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[don't hate the media... become the media]   05/07/08 - 20:35
[dépêches]


OMC : une gestion coloniale et guerrière de la planète

Au soir du 31 mars 2003, Stuart Harbinson, Président de la Commission agricole de l’OMC se demande à quel moment les choses ont commencé à lui échapper. La réunion préparatoire de l’OMC qui devait accoucher un texte de travail acceptable par toutes les parties, se termine sur un échec évident. Le calendrier décidé lors de la dernière conférence intergouvernementale au Qatar est juste bon à jeter à la corbeille. Les cinq jours de négociations ont vu une surprenante et inattendue rébellion des représentants des pays du sud qui ne sont plus prêts à accepter une dérégulation de leurs marchés agricoles. Le scénario catastrophe de Seattle se profile de nouveau à l’horizon. Mais M. Harbison ne porte pas seul la culpabilité de ce revers. Les multinationales, incapables de dominer leur soif insatiable de profit, ne lui ont pas facilité la tâche. L’arrogance des puissances américaines et européennes, leur utilisation scandaleuse des attentats du 11 septembre ont également fortement contribué à ce soulèvement des ambassadeurs des pays du sud.

Les promesses faites à Doha, de permettre aux pays pauvre d’avoir accès à des médicaments génériques pour venir à bout des pandémies qui déciment leurs populations, n’ont débouché sur rien de concret. Les ravages causés par le sida en Afrique australe et les millions d’orphelins n’ont pas su émouvoir les multinationales occidentales dont l’écrivain anglais John le Carré dénonce les pratiques mafieuses dans son dernier roman, la Constance du jardinier. Elles se sont battues becs et ongles pour empêcher toute réelle avancée. La possibilité pour les pays pauvres d’avoir accès aux médicaments génériques ressemble à s’y méprendre à un mirage. De même, l’Accord sur les textiles, qui envisageaient une ouverture rapide des marchés des pays riches n’est encore que très imparfaitement appliqué. Selon Aileen Kwa, spécialiste de l’OMC, travaillant au sein de l’ONG asiatique, « Focus on the Global South », estime que, mis à part les pays agro exportateurs du group de Cairns, les pays pauvres du sud, ont de plus en plus conscience qu’ils ont été dupés par l’OMC et ils sont nombreux à ne plus vouloir envisager de nouvelles mesures risquant de fragiliser plus encore leurs économies.

Les accords de Marrakech sur l’agriculture, signé en 1994, ont renforcé la compétition entre les paysans du monde. Les pays du sud qui, suivant les injonctions du FMI et de la Banque Mondiale avaient développés les agro exportations, comme le café ou le cacao, font face aujourd’hui à une baisse dramatique des cours sur les marchés mondiaux. Les petits planteurs vendent leur production à perte. Dans l’Union européenne, plus de 1,2 millions d’emplois agricoles ont été détruits au cours des 8 dernières années.

Cette crise agricole généralisée est planétaire. Elle est facteur de tensions. Tensions internes, d’une part, qui permettent de mieux comprendre l’apparition de guerres civiles, comme en Côte d’Ivoire, où les revenus tirés de la vente de cacao, ont fondu comme neige au soleil. Mais également tensions externes, entre nations qui luttent au coude à coude pour tirer leur épingle du jeu sur la scène internationale. Les engagements de l’OMC, visant à garantir la prospérité du plus grand nombre, en imposant une concurrence "loyale" entre états, n’ont pas permis d’améliorer la vie quotidienne des plus démunis. C’est le constat dressé par l’agence de nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED), qui dénonce une baisse sévère des cours des matières premières agricoles. L’OMC le reconnaît d’ailleurs très officiellement quand elle écrit dans son dernier rapport "les exportations [en valeur] de produits alimentaires ont stagné [en 2001], alors que celles de produits agricoles non transformés ont diminué de 8 % du fait essentiellement de l’impact des cours peu élevés."

Le constat d’une crise sans précédent frappant le secteur agricole fait donc actuellement le consensus. Dans un tel contexte de rancoeurs, de crise et de guerre la proposition de Stuart Harbison, d’imposer un volume obligatoire d’importations équivalent, non plus à 5 %, mais à 10 % de la consommation intérieure et de baisser une nouvelle fois de 36 % en moyenne les droits de douanes existant, est passée pour l’ultime provocation. Les pays du sud se sont cabrés……

Le blocage intervient une nouvelle sur le dossier agricole ou les Etats-Unis et l’Europe ne veulent rien céder de peur des réactions de lobbies agricoles, dont la puissance politique est chaque jour un plus érodé par la destruction massive des emplois dans ce secteur. Parallèlement, les pressions des multinationales de l’agro-alimentaires, et des services se font chaque semaine plus pressentes pour obtenir une totale dérégulation des marchés. Il reste cinq mois à Pascal Lamy et à son homologue américain pour contraindre les négociateurs des pays du sud à ravaler leur fierté. Gageons que comme précédemment ils n’hésiteront pas à utiliser toutes les formes de destabilisations, y compris les attaques personnelles, pour parvenir à leurs fins.


Mis en ligne le mercredi 2 avril 2003, par J-M Desfilhes
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