cf Rouge et Vert n°177, 22 novembre 2002).

Nous trouvons et nous continuons de penser que le maire a plutôt bien assuré jusqu’à la mi-novembre. Mais ses propos, publiés dans la presse locale à partir du 17 décembre, donne vraiment l’impression d’un revirement par rapport à l’engagement humanitaire qu’il avait pris personnellement et par rapport aux associations qui supportent seules ce volet humanitaire. Jacky Hénin déclare notamment dans un point presse que les réfugiés dorment dehors parce qu’ils refusent l’hébergement qu’on leur "offre".

Cette nouvelle version des faits nous a choqués parce que la réalité est tout autre : l’abri et les soins, ils ne les ont que s’ils acceptent aussi d’être emmenés loin de Calais, le temps de s’apercevoir qu’il ne s’agit pas toujours de la solution à laquelle ils s’attendaient. La situation qui est faite aujourd’hui aux réfugiés qui sont encore à Calais ou qui y reviennent contredit les discours lénifiants de nombreux politiques locaux auxquels le maire semble se rallier depuis quelques temps, à notre grand désarroi : pas d’abri au chaud malgré l’hiver qui s’est installé, pas de sanitaires, pas même la possibilité de prendre une douche, pas de vêtements de rechange.

La méthode Sarkozy est simple : le gouvernement ne veut pas de "point de fixation".
En leur rendant la vie impossible et en les apeurant, on espère les faire fuir ailleurs et du même coup faire croire aux populations locales que le problème est en train de se régler.
L’aspect humanitaire, dont tout le monde s’était pourtant porté garant dans l’euphorie de la "solution finale" annoncée par Sarkozy et par Blunkett, est en fait totalement supporté par les associations du collectif C’Sur, et par elles seules.

Et c’est le maire lui-même qui aujourd’hui critique l’initiative du Secours Catholique d’installer des douches et des sanitaires, le strict minimum !
Les élus Alternatifs avaient d’ailleurs à l’époque relayé auprès du maire cette demande du collectif. En reprenant à son compte le fantasme du "point de fixation" cher au préfet, Jacky Hénin laisse malheureusement croire à une collusion entre lui et le pouvoir central, un sentiment que renforce son silence (embarrassé ?) depuis la parution publique de notre lettre ouverte(*) envoyée le 21 décembre, et quelques autres faits dont le murage de blockhaus ou la destruction d’abris potentiels par les services de la mairie, sur "ordre des forces de police Digue Mouron" (Nord Littoral 17/12/2002).

Au sein de la municipalité, nous sommes les seuls élus à parler du problème et à relayer dans l’institution les demandes et les positions du collectif C’Sur. Le vendredi 20 décembre lors du Conseil Municipal, nous avons tenté d’interpeller le maire et les élus à l’occasion d’une question orale. Mais notre demande étant parvenue hors délai selon le règlement intérieur, c’est de là que nous est venue l’idée de lui adresser la lettre ouverte*.

Politiquement, les silences du PCF sur des sujets à propos desquels le communisme aurait tant à dire nous inquiètent. La direction nationale est aussi muette sur le sujet alors qu’elle a été, nous le savons, saisie par des militants.
Autre paradoxe régional celui-là : à quelques dizaines de kilomètres d’ici, le maire communiste de Calonne Ricouart, André Delcourt (également conseiller général) organise la solidarité dans sa ville pour les réfugiés. "...On veut par le froid, la faim, l’absence d’hygiène, venir à bout de leur résistance. C’est à la fois cruel et stupide...Pas de point d’eau, encore moins de douches, en contradiction paraît-il avec les règles élémentaires d’hygiène. De qui se moque-t-on ?", déclare à la presse André Delcourt qui ne cache pas sa colère.

A la manifestation du 15 décembre 2002, les communistes auraient pu nous rejoindre pour réclamer que les gouvernements européens mènent une politique d’harmonisation par le haut et que localement une solution humanitaire digne de ce nom soit trouvée pour les réfugiés.
Ce fut une belle manifestation, émouvante. Les propos de Jacky Hénin interviennent aussi quelques semaines après la Conférence Nationale du PC consacré aux populismes !

Catherine Pélabon devait poser la question orale au nom de notre groupe. Elle terminait avec cette interrogation : "Rassurez-nous, Monsieur le Maire, dites nous que vous êtes toujours le garant du respect des Droits de l’Homme et que vous avez plus d’accointances avec les membres de votre majorité qui voient avec leurs yeux, parlent avec leur coeur, qu’avec les forces de police et Monsieur Sarkozy..."

(*) voir le dossier Sangatte sur le site des Alternatifs du Calaisis

Jean-Marc Ben
Maire-adjoint Alternatif de Calais


Source/auteur : Alternatifs du Calaisis
Mis en ligne le mercredi 8 janvier 2003, par Ludo
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