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[don't hate the media... become the media]   16/05/08 - 18:40
[dépêches]
FRANCE

Lettre ouverte à M. Jean-Louis DEBRE

Hubert CERDAN Adjoint technique de surveillance Etablissement Public du domaine national et du musée du château de Versailles Département de l’accueil et de la surveillance Pavillon Dufour RP 834 78000 Versailles

Tél : 06 61 12 07 60

Madame, Monsieur,

Je vous adresse ci-joint la lettre ouverte que j’adresse à M. Jean-Louis DEBRE, Président de l’Assemblée Nationale, ainsi que la narration des faits qui ont entraîné de ma part la rédaction de cette lettre ouverte.

Je reste à votre disposition pour de plus amples informations.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes meilleurs sentiments.

Versailles le 23 janvier 2003,

LETTRE OUVERTE à Monsieur Jean-Louis DEBRE, Président de l’Assemblée Nationale

Monsieur le Président,

Vous avez visité, en marge du 40ème anniversaire du traité de l’Elysée, le musée national du château de Versailles.

Le fonctionnaire que vous avez bousculé, arguant les quelques cinq minutes que ce dernier vous avait demandées de patienter, en attendant un accompagnement nécessaire à votre sécurité et à la sécurité des œuvres et du bâtiment dont l’Etat doit être garant, vous adresse cette lettre ouverte.

Que votre temps fut précieux, je le concède, mais de là à molester un agent du service public dans l’exercice de ses fonctions, il y a un grand pas. Que je fus bousculé de votre part, maltraité de la part de votre service de sécurité, est inadmissible, à l’égard de l’institution républicaine dont vous êtes actuellement le représentant élu, à l’égard des fonctionnaires d’Etat dont les missions sont nécessaires et indispensables à la protection et à la défense du patrimoine national, à l’égard des hommes politiques qui vous ont précédé et qui ont su défendre les prérogatives régaliennes de l’Etat.

Qu’un élu de votre entourage ait trouvé intelligent, et sûrement spirituel, de traiter mon travail de minable et mon salaire de ridicule (à qui la faute dans ces conditions ?), n’ait entraîné aucune réaction de votre part me choque.

Quoiqu’il en soit, je continuerai à effectuer mon travail, à exercer les missions qui m’incombent, qui incombent à mon statut et qui incombent à tous les représentants du corps des fonctionnaires auquel j’appartiens.

J’adresse cette lettre ouverte, ainsi que les faits qui se sont passés ce jour là, aux diverses publications de presse de toute tendance, à tous les groupements parlementaires représentés au sein de l’Assemblée nationale dont vous êtes le Président, à tous les partis politiques et syndicats que notre pays compte.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments distingués.

Versailles le 22 janvier 2003,
Hubert CERDAN
Fonctionnaire d’Etat
au Ministère de la Culture et de la Communication

Le 22 janvier 2003, à l’occasion du 40ème anniversaire du traité de l’Elysée, 1200 députés français et allemands se sont rendus au château de Versailles, dans l’aile sud appartenant à l’Assemblée Nationale.

Il était prévu, en marge des travaux et des déclarations officielles, une visite des grands appartements, des appartements privés de Louis XV et de l’opéra royal, dont la 1ère visite commençait à 10h30.

12 groupes, avec conférencier et agent de surveillance du musée, devaient être constitués, dans les deux langes, avec éventuellement des interprètes. Il va de soit que malgré la qualité des visiteurs et vu la configuration du château et des contraintes de sécurité obligatoires, toutes les personnes accédant à ces visites devaient incorporer un groupe, et qu’aucune visite libre ne pouvait être tolérée, ni admise. La galerie des glaces est actuellement en travaux, le salon des Nobles également. L’opéra royal présente des risques du point de vue de l’incendie entre autres. Ces risques sont importants : nous avons le souvenir de l’opéra de Venise, du Parlement de Rennes, de la catastrophe de Lunéville en Lorraine.

Ce jour là j’étais chargé d’encadrer les 12 agents de surveillance accompagnateurs. Après le départ des 12 groupes, vers 11h30, M. Jean-Louis DEBRE s’est présenté à l’entrée des Grands Appartements, avec environ 250 personnes, et arguant sa qualité de Président de l’Assemblée Nationale, il m’a demandé, dois-je dire plutôt m’a ordonné, de le laisser passer. Je lui ai poliment demandé de patienter 5 minutes, le temps qu’un ou plusieurs agent puissent terminer leur accompagnement pour nous rejoindre.

Dans ce sens, j’ai joint par radio les agents dont j’avais la charge. M. DEBRE a été témoin des efforts que mon équipe et moi faisions pour accéder le plus rapidement à ses désirata, malgré le caractère impromptu des ces derniers.

Perdant patience, M. DEBRE m’a bousculé. Il n’a pas voulu admettre les arguments qui plaidaient envers un accompagnement de la visite. Un député derrière lui m’a demandé combien je gagnais pour faire un travail aussi minable. Il est évident que je gagne moins que ce député élu par le peuple : je lui en ai fait la remarque. Je ne pense pas que le travail d’agent de la surveillance au sein du Ministère de la Culture soit minable.

M. DEBRE m’a alors fortement poussé et m’a demandé "vous êtes qui ?" (dixit). Peut-être voulait-il dire vous êtes qui pour empêcher un Président de l’Assemblée Nationale de passer ?

A ce moment là, 2 membres de son service de sécurité m’ont empoigné et plaqué contre le mur, en en disant d’arrêter mon zèle et de faire attention aux conséquences de mes gestes. En aucun cas, je n’ai eu un mot plus que l’autre envers M. DEBRE et les personnes qui l’accompagnait. En aucun cas, je n’ai levé la main sur M. DEBRE et les députés présents. En aucun cas, je ne fus un danger pour que le service de sécurité intervienne dans de telles conditions, puisque je faisais mon travail, et que j’accomplissait une des missions qui m’incombent.

En tout état de cause, M. DEBRE et 250 personnes élus de la République se sont conduits comme les vulgaires citoyens qui ont eu la bonne idée de les élire. Le château de Versailles a été visité sans qu’aucun agent de surveillance ne fut présent. Quid de la sécurité. Quid de la démocratie. Quid des propos sécuritaires et "rassurants" de nos gouvernants. J’ai trouvé ces agissements peu dignes des représentants de la République.

J’ai été très choqué des agissements de ces personnes, et j’ai été obligé d’abandonner mon poste pour reprendre mes esprits, et me remettre psychologiquement et physiquement ce cette mésaventure. Je n’ai repris mon poste qu’à 14h.

Hubert CERDAN


Mis en ligne le jeudi 6 février 2003, par Hubert
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