Ce slogan des manifestations de sans-papiers - ce cri - s’illustre tragiquement quand, pour des sans-papiers et demandeurs d’asile expulsés, pour des clandestins qui fuient misère et persécution, surgit la mort.
Deux hommes viennent de mourir lors de leur expulsion du territoire français.
Le 30 décembre 2002, Ricardo Barrientos, un Argentin de 52 ans, qui était sous le coup d’une interdiction du territoire français. Amené dans l’avion par une brigade d’escorte, maintenu plié en deux sur un siège pour éviter qu’il ne s’agite trop et qu’il puisse alerter les autres passagers du vol, Ricardo Barrientos serait mort d’une crise cardiaque juste avant le décollage. Le parquet de Bobigny a ouvert une enquête sur les causes de son décès.
Le 18 janvier 2003, Getu Hagos Mariame, un Somalien de 24 ans, refoulé vers l’Afrique du Sud. Il meurt suite à un malaise à bord d’un avion Air-France à destination de Johannesburg. Ce malaise avait été précédé de deux autres avant son embarquement, ce qui n’avait pas empêché les forces de police de le monter violemment et contre sa volonté à bord de l’appareil.
Ils ne sont pas les premiers sans-papiers, demandeurs s’asile, clandestins à connaître une fin tragique.
On se souvient de de Samira Adamu, cette jeune femme nigériane résidant en Belgique, morte en septembre 1998 au cours d’une tentative d’expulsion d’une extrême violence, des 58 Chinois de Douvres, découverts en juin 2000 morts asphyxiés dans le camion frigorifique qui les transportait. En France, le dernier décès lors d’une procédure d’expulsion - celui d’un demandeur d’asile sri lankais à destination de Colombo - remontait à 1991.
Plus récemment, d’autres drames, relevés sur Pajol*. Le 31 août 2002, cinq immigrés clandestins ont été retrouvés morts en Italie dans un camion sur une aire de services d’une autoroute a Avellino, pres de Naples. Quatre autres sont dans un état grave et ont été transférés dans deux hôpitaux de la région. Selon les enquêteurs, les victimes seraient des Kurdes. Ils ont péri par asphyxie, prisonniers à l’intérieur du camion dont ils ont tenté, en vain, d’ouvrir les portes. Selon l’un des survivants, ils seraient montés a bord du véhicule en Grèce, à Igoumenista, pour le prix de 500 dollars chacun. Une fois en Italie, ils voulaient gagner l’Allemagne. C’est le chauffeur qui a alerté le police après avoir entendu que des personnes frappaient à l’intérieur de sa remorque. Des militants anti-mondialisation de la region de Naples se sont rendus sur l’aire autoroutière pour manifester. Ils rendent responsable de ce fait divers tragique la loi réprimant plus durement l’immigration.
Situées sur la route maritime empruntée par de nombreux immigrés tentant de gagner clandestinement l’Italie, les côtes de la Sicile et de l’île proche de Lampedusa sont régulièrement le théâtre de naufrages. En mars, une embarcation avait chaviré au large de Lampedusa. Onze personnes seulement sur les 65 passagers avaient été sauvées de la noyade. Le 25 décembre 1996, 200 immigrés clandestins avaient péri de la même manière dans cette même zone.
En septembre 2002, les garde-côtes italiens retrouvent 26 cadavres, bilan encore provisoire, à la suite du naufrage d’une embarcation transportant plus d’une centaine d’immigrés clandestins originaires du Liberia en Sicile. 92 personnes ont pu être secourues après le naufrage.
Selon les premiers témoignages des rescapés, ils avaient d’abord voyagé à bord d’un cargo parti d’Afrique. Ils ont ensuite été transbordés la nuit du drame dans une embarcation plus petite, qui s’est retournée, précipitant ses passagers dans la mer à quelques centaines de mètres du rivage. La veille du drame, trois embarcations transportant au total 211 clandestins ont été arraisonnées près des côtes de la Sicile par les garde-côtes.
Le 16 décembre 2002, le cadavre d’un réfugié clandestin a été découvert sous un camion lors d’un contrôle routier effectué lundi matin au péage de Saint-Omer (Pas-de-Calais) sur l’autoroute A26 (Calais-Le Havre),. Le corps du jeune homme, probablement de nationalité irakienne, a été retrouvé par des gendarmes qui procédaient à des contrôles de véhicules dans le cadre d’une opération sur réquisition des procureurs d’Amiens, de Douai et de Rouen.
Une récente dépêche AFP estimait à "une vingtaine de personnes" le nombre de réfugiés morts en essayant de se rendre en Angleterre sur les 68 000 résidents de Sangatte
Le 18 janvier 2003, les cadavres de 16 candidats à l’émigration clandestine, originaires d’Afrique sub-saharienne, sont repêchés au large de Tanger, morts par noyade. Trois autres clandestins, ont été sauvés de la noyade par la gendarmerie royale qui avait dépêché un hélicoptère en mer. Selon les premières constatations, le bateau pneumatique sur lequel les clandestins avaient pris place a coulé vendredi en raison des mauvaises conditions météorologiques.
Selon l’association des familles de victimes de l’immigration clandestine (AFVIC), au moins 120 personnes ont péri en 2002 en tentant de traverser sur des embarcations de fortune les 15 kilomètres du détroit de Gibraltar qui séparent le continent africain de l’Espagne. Et combien depuis tant d’années ?
D’autres ont plus de " chance ".
Le 24 décembre 2002, c’est dans le conteneur d’un wagon plombé arrivant de Modane, en Italie, et se dirigeant vers Feignies, dans le Nord, que, dans la soirée de samedi à dimanche, des agents de la SNCF de Conflans-Jarny, au nord de la Meurthe-et-Moselle, alertés par des coups sur la ferraille et par des cris ont découvert 22 ressortissants roumains (des Roms, trois hommes, six femmes et treize enfants, dont un bébé de 18 mois) au bord de l’asphyxie. Ils pensaient qu’ils étaient arrivés près de Sangatte. Fin du voyage. En vertu de l’accord bilatéral de réadmission signé avec la France, les autorités italiennes acceptaient de recevoir les Roumains. "Je ne sais pas ce que les Italiens vont en faire, a confié un membre du cabinet du préfet. C’est à leur diligence
Réagissant aux décès de Ricardo Barrientos et de Getu Hagos Mariame, l’ANAFÉ - association dont la mission est d’aider les étrangers maintenus dans les zones d’attente, en particulier à Roissy - rappelle que, depuis plusieurs années, elle ne cesse de s’inquiéter des brutalités policières rapportées en particulier au cours des tentatives d’embarquement forcé. Il ne s’agit en aucun cas d’une situation isolée mais bien d’une fréquemment dénoncée. Hélène Gacon, présidente de l’ANAFÉ, commentant l’expulsion du jeune somalien, précise : " Les policiers ont utilisé des méthodes malheureusement habituelles, faisant monter l’expulsé avant les passagers, le plaçant au fond de l’avion, menotté, plié en deux. Des méthodes symptomatiques de la violence quotidienne faites aux personnes dans les zones d’attente, expliquant le climat de stress et de terreur dans lequel sont placés les expulsés. L’ANAFÉ se joint également à une plainte déposée par plusieurs associations auprès du Tribunal de grande instance de Bobigny.
DROITS DEVANT ! " exige de la compagnie nationale d’Air-France - l’embargo de toutes expulsion sur ses vols. Nous considérons, en effet, que sa responsabilité est engagée et qu’elle ne peut continuer à assister à de telles atteintes à l’intégrité physique et à des sévices pouvant aller jusqu’à la mort du passager expulsé, dans le plus grand silence.
- que soit rendue publique les résultats de l’enquête diligentée par l’inspection générale des services de la police des polices concernant ces décès. "
Syndicat SUD-AERIEN. COMMUNIQUE 22 JANVIER Deux semaines après le décès d’un expulsé argentin lors de l’embarquement sur un vol Air France, un jeune somalien a trouvé la mort lors de l’embarquement sur un vol Air France à destination de Johannesburg le 16 janvier.
Ainsi que nous l’affirmions dans notre dernier communiqué, les témoignages abondent sur les aéroports concernant les brutalités policières régulièrement subies par les personne expulsées, et ce depuis des années. SUD Aérien exige des pouvoirs publics la mise en place immédiate d’une commission d’enquête élargie aux associations et personnalités dites " civiles " et dont la finalité doit être le strict respect de l’intégrité physique et psychologique des personnes expulsées par les forces de police. Nous affirmons à nouveau que la compagnie Air France se trouve de facto dans une situation de complicité avec les auteurs de ces intolérables atteintes aux droits de l’homme.
SUD Aérien demande à la la direction d’Air France : - de communiquer aux organisations syndicales les dispositions qu’elle entend mettre en œuvre lors du prochain Comité Central d’Entreprise le 23 janvier .
- En premier lieu, Air France, comme en 1998, doit décider immédiatement d’un embargo sur toutes les expulsions dans le cadre de la convention qui lie la compagnie avec le ministère de l’intérieur
- de négocier avec les élus la modification des textes internes à la compagnie et qui règlementent le " traitement des passagers difficiles ". - Ces textes doivent préciser l’automaticité de la décision du Commandant de bord (CDB) de débarquer toute personne manifestant son refus de se faire expulser.
- Cette prérogative, qui appartient déjà aux CDB, permet d’assurer la sécurité des vols et de ne pas rendre complice les équipages d’Air France des exactions policières.
Le GISTI - Groupe d’information et de soutien aux immigrés - a indiqué qu’il allait déposer une plainte contre X dans l’affaire de l’Argentin et se constituer partie civile dans celle du Somalien.
"Le principe est simple : les policiers ont obligation d’exécuter les ordres qu’ils reçoivent, mais ils ont aussi obligation de préserver la sécurité et la santé des personnes dont ils ont la charge", souligne Me Stéphane Maugendre, responsable du GISTI.
En signe de protestation contre ces morts rassemblement avec les sans-papiers mardi 28 janvier de 17 heures à 19 heures place Saint-Augustin
SUD Éducation Pierre Cordelier
* liste de discussion des sans-papiers, liée au site http://bok.net/pajol/