Que fait la police ? ci-après un "hymne à la loi" envoyé par un certain "Gédicus" aux Editions du Bras d’Honneur
Désireux d’aider nos députés qui,toutes tendances confondues, ont compris
que le meilleur moyen d’inculquer à leurs électeurs les valeurs civiques
consiste à les leur faire entrer dans le crâne à coups de triques, d’amendes
et de mises au cachot, je souhaite leur dénoncer quelques mauvais patriotes
qui n’ont pas hésité à insulter publiquement le drapeau de notre inimitable
patrie.
Un certain Gustave Flaubert, par exemple, n’a pas craint d’écrire : "Tous
les drapeaux ont été tellement souillés de sang et de merde qu’il est temps
de n’en avoir plus du tout".
Le dénommé Arthur Rimbaud, lui, s’est permis de vouer le drapeau "au paysage
immonde".
Le sieur Henri Barbusse a osé estimer "Un homme bon, un homme sain, un homme
raisonnable ne doit pas saluer les drapeaux".
Quant au quidam Paul Léautaud, il n’a pas hésité à proclamer sa haine :
"Terrible morceau de drap cloué à la hampe... je te hais pour toute la misère
que tu représentes, pour le sang frais, le sang humain aux odeurs âpres qui
gicla sous tes plis".
Enfin, le pire de tous, le voyou Louis Aragon voulait jeter "les trois
couleurs à la voirie".
Certes, il est un peu tard pour foutre au trou ces odieux blasphémateurs,
mais il conviendrait d’interdire leurs livres afin que leurs pernicieuses
idées n’égarent pas nos chères têtes blondes hors du droit chemin de
l’adoration de la patrie et de son gaillard symbole. Je crois même qu’il
serait plus édifiant de brûler ces livres en place publique afin que les
nuisibles comprennent que l’Etat ne rigole pas sur ce point.
Mais je crois que l’action du gouvernement ne sera pas complète s’il se
contente de punir les irrévérencieux. Il semble plus logique et plus sûr de
carrément obliger les Français à chanter la Marseillaise et saluer le
drapeau chaque jour comme cela s’est fait longtemps dans notre belle armée.
Cela pourrait être organisé chaque matin avant la ruée vers le chagrin, sous
la surveillance de chefs de quartiers nommés pour cette tâche (ce qui
résorberait le chômage), dans les cours, les parcs ou directement dans les
usines, les bureaux, les ANPE, les écoles, les crèches.
Pour s’assurer que les citoyens ont bien rempli leurs obligations, on
pourrait les munir d’un livret, visé régulièrement par des contrôleurs de
patriotisme assermentés, et qu’ils seraient tenus de présenter à la moindre
requête des agents de l’autorité. Les contrevenants seraient ainsi
facilement identifiés et pourraient être punis en conséquence, les
récidivistes étant évidemment expulsés du territoire français, car qui ne
révère la patrie n’a pas le droit d’y vivre.
Ainsi, par les matins radieusement tricolores du meilleur des mondes
patriotiques, aurions-nous les oreilles charmées par ce doux chant martial
et patriotique, et plus particulièrement par ce couplet, il faut bien le
dire, trop injustement oublié :
"Pour qui ces ignobles entraves,
ces fers dès longtemps préparés ?
Français, pour nous. Ah ! Quel outrage,
quels transports il doit exciter ?
C’EST NOUS QU’ON OSE MÉDITER
DE RENDRE À L’ANTIQUE ESCLAVAGE"
.