Un article du "New-York Times" reproduit dans son supplément du "Monde" daté
du lundi 17 détaille les tortures pratiquées par les soudards étazuniens
dans leurs "centres d’interrogatoire" d’Afghanistan et d’ailleurs.
Deux
points sont à noter.
Premier point. En anglais, malgré un écoeurant verbiage hypocrite ("pas tout
à fait de la torture mais presque"), les choses sont dites beaucoup plus
nettement et exhaustivement que dans un article récent du "Monde", journal
préféré de tous les déçus (de Mitterrand, de Balladur, de Jospin, de
l’Amérique et maintenant du "Monde").
Deuxième point. La lie journalistique nous avait habitués à mettre le mot
"surréalisme" à toutes les sauces, dès qu’il y avait quoique ce soit d’un
peu bizarre sur l’horizon borné de ces gens-là. Voilà qu’on atteint un
indépassable sommet d’ignonimie avec le titre de l’article sus-mentionné
("Questioning Terror Suspects in a Surreal World" : "L’interrogatoire des
suspects dans un monde surréel").
De quel monde surréel veut parler le
titreur n’est pas bien clair : s’agit-il du monde tel que l’ont saccagé le
Frankestein étazunien et sa créature intégriste, ou du monde des centres
d’interrogatoire, le caractère surréel étant apporté par les méthodes qu’on
y emploie : privation de sommeil, de lumière, de nourriture et d’eau,
privation de calmants aux blessés ?
Oh, défenseurs du beau fantôme surréaliste ! Ne trouvez-vous pas que c’est à
cet avilissement des mots, de l’un d’entre eux en particulier, qu’on mesure
l’ampleur de nos défaites, bien davantage qu’à la dispersion des biens
d’André Breton ?