Monsieur SARKOZY Nicolas
Ministre de l’Intérieur,
de la Sécurité Intérieure et des Libertés Locales
Place Beauvau
75800 PARIS
Arras, le 17 avril 2003
Monsieur le Ministre,
Voilà maintenant 5 mois que vous avez fermé le camp de Sangatte, sous les applaudissements de la plupart des élus locaux. En l’absence d’alternatives crédibles, notamment un statut européen des réfugiés et un exercice plein et respectueux du droit d’asile, des voix divergentes dont je suis ont condamné cette décision.
Le collectif C’SUR, qui regroupe sur Calais toutes les associations et militants des droits de l’homme, avait pourtant prévenu le Gouvernement et affirmé publiquement que, sauf répression policière de plus en plus massive, le flux de réfugiés sur Calais ne disparaîtrait pas.
C’est ce phénomène que malheureusement nous constatons aujourd’hui. Depuis la fermeture de Sangatte, les violences policières - contrôles systématiques et répétés des réfugiés repérés, coups et autres brutalités, mesures d’éloignement arbitraires - se sont généralisés dans le Calaisis et sur tous les axes y menant. Cependant, malgré ces intimidations permanentes, les réfugiés continuent d’arriver et survivent sur Calais en attendant de trouver le camion, le passage qui leur permettra de gagner l’Angleterre...
C’est dans ces conditions et dans le cadre d’un accord avec la Préfecture obtenu par le collectif suite à la fermeture de Sangatte qu’est assurée, par des bénévoles, l’aide humanitaire d’urgence pour ces personnes (200 repas distribués par jour) dans le cadre d’une mobilisation citoyenne qui ne s’est jamais démentie et qui garantit l’apport de vêtements, de couvertures, de dons en espèces...
Certains habitants devant la détresse de ces hommes démunis et pourchassés n’hésitant plus à les accueillir chez eux pour leur permettre de manger et vivre quelques heures, quelques jours dans des conditions dignes...
Parce que cette activité difficile, et néanmoins incessante, souligne l’échec d’une politique unilatérale de refus d’examiner les demandes légitimes des réfugiés, les services de l’Etat non de cesse que de discréditer et d’essayer de diviser ce mouvement qui mérite pourtant l’admiration...
Monsieur le Ministre, le Calaisis a besoin d’un lieu d’accueil, de repas, d’informations et d’échanges pour les réfugiés. Quand mettrez-vous en œuvre le 2ème volet de votre politique dite de « fermeté et humanité » ?
Monsieur le Ministre, la politique du Gouvernement est à un tournant, les actes violents voire illégaux de la police à l’encontre des étrangers et de leurs soutiens vont-ils enfin cesser et faire place à la responsabilité ? Si tel n’était pas le cas, il est à craindre que c’est notre démocratie, qui serait alors en danger. Forte de la mobilisation citoyenne des habitants du Calaisis, j’en appelle à un sursaut de lucidité du Gouvernement français.
Je vous prie, Monsieur le Ministre, de recevoir l’expression de mes salutations distinguées.
Hélène FLAUTRE
Députée européenne
Copie de ce courrier adressée à :
Monsieur Delevoye, Ministre
Monsieur De Robien, Ministre
Monsieur Delbarre, Député-Maire de dunkerque
Monsieur Jack Lang, Député
Monsieur Daubresse, Député
Monsieur Vanlerenbergue, Sénateur-Maire
Monsieur Pierre Mauroy, Président de la communauté urbaine de Lille
Madame Martine Aubry, Maire de Lille
Monsieur Jacky Hénin, Maire de Calais
Monsieur Percheron, Président du Conseil Régional du Nord-Pas de Calais
Monsieur Roland Huguet, Président du Conseil Général du Pas de Calais
Collectif C’SUR
Verts Nord-Pas de Calais
Parti socialiste
Parti communiste
L’UMP
L’UDF