La guerre, longtemps redoutée, vient d’éclater. Notre pensée se tourne
d’abord vers les populations civiles d’Irak, déjà durement opprimées par
le régime de Saddam Hussein et par douze ans d’embargo. Une fois encore,
ce sont les petits et les pauvres qui sont tués, blessés, jetés sur les
chemins de l’exil.
En janvier dernier, nous nous sommes unis pour appeler les chrétiens à
dire non à cette guerre. Un refus que nos mouvements ont redit, avec
d’autres, dans les grandes manifestations du 15 février et du 15 mars.
Nous le redisons aujourd’hui : cette guerre est illégale et illégitime,
car elle n’intervient ni en « légitime défense », ni en « ultime recours
».
Nous déplorons notamment que les résultats significatifs obtenus par
les inspecteurs de l’ONU pour désarmer l’Irak aient été délibérément
sous-estimés.
Même si cette guerre devait rapidement abattre le pouvoir de Saddam
Hussein, mettant ainsi fin à un régime haïssable, nous persistons à la
juger illégitime, notamment à cause de ses graves conséquences sur le
moyen et le long termes :
l’atteinte portée au droit international. L’usage de la force armée, en
violation des principes de la Charte de l’ONU, affaiblit gravement
l’instance qui, en ces temps de mondialisation, devrait au contraire voir
son rôle s’affermir pour gérer de manière multilatérale - et non en
fonction des intérêts ou des idéologies des plus puissants - les grandes
questions de la planète.
la déstabilisation de toute la région, avec le risque de voir se
déclencher des conflits armés en chaîne. La guerre n’est pas un moyen pour
établir la démocratie et pour régler les conflits, lesquels appellent
toujours la négociation. Seule, une conférence internationale permettra de
rechercher une solution dans la justice et le droit qui soit équitable
pour tous les peuples du Proche-Orient, notamment ceux d’Israël et de
Palestine.
le risque de tensions croissantes entre le monde occidental et le monde
arabo-musulman. En alimentant la propagande des islamistes radicaux, cette
guerre peut nourrir le terrorisme et exposer nos sœurs et frères chrétiens
du Proche-Orient à de grands dangers. Il importe de redire avec force,
avec tous les croyants, avec Jean Paul II et tous les responsables des
grandes Eglises chrétiennes, qu’aucune guerre n’est « sainte », que
personne ne peut identifier sa cause à celle du « bien » contre le « mal
». Que la constante opposition de toutes nos Eglises à la guerre ne soit
pas masquée par les références isolées et simplistes des actuels
responsables politiques américains au message biblique.
le risque de disqualifier, dans le monde arabo-musulman, les valeurs que
nous souhaiterions au contraire y voir se développer, pour le bien des
peuples eux-mêmes et de la paix : le respect des droits de l’homme, de la
démocratie, du pluralisme religieux, etc. La perception, déjà bien ancrée,
que les puissances occidentales usent de « deux poids deux mesures » dans
la mise en œuvre de leurs propres principes, selon que leurs intérêts sont
ou non en cause, ne pourra que se renforcer.
un énorme gâchis économique. Des milliards de dollars vont être
détournés des investissements productifs et de la lutte contre la
pauvreté. La crise économique et le chômage dont souffrent aujourd’hui les
pays industrialisés et, plus encore, les pays en développement seront
aggravés..
Partout dans le monde, les opinions publiques ont refusé cette guerre.
C’est un grand signe d’espoir pour demain.
Cette opinion publique internationale va continuer à se mobiliser pour exiger le retour, le plus vite possible, à une paix fondée sur la légalité internationale.
Chrétiens, notre espérance nous appelle à croire qu’une paix fondée sur le droit, la justice, la solidarité, la résolution non violente des conflits est possible.
Nous nous engageons à continuer à y travailler.
Signataires
Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) - CIMADE -
Communauté Mission de France - Conférence des Supérieures majeures (CSM) -
Congrégation du Saint-Esprit - Justice et Paix - Equipes enseignantes -
Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) -
Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) - Pax Christi - Mouvement
international de la Réconciliation (MIR) - L’Œuvre d’Orient - Nous sommes
aussi l’Eglise (NSAE) — Secours catholique - Vivre ensemble l’Evangile
aujourd’hui (VEA).