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[don't hate the media... become the media]   08/08/08 - 20:24
[dépêches]


Le 1989 du capitalisme occidental s’approche

Unir l’océan pacifique aux motivations du mouvement anti-corporations global

Je ne suis pas un expert en stratégie militaire et je déteste les discours sur la guerre, mais ceci semble évident : les puissances occidentales sont en train de recevoir une leçon du peuple irakien, lequel, pour ne pas subir l’arrogance des nazis de Bush défend la dictature saddamiste et le fascisme. L’orgueil nationaliste arabe semble beaucoup plus fort de ce que les imbéciles qui conseillent Bush avaient supposé.

Rien à voir avec une guerre de libération, rien à voir avec les foules en liesse qui accueillent la démocratie. Le fascisme saddamiste semble, pour l’instant, repousser le nazisme bush-blairiste. Le danger qui se profile à l’horizon est celui d’une convergence entre nationalisme arabe résurgent et terrorisme intégriste. Bravo pour les stratèges des démocraties occidentales. Félicitations.

L’alternative semblerait se situer entre la dictature militaire planétaire et le chaos généralisé. Je ne peux pas nier que je préfère la deuxième perspective. Entretemps, les bourses s’écroulent. Elles avaient trinqué à une guerre brève et, maintenant, elles abandonnent le navire qui sombre. Moralité occidentale.

Mais toute l’attention doit se concentrer sur le troisième élément, le mouvement antiguerre.

Ces derniers jours, les bien-pensants modérément pacifiques et modérément cyniques ont dit : c’est bon les gars, ça serait beau la paix, mais, une fois que la guerre est commencée, il faut espérer qu’elle finisse vite et que les occidentaux l’emportent.

Je dis non. D’abord parce qu’il n’est jamais bien que les agresseurs gagnent, en deuxième lieu parce que la perspective d’une consolidation de la dictature militaire est pire que celle d’une déstabilisation généralisée.

L’hétérogénèse des fins se manifeste ici dans le fait qu’un groupe de fanatiques prend le pouvoir en Amérique avec pour objectif de soumettre le monde à une dictature militaire et ce qui en résulte est un processus dont les issues sont imprévisibles, si imprévisibles qu’un 1989 du capitalisme occidental semble aujourd’hui possible

J’exagère ? Peut-être. Mais le défaut des bien-pensants consiste justement en ce qu’ils pensent toujours que les processus se déroulent de manière graduelle selon des scénarios prévisibles et linéaires. Ils ont tort. 1968 prouva qu’ils ont tort. 1989 prouva qu’ils ont tort.

1989 a mûri dans l’Est européen selon des lignes semblables à ce qui est en train d’arriver aujourd’hui dans tout l’Occident. Des masses chaque jour plus vastes ont défié le pouvoir en disant : nous ne croyons plus rien à ce que ce pouvoir nous dit, nous n’obéissons plus à rien de ce que ce pouvoir nous ordonne. C’est ça qui est en train de couver aujourd’hui dans tout l’Occident. Mais, alors, il faut passer d’une phase de protestation contre la guerre à une phase de protestation et de refus contre ce qui a préparé la guerre.

Le vrai problème dans les prochains mois est celui de l’union du mouvement global anti-corporations avec l’actuel océan pacifique.
C’est alors que nous pourrons peut-être échapper à l’alternative diabolique : dictature militaire ou chaos terroriste.

Pour aller dans quelle direction ? Cela nous devons l’inventer, le construire. Il nous faut pour cela les concepts, les paroles de cet autre monde possible qui aujourd’hui semble s’approcher dans sa possibilité (imprévisible).

Publié dans Rekombinant.org
Traduit de l’italien par Juan Domingo


Source/auteur : Franco berardi (Bifo)
Mis en ligne le lundi 31 mars 2003, par Ludo
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