L’industrie culturelle est florissante : des multinationales de la
communication, de l’entertainment et du loisir aux institutions culturelles
subventionnées par l’Etat (la luxueuse vitrine qui expose, exporte et vante
la rareté, l’exceptionnelle diversité de ses créateurs ).
Cette industrie vit et prospère de l’engagement, de l’implication, de la
pensée, des affects de milliers d’intermittents et de précaires. Mobiles.
Flexibles. Corvéables. Dociles. Disponibles. Infatigables.
Il faut savoir qu’il existe aussi un autre secteur hétéroclite,
d’autoproductions, d’expérimentations, d’explorations libérées des
contraintes immédiates de rentabilité et de productivité. Des lieux
subventionnés ou pas dans lesquels nous Suvrons tous, à différents moments,
souvent sans argent, et où nous inventons des formes de vie qui, si elles ne
s’épuisent d’elles-mêmes, finissent par apparaître et nourrir à leur tour de
forces vives parfois subversives le marché avide d’innovation de l’industrie
culturelle.
Intermittents/intermutants, nous voyageons souvent d’un pôle à l’autre de
ses secteurs d’activité et de production, qui incluent aussi l’éducation
nationale, les collectivités locales, les hôpitaux, les prisons, les maisons
de retraites, les centres d’adaptation par le travail ?
Précaires parmi les précaires, mouvants au gré des besoins, des désirs, de
la nécessité de nos employeurs, ou de nos nécessités propres, devenant
employeurs à notre tour, nous errons inlassables, artisans de nos vies et de
nos vouloirs.
Minorité pourtant visible et exposée au regard de tous, nous sommes,
aujourd’hui, comme tous les autres travailleurs précaires, tous les autres
nomades, tous les autres inclassables, menacés de disparition en vertu des
préconisations du rapport Roigt.Klein, qui exclurait la plus grande partie
d’entre nous du régime spécifique de l’intermittence et tuerait toute
possibilité de création indépendante.
Notre disparition laisserait place à une culture d’Etat dominant sans
contrepartie.
La guerre sans merci menée par l’Etat, sa police et ses complices, contre
les plus démunis, les plus affaiblis, les plus malades, les femmes
enceintes, les vieux, les chômeurs, les plus fragiles, les plus fous, nous
obligent à repenser à de nouvelles formes de lutte et de résistance.
Le régime de l’intermittence n’est pas un privilège, mais un modèle social
qui justement pourrait répondre à la question de l’évolution du travail et
son partage dans nos sociétés. Ce statut modifiable et perfectible serait à
envisager pour tous afin que chacun puisse vivre décemment en dehors des
périodes d’activité salariée. Un revenu garanti qui permettrait à chacun de
là où il se tient de ne pas vivre dans l’angoisse mortelle du lendemain. Ni
dans l’illusion entretenue d’un retour au plein emploi.
Nous appelons le plus grand nombre à nous rejoindre et organiser des
révoltes joyeuses (ou non) afin de faire plier les décideurs. Faire entendre
nos voix et notre volonté insoumise.
Assemblée générale lundi 17 mars à 18 h à la bourse du travail
3, rue du Château d’eau
Grande salle Croizat - (G10 solidaire)
à l’appel de SUD Culture et SUD Spectacle
Précaires Associés de Paris