La construction de l’ennemi
Depuis le 11 septembre 2001, les États Unis sont garants du bien, de la
civilisation et de la démocratie. Ils ne masquent plus leur volonté de
puissance et de domination et, sous prétexte de croisade, imposent au
monde une recomposition de l’ordre capitaliste mondial. Celles-ci
passent d’abord par la construction de l’ennemi qui met en péril les
intérêts américains, fait récurrent dans l’histoire des États Unis.
Après avoir combattu le bloc communiste et orchestré la chasse aux
sorcières, l’Amérique a construit un nouvel adversaire : l’Islam en les
personnes de Saddam Hussein ou de Ben Laden. Ces figures de dictateurs
richissimes et sanguinaires, surfant sur une vague de pétrole, ont été
érigées en incarnations de Satan. Ils fonctionnent comme de parfaits
repoussoirs et font oublier que les États Unis eux-mêmes se comportent
comme une dictature économique qui détient le plus important complexe
militaro-industriel de la planète et qui n’a jamais hésité à faire
commerce d’armes pour financer les plus féroces dictatures dans le
monde entier, "pour le bien de la civilisation et de la démocratie",
bien entendu.
Aujourd’hui, le méchant, c’est Saddam Hussein que l’on représente sous
les traits d’un monstre qui ne fait aucune concession et qui met en
péril la pseudo démocratie américaine. Ainsi, le personnage est
diabolisé et l’on noircit la plus banale de ses actions. La figure de
Saddam fonctionne telle une marionnette, un épouvantail coupable de
menacer les intérêts américains et, par là même, la liberté du monde
occidental. De cette manière, les délires protectionnistes et
sécuritaires les plus archaïques s’avèrent justifiés et l’Amérique peut
sombrer dans la paranoïa et dans la peur...
La représentation médiatique
Les images de deux tours qui s’effondrent, de Ben Laden dans sa
caverne, du prétendu arsenal irakien défilent et Colin Powell brandit,
au siège des Nations Unies, une fiole contenant -soi-disant- de
l’Anthrax. Le geste se veut symbolique et résume bien la psychose
ambiante relayée par les médias et plus particulièrement par la
télévision, avide de spectaculaire. En usant de grosses ficelles, les
médias occidentaux manipulent l’opinion publique et représente la
guerre comme une issue plus que nécessaire : incontournable. La
médiatisation, voire la sur médiatisation, prend une part capitale dans
la préparation et dans la présentation du conflit. On entend, à toutes
occasions, s’élever la voix des États Unis réclamer la guerre et faire
pression sur les puissances qui lui sont "alliées", même s’il est vrai
que le jeu de manipulation se craquelle quelque peu aujourd’hui tant
les arguments des va-t-en guerre sont grossiers.
Tous unis derrière Chirac ?!
Ainsi, en France, le front contre la guerre s’élargit chaque jour
davantage jusqu’à Chirac qui nous refait le coup du 21 avril 2002.
Après Chirac premier antifasciste de France, élu à 82 % comme dans
n’importe quelle dictature, le voilà premier pacifiste anti-guerre
pendant que ses amis Dassault, Lagardère et compagnie continuent de
vendre les armes qui feront demain exploser la planète. (France :
quatrième "exportatrice" d’armes dans le monde).
La gauche, elle (ex-gauche plurielle PS, PC, Verts), se souvient qu’il
y avait jadis quelques idées progressistes qui la traversaient.
Pro-guerre quand elle est au pouvoir, anti-guerre quand elle est dans
l’opposition... Cela nous donne une idée de l’opportunisme de cette
gauche admirable qui n’aspire qu’à retrouver le goût du caviar qu’elle
a perdu. Par contre, en ce qui concerne la gestion quotidienne de la
France, tout ce petit monde s’accorde sur la priorité numéro un : la
sécurité.
La guerre permanente
Cette recomposition internationale et géopolitique ne doit pas nous
faire oublier les transformations qui s’opèrent dans chacune des
Nations occidentales y compris en France. la guerre contre le
terrorisme implique que toute personne, groupe, mouvement ou classe
sociale qui tente de contenter l’ordre établi, qui inscrit son combat
politique hors du cadre fixé par le système (élections, lobbying) est
rangé dans le camp ennemi.
La guerre contre le terrorisme est parfaite parce qu’extensible à
souhait. Elle inclut tous les pôles de résistances aux politiques des
démocraties occidentales, que ce soit dans les pays dominés ou en leur
sein. La commission européenne a d’ailleurs redéfini le concept
d’infraction terroriste le 20 septembre 2001 : est terroriste "tout
acte qui vise à menacer, à porter gravement atteinte ou à détruire les
structures politiques, économiques ou sociales d’un pays." Selon cette
définition, les luttes de libération nationales, les mouvements
d’émancipation, les formes d’action directe, les grèves, les
sans-papiers... sont terroristes.
Puisque les ennemis sont partout et que le terrorisme guette, le
renfoncement de l’arsenal répressif et judiciaire et la militarisation
de la société sont nécessaires...
Enfin, n’oublions pas la toile de fond économique qui sous sa forme
capitaliste ultra-libérale, a tout simplement déclaré la guerre aux
pauvres et aux insoumis. Depuis les années quatre-vingts, la contre
révolution réactionnaire prend sa revanche en supprimant les uns après
les autres les acquis sociaux acquis de haute lutte par le mouvement
ouvrier au cours de l’histoire.
Plus que jamais, le Medef déréglemente, les dirigeants d’entreprise
veulent modeler ouvriers et employés à leur image et imposent leur
modèle de rapport sociaux : "le travailleur docile", heureux de
contribuer au développement de "son" entreprise jusqu’à la prochaine
restructuration. Pendant ce temps-là, les chômeurs, comme les feuilles
mortes, se ramassent à la pelle et la précarisation des conditions de
travail masque mal la condamnation sans appel des individus qui restent
sur le carreau A l’affirmation : "on ne peut tout de même pas
engraisser les inutiles, les déclassés et autres fonctionnaires", le
temps est revenu de rétorquer "nous n’allons tout de même pas laisser
nous voler notre temps pour un salaire de misère et surtout leur
laisser encaisser les dividendes avec le sourire."
Votre conception des
rapports sociaux, basée sur l’exploitation, la domination, le sexisme
et le vol est ce que nous combattons et nous ne nous trompons pas
d’ennemi !
Ainsi que signifie aujourd’hui dire non à la guerre ? Est-ce dire oui à
Chirac ?
Est-ce dire oui à Jospin et consorts ?
Pour nous, Scalp-Reflex Paris, du réseau No Pasaran, dire non à la
guerre signifie dire non au capitalisme et à ses impérialismes et, oui
à toutes les formes de luttes contre ce système qui tue en temps de
guerre comme en temps de paix. Alors Ya Basta ! Le capitalisme ne se
détruira pas tout seul, aidons-le !
SCALP-Reflex
Groupe parisien du réseau No Pasaran
21ter, rue Voltaire - 75 011 Paris
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