Nous sommes ici aujourd’hui réunis - et sans doute bientôt dispersés - pour procéder en bonne et due forme à la mise en lumière de l’érection du Centre de Rétention Administrative de Coquelles. Nous prendrons le temps, à cette occasion, de remarquer le passage en escadrille des ombres de personnalités hautes en couleurs :
Le ministre de la police,
le ministre de la gendarmerie,
le ministre délégué au ressemelage à clous,
le ministre délégué au bleuissement des viandes et des habits,
le ministre de la nouvelle jugeance,
le ministre délégué à l’enfermement ludique,
le ministre délégué au parc immobilier pénitentiaire,
le préfet,
le sous-préfet,
le sous sous préfet et toute la valetaille préfectorale,
Nous aurons une pensée historique mais néanmoins vivace pour les antiques ministres du dedans, pionniers du délit de sale gueule, du seuil de tolérance, du flicage anthropométrique, de la vidéosurveillance, de la paire de rafles, du refus d’accueillir toute la misère du monde et de la répression de celle d’ici.
Nous remercierons enfin tous ceux sans qui la pièce n’aurait pas pu se faire :
les affûteurs de barbelé,
les électriciens du grillage,
les fabricants de matraques, flash-ball, bouclier, casque, menottes, croquenots
et autres artifices ou fumigènes indispensables au fonctionnement de la Démocratie.
Nous aurons une pensée particulière pour les cabinets de l’architecte Larivière et les bétonneurs Norpak grâce à qui les générations futures auront un témoignage de la chaleur urbanistique et notre temps.
Enfin saluons la Mairie de Coquelles qui sacrifie son plan d’occupation des sols, rien que pour t’accueillir.
Entre ici étranger.
Entrez ici les SALMAN, les MALCOLM, les SALVADOR, les TASLIMA, les GERONIMO et autres empêcheurs de policer en rond dans tous les azimuts.
Entrez ici les LOUNES, les FEHRAT, les SACO, les BABAKAR qui traînez jusque sur nos bitumes vos neiges, vos sables, vos poussières...
La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde !
Que n’avez-vous dans vos bagages du manganèse, du nickel, du cobalt, du cuivre, de l’argent, des diamants, du pétrole !
Mais non rien ! Nib ! Keutch !
Que de l’espoir ou des idées. Et l’Esprit de contradiction. Tu veux quitter la France pour quelqu’autre Eldorado d’Occident ? Centre de rétention !
Tu veux rester en France sous prétexte que tu y vis depuis 10 ans, que tu y cotises, que tu y consommes, que tu y envoies tes gosses à l’écoles ? Centre de rétention !
Centre de rétention vous dis-je !
Celui de Coquelles est un modèle du genre. Flambant neuf. Oliveraie sur le patio. Rires et chants autour du baby-foot sous le regard bienveillant et attendri des chefs et matons épris de rapprochement entre les peuples, de contact humain, de fraternité bien ordonnée.
Que n’eusses-tu été footballiste, camarade...
Mais non. Alors ce sera la paire de baffe, le coup de pied au cul.
Le sas à expulsion. L’anti-chambre du mauvais sort programmé. Le vrai monde serait le notre, celui d’Atlanta, celui de Davos, celui de Neuilly. Et il n’est pas pour toi.
Alors nous n’en voulons pas non plus.
Et qu’importe l’Europe d’en-haut, avec ses Roi UBU, les champions du pouvoir des abus et des abus de pouvoir.
Les mouvements de menton des forts en gueule, les poncifs et la nouvelle jactance ne couvriront notre appel permanent : Liberté de circuler, de s’installer partout pour toues et tous et pour le temps qu’on veut !