Depuis le début de la guerre en Irak, les manifestations et actions se multiplient sur l’ensemble du territoire italien. En Vénétie, il ne se passe pas un jour sans que cette opposition ne se fasse sentir.
Samedi 22 mars, le rendez-vous était matinal. L’objectif du Mouvement des Désobéissant(e)s était clair : imposer la fermeture du consulat britannique en place à Venise. Plus de trois mille personnes répondaient à cet appel, en majorité des lycéens et étudiants de la région renouvelant ainsi leur adhésion aux initiatives des journées précédentes et poursuivant leur mouvement de grève. Avant de s’élancer vers le consulat britannique, plusieurs interventions rappelèrent les motivations et les enjeux de cette action. Luca Casarini, porte-parole des Désobéissant(e)s, portait son attention sur la signification de vouloir « assiéger et sanctionner par le bas le siège de la représentation de la diplomatie britannique en lui imposant la fermeture ».
Participer concrètement au refus de la guerre était donc dans la tête de tous, aux alentours de la gare de Venise. La situation aussi était très claire : la place où tient résidence le consulat britannique était blindée par la police et les carabiniers, en tenue de guerre. Rien que de plus normal pour le maintien de l’ordre impérial... L’enjeu des manifestants n’était pas l’affrontement avec les Forces de l’Ordre. Par contre l’objectif se devait d’être atteint, la diplomatie par le bas devait s’appliquer... « Cette action au consulat anglais n’arrêtera pas la guerre, nous le savons mais elle pourrait au moins permettre de poser à tous la question sur quelles pratiques adoptées pour construire un monde différent. », rappelait Luca comme pour rappeler que les énormes manifestations de dissension à la guerre étaient importantes mais que pour aller de l’avant le mouvement anti-guerre se devait de se doter de formes d’expression en mesure d’ouvrir des espaces de dialogue mais aussi de conflits.
Le cortège avançait sereinement vers son objectif, les premières lignes désobéissantes étaient munies de bouclier de plexiglas et de casques, instruments nécessaires et utiles pour se prémunir « hypothétiquement » des violences policières. Arrivés sur la place, les manifestants pouvaient constater de l’étendue du comité d’accueil, protégés derrière des barrières et retranchés dans le consulat, les cerbères berlusconiens affichaient leurs intentions.
Une pluie d’oeufs remplis de peinture rouge s’abattit pourtant tout de suite sur les murs du consulat, suivis de fumigènes. La réaction fut instantanée et ultra-violente. D’un appartement d’un palais voisin du consulat, des canons à eau surgirent et balayèrent les manifestants. De l’autre côté de la place, les tirs à lacrymogènes partirent du consulat. Malgré tout, le cortège résistait et intensifiait les jets de projectiles. Les tirs de lacrymogène s’intensifièrent et devenaient de plus en plus à hauteur d’hommes, les boucliers les arrêtant très souvent. Mais l’air devint totalement irrespirable, cet air rappelant celui du Gênes et de ce fameux gaz employé lors des manifestations anti-G8, le CS. (à ce titre voir l’article de Francesco Martone, De Seattle à Gênes, gazés par le CS, publié sur infos.samizdat.net à l’adresse suivante.). Pendant plus d’une heure les affrontements se poursuivirent, les manifestants repoussaient l’avancée des flics et réciproquement. L’objectif était atteint : le consulat restera fermé, sa façade était maculée de ses crimes.
Plus tard dans l’après-midi de ce samedi, c’est à Padoue que la contestation allait s’exprimer. Une grande manifestation, plus de dix mille participants pour une agglomération de trois cents mille habitants, se déversa dans la ville. Le cortège était sous protection mais celle-ci ne put empêcher les actions de désobéissance. Deux restaurants MC Donald’s et une succursale de banque (BNL) en furent les cibles (peinture rouge sur les façades et les vitrines, appel au boycott, ...).
Dimanche, une manifestation était organisée par de nombreuses réalités régionales qui avaient décidé de se rendre devant la base aérienne américaine d’Aviano. Près de vingt mille personnes marchèrent le long de la base. Une marche plutôt silencieuse. Silence très expressif de cette ambiance étrange que de côtoyer de si près la machine de guerre et de ne pas s’y interposer. La grande majorité des manifestants était venue là plus pour témoigner de son opposition que pour la mettre en pratique. Le cortège se dirigea vers la route nationale et celle-ci fut occupée pendant quelques instants.
Au même moment, les supporters du club de foot de Venise intervenaient contre la guerre à leur façon. Juste avant le début du match de championnat de série B (équivalent de la L.2) opposant Venise à Terni, une centaine d’entre eux envahissaient le terrain, munis d’une énorme banderole contre la guerre et en profiter pour lire leur communiqué, « les barbares des stades contre le barbarie de la guerre ». Dénonçant la stigmatisation qu’ils subissaient en tant que Ultras, ils rappelaient ainsi que la barbarie était du camp de ceux qui font la guerre. Le stade entier applaudissait cette initiative, y compris le virage accueillant les tifosi de Terni. Le match débuta avec pas mal de retard sans qu’aucun incident n’ait eu lieu.
Ce lundi 24 mars, les Désobéissant(e)s s’étaient donnés rendez-vous très tôt le matin, dans la périphérie de Padoue. Toute la matinée, ils ont réussi à bloquer l’accès au marché régional. Ce n’est pas la première fois qu’ils le visitaient (voir l’article publié le 13 février à ce sujet sur Hns, click !). Il y a quelques semaines, ils avaient bloqué un stand de ce marché, celui-ci fournissant les fruits et légumes aux bases américaines européennes. Cette fois-ci c’est donc l’ensemble du marché qui a été interdit d’accès, encore une fois il s’agissait de sanctionner par le bas toute entreprise participant à la machine de guerre.
Puis à quelques mètres, les Désobéissant(e)s rencontrèrent certains salariés des Douanes opposés à la guerre qui ont d’ailleurs lancé un mouvement de protestation concret contre celle-ci en dénonçant une circulaire émise le gouvernement Berlusconi imposant à tous les services douaniers du pays d’accélérer les procédures de dédouanement concernant les bases militaires...
De nombreuses autres actions et mobilisations sont prévues dans la région et dans toute l’Italie cette semaine. Comme partout ailleurs, la question est là même : que faire... pour arrêter la guerre ?
Copyright © 2003 Ludovic Prieur, samidat.net, 24 mars 2003
Sources recueillies sur sherwood comunicazione