On Est En Guerre !
Jusque là je ne vous apprends rien ...et je sais pas très bien comment ça se passe côté manif dans vos villes et pays respectifs mais ici c’est vraiment pas du joli... Y a pas à dire la moustache est vraiment un signe extérieur de fascisme et on peut dire que l’autre en prend plutôt soin.
Vendredi soir fut le début des festivités pour les crs locaux : ils ont du recevoir des nouveaux pistolets tout neufs et des matraques avec service après vente gratis car ils s’en donnent vraiment à cœur joie. J’ignore quelles sont les images qui arrivent jusqu’a vous mais vu de dedans ça fait froid aux yeux, difficile de croire que ce que tu vois se passe pour de vrai, tu cours et ouvres grand les yeux rien de plus, mais une fois le choc passé c’est la rage qui monte.
La plupart des chaînes de télévision Espagnoles se bornent à retransmettre les morceaux choisis par le gouvernement, la manipulation est flagrante. Ils ont commencé à tirer sur la foule aux deux mains ouvertes criant "voici nos armes"
Ce que l’on pouvait voir sur place c’est des gens qui tombent sous les tirs de balles caoutchouc et qui une fois au sol se font frapper à coups de matraque et de pieds, même service pour une minette d’à peine vingt ans qui demandait à un crs d’appeler les secours pour sa copine couchée par terre( faut dire y a pas idée...) et qui reçut en réponse 3 coups de matraque dans le dos, j’en passe et des meilleures.
C’était un vrai rodéo ils chargeaient dans tous les sens...restait a savoir dans quelle direction courir (grande idée : j’avais mis mes basquettes qui courent vite merci Isabelle...). Résultat plus de cinquante blessés, mais comme c’est bizarre on a parlé seulement des 2 crs qui ont reçu. Samedi après un début plutôt festif et intergenerationnel (moi je flippais pour les papis mamis et les parents avec des mômes...la mère d’un pote s’est luxée le coude la veille après avoir trébuché dans sa course), malgré la pluie (c’est fou ce qu’on s’habitue vite au beau temps... dès qu’il pleut on s’indigne surtout par jour de manif) on a eu droit à une nouvelle offensive directe juste à l’heure de fin d’autorisation.
Cette fois ci je ne l’ai pas vécue en direct vu qu’une fois arrivée plazza del sol je n’en pouvais plus et que j’ai pris le premier métro pour faire reposer mes pieds et mon âme fatigués de trois soirées consécutives de marathon "No a la guerra". Mes potes qui sont restés m’ont fait les mêmes récits, avec cette fois à la clef la réquisition des pellicules photos et vidéo par les forces de l’ordre.
Pour bien des gens ici cela réveille un passé encore proche mais qu’ils pensaient révolu, Aznar a déterré toute la panoplie du parfait dictateur et comme dit un pote à moi si Franco se relevait de sa tombe il le fusillerait pour rojo. Pour moi je dois dire que je n’en reviens pas et j’ai beau avoir été sur place j’ai du mal à réaliser. En voyant les images sur euronews impossible de ne pas sentir la rage monter et l’envie de tout péter. Enfin vous me connaissez je ne suis pas vraiment fan de lutte armée et je n’ai d’affinités ni pour recevoir des coups gratuits ni pour séjourner dans les hôpitaux, si bien que je garde mes distances reste vigilante et sais me faire accompagner mais faudrait pas qu’ils nous chauffent trop longtemps...
Ce dont je n’arrive pas a me libérer c’est de ce goût amer dans la bouche et de la boule dans l’estomac. On y retourne mardi, heureusement qu’il y a les potes et les petites chansons ça permet de développer sa bonne humeur et sa créativité. Je vous embrasse tous depuis ce pays qui depuis tout juste deux ans m’accueille, je vous renverrai peut être la demande d’asile qui m’était adressée en mai dernier, la liste de pote commence à s’allonger, qui sait ce nouveau siècle sera peut etre celui du retour au nomadisme, même si pour bien des gens ça n’a pas vraiment cessé.
Nous on nous tire dessus avec des balles en caoutchouc on devrait être content.
Hasta siempre, histoire d’y croire