Que s’est-il passé à la Barclays ?
Nous sommes arrivées à cinq, trois filles et deux garçons, vers 16h15.
Nous avons sonné et on nous a ouvert les deux portes successives. L’une
d’entre nous a sorti une caméra pour filmer la scène. Nous avons été vers la
personne postée à l’accueil, et nous lui avons demandé si elle savait que
son entreprise tuait des irakiens, par le biais de ses participations dans
les ventes d’armes. Nous lui avons présenté notre tract, qui exposait les
faits. J’ai donné un tract à une autre personne de l’accueil, et un camarade
a donné un tract dans le bureau voisin, dont la porte était ouverte, pour
que les raisons de notre présence soit explicite.
La première personne a qui nous avions posé une question a appelé le
directeur, en lui indiquant que c’était parce que « la Barclays tuait des
Irakiens ». Celui-ci est arrivé assez rapidement après. La personne qui se
trouvait dans le bureau ouvert lui a aussitôt indiqué que nous étions en
train de filmer, ce qui l’a immédiatement mis en colère. Avant que nous
ayons pu discuter avec lui, il s’est précipité vers la camarade qui tenait
la caméra et a posé sa main vers l’objectif. Pour éviter de le provoquer, au
vu de sa réaction très vive, elle a arrêté de filmer.
Nous avons essayé de lui expliquer pourquoi nous voulions discuter avec
lui, mais la présence de la caméra continuait de l’énerver. Il a tenté de la
prendre des mains de notre camarade ; nous lui avons dit de ne pas la
toucher. Après quoi, il a exigé qu’elle lui donne la cassette, ce qu’elle a
refusé. Il a alors demandé aux employés d’appeler le service de sécurité et
la police. Il nous a expliqué que nous aurions du demander son autorisation.
Nous lui avons alors demandé, mais il a refusé.
Puis il a accepté de nous recevoir dans son bureau, pour que nous
exposions nos griefs contre la banque Barclays. Il n’y avait que trois
fauteuils, alors que nous étions cinq. Nous n’avons pas voulu nous asseoir.
Comme il insistait, et qu’il ne semblait pas vouloir parler devant tout le
monde, deux d’entre nous ont fini par se retirer.
Nous lui avons exposé le premier chiffre de notre tract : Barclays détient
3,1 % du capital de General Electric, premier groupe d’armement au monde. Il
a essayé de minimiser, en rappelant que GE a des centaines de milliers de
salariés et de très nombreux actionnaires. Puis, après avoir admis qu’il
ignorait ce fait, il a argué que Barclays investissait également dans
l’humanitaire et les ONG. Ensuite, le directeur a expliqué que son
entreprise choisissait ses investissements selon des critères éthiques.
Malencontreusement, par lapsus sans doute, il a parlé de critères ethniques.
Il a rappelé certaines prises de position de son entreprise contre
l’apartheid ou contre le blanchiment d’argent, ou l’existence de prêts
donnant des garanties éthiques sur l’emploi de l’argent, sur lesquels il n’a
pu nous fournir de documentation.
La discussion s’est avérée très difficile, car il monopolisait la parole,
parlait fortement sans écouter nos arguments. A plusieurs reprises, il nous
a traités d’étudiants, d’écologistes et nous a affirmé que nous «
planions », que nous n’étions « pas dans la réalité ». Nous lui avons
rappelé que la réalité, c’était la guerre en Irak et que son entreprise
faisait des bénéfices chaque fois que des bombardiers étaient vendus.
Lorsque nous avons évoqué Boeing, autre entreprise d’armement dans laquelle
Barclays possède des parts (3,82 %), il a décrété que nous allions accuser
Barclays d’être responsable de l’attentat du 11 septembre, argument plutôt
pauvre. Il a fini par nous avouer qu’il était lui-même contre la guerre en
Irak, mais que le fait que son entreprise soit impliquée ne le dérangeait
pas du tout.
Ensuite, la police est arrivée. Notre camarade a donné la cassette vidéo
(sur laquelle se trouve à peine une à deux minutes de tournage). Après
fouille de son sac, les policiers ont pris une seconde cassette, laquelle ne
contient que des images personnelles de l’ami qui a prêté la caméra. Ces
deux pièces ont été saisies. La fouille a été brève, peu approfondie, et nos
affaires nous ont été laissées en permanence. On a contrôlé nos papiers une
première fois dans la banque. Nous avons cru que nous étions libérés, mais
alors que nous nous apprêtions à sortir, ils ont décidé de nous embarquer.
Dans le fourgon de police, nous avons pu discuter avec l’officier de
police. Il nous a expliqué que nous avions eu tort de prendre une caméra,
car d’est illégal de filmer dans une banque, en raison des risques de
braquage - élément auquel nous n’avions pas pensé, il est vrai. Puis il nous
également déclaré être opposé à la guerre. Dans le fourgon, les autres
policiers avaient l’air d’approuver son opinion.
Au commissariat, nous avons pu rester ensemble, dans une cellule commune,
parce que nous ne présentions « pas de danger imminent ». Nous avons été
mieux traitées que les personnes qui attendaient leur audition menotées à un
banc. De plus, nous savions déjà que l’information avait circulé à
l’extérieur et qu’elle serait répercutée sur Indymedia et sur les listes de
diffusion avant même que nous soyons arrivées au commissariat. Nous étions
donc assez confiant : la seule inquiétude portait sur la durée de la garde à
vue, ainsi que sur les éventuelles poursuites judiciaires. Celles-ci sont
subordonnées à l’avis du service sécurité de Barclays , qui doit décider si
la banque porte plainte ou non.
Après vérification d’identité et audition — nous avions collectivement
refusé de signer quoique ce soit, malgré les pressions - nous avons été
libérées vers 20h00, soit un peu plus de trois heures après le début de
l’action. Un groupe d’amis était venu nous accueillir à la sortie, ce qui
était fort sympathique.
Nous avons sans doute fait quelques erreurs de méthode, notamment en ce
qui concerne la caméra, dont on avait pensé qu’elle contribuerait plutôt à
calmer les esprits (interview plutôt qu’occupation). Mais dans l’ensemble,
le bilan est plutôt positif : on a vu que, malgré les prétentions à
l’éthique et à la transparence, il ne faisait pas bon d’évoquer les
participations de la banque Barclays à la production des bombardiers et des
missiles qui massacrent les populations civiles en Irak.
Ni guerres, ni frontières !