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[don't hate the media... become the media]   12/05/08 - 12:06
[dépêches]
FRANCE IMMIGRATION - SANS PAPIERS

Grévistes de la faim de St. Denis : pleurs et détermination

Dimanche 2 mars. Je reviens du 42 rue de la Boulangerie. 3ème jour de grève de la faim des six camarades de la Coordination 93 qui ont décidé d’utiliser ce moyen d’expression pour dénoncer l’hypocrisie du gouvernement qui refuse la régularisation globale, promet des assouplissements illusoires et expulse à tour de bras.

Les Sans papiers, grévistes de la faim et non grévistes, ont été reconfortés par la visite de Bernard Berger, curé de la Basilique de Saint Denis qui, comme le préfet Aribaud, a reçu ordre de sa hiérarchie de quitter Saint Denis.

Mais quand j’arrive, ils sont en pleurs. Des hommes et des femmes. Leurs camarades. Ils pleurent sur le sacrifice de leurs frères, ils pleurent sur leur détresse et leur sensation d’impuissance, sur la situation qui leur est faite. Les pleurs des justes devant la force qui les écrase.
Le petit Sid Ahmed (il n’a que 24 ans) est dans les bras de ses deux soeurs françaises. Petit, blond et maigre, il semble encore plus fragile qu’il ne l’est. Ses soeurs osent encore croire à la France...
Layachi se plaint de son estomac, il dit avoir l’impression "que tout colle dedans"... il ne comprend pas, récite un nombre incroyable de dossiers comme le sien nom, origine, date d’entrée en France, plus de 10 ans, des preuves, et toujours le refus.
Saadia Dib, El Djida Ameziane n’arrêtent pas de pleurer, elles disent qu’ils se sacrifient pour tous les Sans papiers. Abdelkader et Fawzy se retirent discrètement, Ali, un ancien, leur grand frère, porte-parole, essaie de rassurer tout le monde, il croit à la justice.
Salem garde le moral, il a confiance. Lui qui comme El Ghobrini et Lahouari ont fait la marche de Marseille à Paris à pied. Ils sont conscients que les cas de refus injustes sont nombreux, malgré un nombre important d’années en France, leur insertion professionnelle et leurs liens familiaux en France. Abdelkrim pense à cet hôpital d’Alger, où il y a 9 ans il était hospitalisé après avoir eu les membres supérieurs et inférieurs cassés par des terroristes intégristes. Et à sa demande d’asile rejetée, à son contrat de travail, à sa famille en France, comme tant d’autres dans le même cas. Asile refusé, vie privée et vie familiale niée.

Il n’y a plus d’hommes ni de femmes, il n’y a que le poids immense de leur détresse, de leur souffrance, de l’injustice et de l’envie de se battre pour ne pas être traité comme une marchandise...
Et l’électricité qui a été coupée méchament à la demande de Claude Goislot, trésorier de la Coordination, militant catholique et Alternatif, qui s’est fait passer par un responsable du MRAP, locataire officiel du local...
Et l’argent qui a été confisqué par Claude Goislot, plus de 38000 euros !

Et la rage folle de Jean Brafman, de Pierre Garelli, de Franck Saubaux, à vouloir nous faire plier, diriger notre lutte... Les deux derniers on ne les connaissait même pas, ils n’étaient jamais venu soutenir les Sans Papiers.On est des travailleurs, on a toujours été avec les partis qui défendent les travailleurs...
Et pourquoi la LCR ne veut pas qu’on fasse des dossiers, qu’on les suive et qu’on essaie d’arracher des Sans Papiers à la clandestinité dans le cadre des lois actuelles, même si elles ne sont pas bonnes ? Il faut qu’on reste là, au risque d’être expulsés, dans la peur, en attendant d’obtenir le changement de la loi, et la régularisation de tous ?
Pourquoi les organisations politiques, syndicales et associatives ne s’intéressent aux Sans papiers que si ça rentre dans leur politique française ?

Tout le monde nous a quitté en 98, après la loi votée par la gauche plurielle. Aujourd’hui, ils disent, malgré le nombre important que nous sommes, que vouloir lutter pour la régularisation globale, pour le changement de la loi, mais aussi pour pousser nos dossiers et obtenir de la préfecture un maximum de régularisations est une erreur politique.
On nous traite de violents, alors que ce sont eux qui nous violent et nous aggressent. On est harcélés et ils ne nous laissent qu’une solution, revenir à eux, doux comme des agneaux, et accepter ce qu’ils nous disent de faire. C’est ça, soutenir les Sans Papiers ?
Nous, on est des hommes et des femmes qui avons notre dignité. Et cette dignité là, nous allons l’affirmer, au risque de nos vies, c’est pour ça qu’on a décidé de faire cette grève de la faim. On n’a pas à se battre contre des soutiens. Ils doivent nous soutenir et travailler avec nous, main dans la main. On doit se battre contre le racisme, contre Sarkozy et ses lois sécuritaires et racistes. Pour le droit des hommes à vivre mieux.

Voilà, grosso modo, tout ce que j’ai entendu. Malgré le blues, les camarades gardent le moral, l’envie de se battre.
Ils sont fiers d’être des Sans Papiers de la Coordination 93, ceux qui ont redonné espoir à tous les Sans Papiers de France avec leur action de la Basilique.
Ils ont besoin de votre solidarité active. Présence, aide, suivi médical, aide matérielle.
Nous vous invitons à venir les voir, c’est un moyen de protester contre les charters, contre ce gouvernement qui veut les livrer au travail au noir, aux marchands de sommeil.

Pour la Coordination 93/ Collectif Solidarité Sans Papiers 93
A leur demande, Lisa Oliveira-Joué


Source/auteur : Lisa Oliveira-Joué
Mis en ligne le lundi 3 mars 2003, par Ludo
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