Les différentes publications parues dans Courrier international (N° 633) et dans Télérama (N° 2765), ont plus provoqué la confusion dans les esprits qu’une réelle explication des propos de Marcos.
Suite à un courrier que nous avons reçu le 8 février 2003 d’André Chiron (lecteur de Télérama) où il nous envoyait copie de sa protestation auprès du journal, restée jusqu’à ce jour lettre morte, nous avons jugé nécessaire de reprendre sa réaction aux propos du journaliste, Emmanuel Tellier, et d’y apporter quelques précisions.
A. Chiron « veux montrer que l’affirmation selon laquelle Marcos apporte son soutien ahurissant aux terroristes de l’ETA est fausse et diffamatoire ». Nous partageons nous aussi cette volonté car les lettres incriminées, sources incontestables d’Emmanuel Tellier pour rédiger son article, ne parlent ni de l’ETA, ni de ses actions terroristes, mais du « droit du peuple basque à lutter politiquement pour une cause qui est légitime ». Une ambiguïté d’autant plus impardonnable qu’un mois avant la publication de l’article de Télérama, La Jornada avait publié cinq lettres de Marcos qui développaient davantage sa pensée et surtout qui répondaient aux accusations dont il était l’objet.
Obligés de choisir entre deux terreurs
Néanmoins, les différentes réactions et l’explication personnelle de Marcos n’ont pas produit chez E. Tellier une meilleur compréhension du mouvement zapatiste et encore moins une volonté d’éclaircissement. Dans une lettre explicative, Marcos écrit : « Malgré le fait que le texte faisait clairement référence à la lutte politique et non pas à la lutte militaire basque, on a voulu interpréter l’absence d’une condamnation explicite au terrorisme comme un soutien de l’EZLN à l’ETA et à ses actions. Nous considérons juste et légitime la lutte du peuple basque pour sa souveraineté, mais cette noble cause, ni aucune autre, ne justifie que soit sacrifiée la vie de civils. (...) Nous condamnons les actions militaires qui nuisent à des civils. Et nous les condamnons pareillement, qu’elles proviennent de l’ETA, de l’Etat espagnol, d’Al Qaïda, de George Bush, ou de qui que ce soit d’autre quand les victimes sont prises parmi les enfants, les femmes, les vieux et les gens qui n’ont rien à voir avec ces affaires ».
Marcos souligne aussi que « dans le monde actuel il nous est donné une option définitive qui, comme toutes les options définitives, est un piège. Nous sommes obligés de choisir entre une terreur et une autre et critiquer l’une suppose soutenir l’autre. Dans ce cas précis, on nous oblige à choisir entre le terrorisme d’ETA et le terrorisme de l’Etat espagnol et si nous posons les limites de l’un c’est que nous sommes complices de l’autre. Vous et nous sommes conscients que l’alternative n’est pas une chose ou l’autre, mais qu’elle se construit comme un nouveau chemin, comme un nouveau monde ». Par ailleurs, Marcos lance dans les mêmes articles une initiative de rencontre « pour donner une chance à la parole », pour donner un espace propice au dialogue entre les différents acteurs de la société civile basque et espagnole.
Ces derniers communiqués viennent remettre les chose à leur place et font qu’on ne peut interpréter ces propos comme un soutien à l’ETA. Lorsqu’on met Marcos et ETA dans le même sac, on est en décalage par rapport à la réalité. Quant à Marcos et au zapatisme, je reprendrais la phrase de José Saramago (prix Nobel de littérature en 1998) : « il faudrait être très aveugle pour ne pas voir les différences et plus encore pour les nier ».
Paola Orozco pour La Lettre de la Fondation
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