Les évènements du 24 juillet 2002 qui se sont déroulés dans la cité des
Pommiers à Pantin ont connu un retentissement national, et laissé un
souvenir de violence extrême : une bande de jeunes massacre à coups de
battes de base-ball trois policiers à vélo, dont une femme.
À l’origine, un simple incident violent provoqué par un contrôle abusif
d’identité par trois jeunes policiers probablement peu formés. XXX est
un jeune mineur, dont l’identité est déjà parfaitement connue des
policiers, ce qu’ils reconnaissent eux-mêmes. Ceux-ci affirmeront par la
suite qu’il fumait un joint, ce qui aurait provoqué le contrôle
d’identité. Cette information se révèlera fausse. Donc, un jeune,
mineur, noir (est-ce important ?), tout seul, connu des policiers et qui
ne se livre à aucune activité répréhensible. Le contrôle d’identité est
donc injustifié. Il n’a comme fonction que de matérialiser la présence
et le pouvoir de la police. Contrôle violent : le jeune mineur est
plaqué au mur, puis jeté au sol où il est maintenu en force. C’est
ensuite que les accrochages avec un premier puis un deuxième jeunes
arrivés au secours du mineur eurent lieu.
Ce déroulement des faits, désormais parfaitement établi, n’a rien à voir
avec ce qu’ont rapporté les médias ni avec le souvenir qu’en a gardé
l’opinion publique.
Alors, que s’est-il passé ?
I Le SGP-FO diffuse de fausses nouvelles.
Dans une dépêche de l’agence Reuters, publiée à 16 heures 22 « un
responsable de FO Police » déclare : « Les jeunes, qui avaient des
battes de base-ball, se sont rebellés et se sont même emparés des bâtons
de défense des policiers pour les frapper. » L’agence Reuters titre sa
dépêche : « Trois policiers frappés à coups de battes de base-ball. »
L’AFP axe sa dépêche sur : Trois policiers roués de coups, « de source
syndicale policière ». Les trois policiers « sont tombés dans un
véritable guet-apens a-t-on précisé de même source ». L’AFP cite ensuite
« un responsable du syndicat général de la police (SGP-FO) », qui
détaille le guet-apens : « Le policier qui vérifiait les papiers a été
frappé à coups de poing au visage, de même que la femme stagiaire.
L’autre collègue, un jeune adjoint de sécurité qui s’était esquivé pour
alerter les secours, a été rattrapé puis roué de coups avec une batte de
base-ball. Il est resté inanimé plus d’une demi heure. »
Au même moment, le SGP FO, décidément extrêmement actif sur cette
affaire, publie un communiqué officiel qui commence ainsi : « A 14
heures 30 trois policiers en VTT seraient tombés dans un traquenard,
alors qu’ils circulaient rue des Pommiers, un groupe de jeunes leur
aurait fait signe pour les appeler ? » Dans le même communiqué, le SGP-FO
a déjà trouvé une explication à ce traquenard : la vengeance. « Il est à
noter que ces fonctionnaires ont procédé hier, 23 juillet 2002, à
l’interpellation de ces mêmes jeunes, et auraient mis en fourrière un
engin deux roues interdit à la circulation sur la voie publique. ».
Deux heures après les faits, le ton est donné, une version cohérente et
colorée a été construite, et par FO Police. Groupe de jeunes, battes de
base-ball, traquenard, les mots clé sont lancés, et désormais, c’est à
elle que toute la presse va s’adresser pour obtenir des informations. Et
les responsables FO ne vont pas se faire prier pour les décliner sur
tous les tons.
Sur FR3, édition régionale du 24 juillet, Gilles Petit, secrétaire
départemental (par intérim) du SGP FO, est interviewé. Il déclare : «
Des collègues patrouillaient quand, sur leur droite, un groupe de 8 à 10
jeunes leur ont fait signe de venir. Les policiers se sont dirigés vers
eux. Ils n’ont pas eu le temps de descendre de leur vélo et se sont fait
agresser. Le fait que les jeunes leur aient fait signe me fait penser
qu’ils avaient prémédité leur coup. » Gilles Petit a dû suivre des cours
de communication. Les détails concrets (sur leur droite, 8 à 10 jeunes,
pas eu le temps de descendre de vélo), la personnalisation du témoignage
(me fait penser) sont admirables pour quelqu’un qui ne fait que broder
sur les communiqués officiels de son organisation. Le témoignage de
Gilles Petit sera repris dans le 19/20 de FR3 qui précisera que les
trois policiers sont hospitalisés, et que leurs jours ne sont pas en
danger.
Sur TF1, France 2 et LCI, c’est Dominique Fagiolini, présenté comme
secrétaire du SGP FO, qui s’exprime. Il reprend le traquenard sous des
formes diverses (dix jeunes qui appellent les policiers sur LCI, plus
prudent sur France 2 : peut être à coups de battes de base-ball,
l’enquête le dira). TF1 titre : Des jeunes auraient agressé des
policiers à coups de poing et de battes de base-ball.
À noter que dès ce premier jour, les chaînes de télévision donnent
également la parole aux jeunes de la cité, dont le témoignage ne variera
jamais : un contrôle d’identité brutal sur un jeune fumeur de joint (il
faut dire que c’est plausible, même si cela s’avèrera inexact, en
l’occurrence) contesté oralement, puis bagarre.
Le 25 juillet, l’affaire, telle qu’elle a été montée par le SGP-FO prend
encore de l’ampleur.
La presse écrite prend le relais des informations télévisées, et de
façon souvent extrêmement violente.
Le Parisien après avoir titré : « Trois policiers roués de coups par
vengeance » parle de traquenard et de lynchage. Mobile, « Selon nos
informations (sources ? Ndlr), les jeunes auraient voulu se venger de la
confiscation, la veille, d’une moto appartenant à l’un d’entre eux par
des fonctionnaires du commissariat de Pantin. ?Ce guet-apens était
prémédité, les jeunes avaient déjà leurs battes de base-ball’ confie un
policier (qui ? Ndlr) ». Tout ceci est du roman pur. Suit un récit très
complet, vivant, bien écrit, plein de rebondissements, du vrai polar, et
tout aussi imaginaire que nous ne discuterons pas pour ne pas empiéter
sur l’instruction en cours. Yoann, Elisabeth et Karim se retrouvent
cernés par un groupe d’une dizaine de jeunes gens. L’un d’entre eux
s’empare du tonfa, la matraque de l’un des agents. Simultanément, la
policière prend les premiers coups au visage, s’effondre, avant d’être
tabassée à terre à coups de poing, de pied, et de batte de base-ball.
Karim, adjoint de sécurité, entre dans une cour d’immeuble pour prévenir
les secours. « Je l’ai vu passer avec son revolver à la main, mais les
autres lui ont sauté dessus avant qu’il n’ait le temps de réagir »
raconte un riverain. Plusieurs garçons le passent à tabac et le laissent
inconscient au pied de l’immeuble. Il ne reprendra conscience que trente
minutes plus tard grâce à l’intervention du Samu. Yoann réussit à mieux
se protéger, mais était hier dans un très grand état de choc émotionnel.
Elisabeth, elle, gît ensanglantée. « Je lui ai porté des mouchoirs en
papier pour qu’elle se nettoie le visage, raconte Jane, elle ne voyait
plus rien ». Cette gardienne de la paix stagiaire a été transportée en
fin d’après midi à l’hôpital Lariboisière à Paris. « Défigurée » selon un
témoin, elle souffre de trois fractures à la mâchoire, d’une autre à
l’oeil droit. La jeune femme a également perdu 14 dents. Rapidement une
cinquantaine de policiers arrive sur place et cerne les accès de
l’immeuble. Le témoignage de Yoann, confirmé par ceux des riverains,
indique que les agresseurs sont cachés juste après la bagarre au 42 de
la rue des Pommiers. Tous sont immédiatement identifiés ». Notons
simplement la phrase : « la policière prend les premiers coups au
visage, s’effondre, avant d’être tabassée à terre à coups de poing, de
pied, et de batte de base-ball. » Dans le Parisien, les sources ne sont
pas identifiées.
Le Figaro donne également un récit coloré, mais dont les sources sont
mieux identifiées. Origine des faits : un banal contrôle d’identité,
selon un porte-parole de la direction de la police nationale. Pour la
suite du récit, la source c’est : « Dominique Fagioni, responsable du
syndicat général de la police (FO) en Seine Saint Denis, qui s’est
déplacé sur les lieux. » (A quelle heure s’est-t-il déplacé ? Ndlr) «
Les insultes fusent, vite suivies de coups de pied et de poing. Les
policiers sont débordés par une bande de plus en plus étoffée, dont
plusieurs membres se trouvent mystérieusement armés de battes ». Là
encore, la suite du récit est particulièrement précise et animée. Et
tout aussi sujette à caution que le début du récit. « L’adjoint de
sécurité réussit à s’esquiver et alerte les secours, mais il est
rattrapé puis cogné avec un bâton. Il restera inanimé pendant plus d’une
demi heure. Pendant ce temps, ses deux collègues ploient aussi sous ce
qui devient un passage à tabac en règle. Au point que le plus âgé tombe
à terre. La jeune femme est blessée à l’oeil et à la mâchoire. Pis,« Ils se sont alors emparés du bâton de défense du chef de patrouille avec
lequel ils se sont acharnés, raconte Dominique Fagiolini. Ce n’est
qu’après plusieurs minutes que les assaillants se volatilisèrent. »
Ni le Parisien, ni le Figaro ne donnent d’autres versions que les
versions policières, qui sont en fait la version du SGP-FO.
L’Humanité, dans une brève, est sur la même longueur d’onde et parle de
guet-apens « selon un syndicat policier ».
Libération donne plus la parole aux jeunes des Pommiers. Le récit de
l’incident semble cependant essentiellement policier. « Les policiers,
cernés par un attroupement spontané. Un groupe leur est tombé dessus à
bras raccourcis. Ils ont pris de sacrés coups. (C’est une citation,
mais le journal ne précise pas la source Ndlr). Certains auraient été
portés à l’aide de battes de base-ball, mais aussi d’un tonfa dont est
équipée la police, dérobé à cette occasion. »
Le Monde daté du 26 juillet est un peu plus nuancé. Il parle « d’une
dizaine de jeunes dont l’un armé d’une batte de base-ball selon la
police ». Plus loin dans l’article, la source sera mieux identifiée :
c’est le lieutenant de police Rachid Azizi, chef du groupe recherche du
commissariat de Pantin, qui parle de batte de base-ball. Mais le journal
donne également la parole aux jeunes de la cité des Pommiers qui
affirment : « L’histoire des battes, c’est de l’invention magique. »
Or, dès le 25 juillet, dès le lendemain des faits, la version FO Police
apparaît pour ce qu’elle est : une construction sans rapport avec la
réalité. L’un des policiers pris dans l’accrochage sort de l’hôpital,
moins de 24 heures après y être entré (souvenez vous, ses jours
n’étaient pas en danger ?), et dément la thèse du guet-apens et des
battes de base-ball. Par la suite, les trois vététistes nieront toujours
avoir parlé à aucun moment de batte de base-ball ou de guet-apens.
Alors, quelles sont les sources de FO Police ?
II Pourquoi FO Police fabrique-t-elle des fausses nouvelles ?
Il ne faut pas oublier le contexte politique, très sensible ces jours
là. Après une campagne électorale que tout le monde a en mémoire, axée
sur la dénonciation de la violence des jeunes de banlieue, de préférence
« d’origine maghrébine », on est alors en pleine période de débat sur
les projets de loi Sarkozy et Perben. Le 16 juillet, Sarkozy intervient
à l’Assemblée Nationale pour présenter son projet de loi sur la sécurité
intérieure, et le 17 juillet, Perben présente son projet de loi sur la
justice au conseil des ministres. Entre le 24 et le 27 juillet, le Sénat
débat des dispositions du projet de loi Perben qui permettent
l’incarcération des mineurs à partir de 13 ans. Dans ce contexte, ce
n’est donc absolument pas un hasard si les incidents qui se déroulent
aux Pommiers donnent lieu à diverses formes d’exploitation politique.
Pour le SGP FO, il s’agit de faire pression, sur les hommes politiques
et sur l’opinion publique dans le sens d’un renforcement de l’armement
des policiers, de l’autonomie et du pouvoir des policiers. Juste
quelques éléments, ramassés ici ou là, dans ses déclarations. Dans un
communiqué officiel daté du 26 juillet, « le SGP FO se félicite qu’enfin
le pouvoir en place donne, au travers de cette dramatique affaire, un
signe fort aux fonctionnaires de la Police Nationale, lesquels ces
dernières années se sont sentis abandonnés et non considérés ».
C’est
également Nicolas Couteau, présenté par la presse comme porte parole du
SGP-FO, qui tire la morale des faits dans le Figaro du 25 juillet : »Si
les policiers avaient disposé d’un flash-ball ? ils auraient pu s’en
sortir à moindre mal. » Le même Nicolas Couteau qui, dans le journal Le
Monde du 22 février 2003, donne la conception de son organisation face à
la montée des violences policières : Il se félicite « d’un certain
retour à l’ordre. Dans les années quatre-vingt, lorsque les policiers
intervenaient dans les quartiers chauds, ils se disaient : pas de
provocation, sinon on s’en va. Aujourd’hui, on nous dit qu’on doit
s’imposer et que force doit rester à la loi. Quand on veut occuper le
terrain, on rencontre forcément des résistances. » Quitte à les créer,
ou les inventer.
III Les politiques à l’unisson.
Les hommes politiques emboîtent le pas à FO avec une sorte de frénésie.
Dans la journée, Raffarin, Sarkozy, Perben, Bédier dénoncent «
l’exceptionnelle gravité », « l’horreur », « la sauvagerie des voyous »
(AFP).Bédier ira jusqu’à dire : « Face à cette montée de la délinquance
et en particulier de la délinquance des mineurs dois-je rappeler que
parmi les agresseurs, il y a un enfant de onze ans (dans ce dossier,
aucun mineur n’est accusé d’agression, le ministre prend ses fantasmes
pour des réalités), il faut que la société apporte des réponses de très
grande fermeté. »
Claude Bartolone, député PS du 93 (et notamment des
Pommiers), leur emboîte le pas, sans jamais avoir ressenti le besoin de
se rendre sur place et de rencontrer les gens du quartier, ses
électeurs, dénonce la lâche et violente agression que rien ne laissait
prévoir, et réclame des sanctions dures et rapides.
Et le PC de Pantin,
qui parle de « déferlement de violence » réclame plus d’effectifs pour
la police de proximité.
Entre les hommes politiques, c’est une véritable course à l’échalote :
Qui sera le plus sécuritaire ?
IV Peut-on parler de « bavure médiatique » ?
Oui. Soulevons plusieurs points :
Les médias ont choisi de valoriser les déclarations de FO Police
plutôt que celles de la direction de la police nationale, données dans
le premier communiqué de Reuters, beaucoup plus neutres.
Les 24 et 25 juillet, on retrouve les mêmes sources policières dans
tous les médias, sans qu’apparaissent jamais la question : Comment le
savez vous ? Vous y étiez ? Qui vous l’a rapporté ?
Plus grave, à partir du 25 dans la journée, on sait que les
informations de FO Police sont fausses. On est assez près des évènements
eux mêmes et des premiers articles pour qu’une mise au point énergique
porte auprès de l’opinion publique. Cette mise au point mise en cause
ne sera jamais faite. Pire, la version FO est encore acceptée sans
critique par de nombreux médias.
Prenons l’exemple de Libération, qui, le 26 juillet, après avoir
rapporté la version des jeunes de la cité, donne la version policière «
notamment de source syndicale » : traquenard, batte de base-ball,
vengeance, tous les ingrédients des premiers communiqués FO. Et ajoute :
« Les coups de battes de base-ball sont tombés sur trois policiers qui
ont eu le tort d’interpeller un individu » résume l’UNSA Police. » Le
changement de source syndicale ne change rien. La version est toujours
celle de FO. Comment se fait-il qu’elle ne suscite aucune question de la
part du journaliste ?
Pour sa part, l’Humanité qui consacre le 26 juillet aux évènements son
premier grand article sous le titre Chaos Pantin. Sous titre : « Le
SGP-FO s’insurge et la droite récupère. » « On parle d’un contrôle
d’identité qui dégénère ? En fait, la veille, il y avait eu une
interpellation et un deux roues avait été saisi » selon la police
(revoilà la vengeance et le traquenard) . Les guillemets indiquent qu’il
s’agit d’une citation, mais « la police » est un peu vague. Dans le
paragraphe suivant, l’interlocuteur est mieux identifié : il s’agit de
Gilles Petit, du SGP-FO 93, qui signale que « les jeunes sont tous
connus des services de police » (donc, il ne sera pas très difficile de
les arrêter tous, n’est-ce pas, monsieur Petit ? Ndlr) et souligne que «
les policiers n’étaient pas équipés de flash-ball ». Gilles Petit, celui
là même qui avait donné ce remarquable interview à FR3 régional quelques
heures à peine après les faits.
Les médias, nous abrégeons, sont à partir du 26, de plus en plus
prudents. D’autant que, le 26 juillet le parquet de Bobigny ouvre une
information judiciaire pour « violences ayant entraîné la mutilation ou
l’infirmité d’un fonctionnaire de police », écartant toute notion de
préméditation, et donc de traquenard, guet-apens ou autre. Et semble
prendre en compte essentiellement les blessures de la policière. Mais
jamais, nulle part, une réflexion critique sur ce qu’a été cette
manipulation, et comment elle a été relayée.
Jusqu’à cet article du Parisien du 30 décembre 2002 qui reprend : «
Drame : Agression par une dizaine de jeunes ! Une policière passée à
tabac, Karim tombé inconscient après avoir reçu de nombreux coups ? Des
jeunes se jettent sur la jeune femme qu’ils rouent de coups avant de
s’en prendre aux deux autres fonctionnaires ». C’est purement et
simplement la version policière de l’affaire. Ainsi ce journal a d’abord
relayé la version guet-apens, batte de base ball. Puis, lorsque celle-ci
ne tient plus, la nouvelle version policière, sans les mots qui ont fait
mouche auprès de l’opinion publique, mais en maintenant une vision des
faits dont le journal verra bien, lorsque l’instruction sera finie,
qu’elle n’a pas plus de réalité que l’autre. Rappelons qu’il n’y a
aujourd’hui qu’un seul jeune mis en examen pour avoir porté des coups à
un policier, après avoir lui-même reçu un coup de tonfa, et que ce jeune
a toujours nié avoir touché à la policière.
V Les conséquences.
Mais la diffusion de fausses nouvelles pendant deux jours, la façon dont
les médias les ont relayées ne sont pas sans conséquences. Nous avons
déjà évoqué les conséquences politiques. Mentionnons deux autres autres
conséquences graves :
- Sur l’exercice du métier de policier, comme sur celui de juge. Le
SGP-FO provoque un lynchage médiatique. Si les jeunes arrêtés au moment
des faits avaient été jugés en flagrant délit, comme le souhaitait FO,
ils auraient pu prendre jusqu’à dix ans de prison « sous la pression de
l’opinion publique » et nous parions qu’ils les auraient pris. Le
lynchage médiatique se serait transformé en lynchage judiciaire.
Dans le cadre d’un lynchage, la police n’a pas besoin d’enquêter, de
récolter des preuves, elle se contente de désigner des coupables.
Comment expliquer autrement quelques lacunes plus que regrettables de
son travail ?
Exemple : Deux heures après les faits, elle arrête deux suspects. La
jeune policière blessée a le visage en sang. Les vêtements des suspects
(en particulier leurs chaussures, elle aurait été tabassée à coups de
pied) ne sont pas conservés pour analyse. Pas plus que n’est analysé le
tonfa (matraque) d’un des policiers dont un jeune s’est emparé, pour
éviter de se faire exploser la figure d’après lui, pour massacrer la
policière d’après les policiers. Là non plus, aucune analyse ne sera
faite, qui aurait pourtant permis d’avoir des certitudes.
Autre exemple : La version FO parle de bandes de jeunes. Seuls deux
jeunes sont arrêtés deux heures après les faits pour avoir participé à
la bagarre. Il va falloir ensuite en trouver d’autres. Sinon, comment la
version FO peut elle tenir ? Pendant plusieurs semaines, la cité des
Pommiers sera systématiquement ratissée, de nombreux jeunes arrêtés,
conduits au poste, mis en garde à vue avant d’être relâchés. Fabriquer
des coupables, plutôt que de renoncer à son histoire.
A travers ces campagnes médiatiques, la stigmatisation des jeunes de
banlieue et de leurs « quartiers difficiles » est systématiquement
poursuivie. La campagne de FO Police éveille bien des échos.
Le 24 juillet, quelques temps après le premier communiqué de FO, voici
un communiqué officiel de la FPIP, syndicat de policiers français :
« Une dizaine de salopards - tous connus des services de police et
sacrifiant à un sauvage rituel - ont dans la cité des Pommiers
littéralement massacré les policiers venus les contrôler suite à l’usage
de drogue ? Il est plus que temps de restaurer l’autorité de l’Etat !
Nicolas Sarkozy et le Gouvernement viennent de faire l’expérience et
prendre, nous l’espérons, la dimension des conditions dans lesquelles
les serviteurs de l’ordre doivent garantir la Paix publique. La
sauvagerie de l’agression dont ont été victimes trois policiers qui ne
faisaient que leur devoir doit engager le pouvoir à dépasser les bonnes
intentions exprimées à l’occasion des élections. » Les mêmes choses sont
dites, plus brutalement.
- Aboutissement ultime : « SOS Racaille », qui écrit sur son site, en
date du 26 juillet :
« Identité des cinq racailles. Trois flics agressés dont une femme : les
racailles se déchaînent. Et bien, au cas où la justice ne serait pas
assez sévère, voici les identités des quatre principaux responsables de
cet exploit ». (Suivent cinq noms et leurs adresses).
Ce sont des menaces, pas voilées du tout, et qui font d’autant plus peur
qu’elles ont été suivies de menaces de mort au domicile de la mère d’un
des jeunes cités.
Sur ces cinq noms, au moins un, et probablement deux ne sont jamais
apparus dans la presse. D’où SOS Racaille les tient-il, moins de deux
jours après les faits ?
Ce même 26 juillet, quand la justice abandonne la thèse du traquenard,
SOS Racaille, la FPIP et le SGP-FO ont le même réflexe : faire pression
sur la justice.
« Au cas où la justice ne serait pas assez sévère » dit SOS Racaille, «
la FPIP prévient ! Ces agressions intolérables doivent être sanctionnées
sans faiblesse » écrit la FPIP , et « sans préjuger de la décision
indépendante du magistrat instructeur les auteurs des faits sont
passibles de la cour d’assises » déclare le SGP-FO le 26 juillet dans un
communiqué officiel.