A l’aube du 21ème siècle, les dégradations diffuses et irréversibles de l’
environnement s’aggravent encore à un rythme alarmant. L’irresponsabilité
généralisée ne rencontre à cet égard qu’une très faible mobilisation
citoyenne, institutionnelle ou économique. Réchauffement climatique, marée
noire, contamination radioactive et génétique, érosion de la biodiversité,
déforestation massive, pollution de l’air, de l’eau, des sols. La liste bien
trop longue de nos exactions ne s’allonge que grâce à l’immobilisme
institutionnel et l’inconsistance des politiques environnementales menées.
Le sommet de la Terre de Johannesburg marque à ce titre un échec édifiant
puisqu’il n’a accouché, à l’issu d’intenses négociations, que de résultats
trop limités pour engager une rupture fondamentale. Plus de trente ans après
le premier sommet planétaire révélant l’impasse à laquelle nous conduisent
nos modes de vie, la reconnaissance des droits des générations futures, des
principes de précaution et d’utilisation raisonnée des ressources naturelles
demeurent surtout de vaines déclarations d’intention non suivies d’effets.
De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer des mesures contraignantes,
seules à même de remettre en cause les logiques productivistes dominantes.
Mais la primauté de l’économique sur
l’environnemental rend toute mesure préventive largement aléatoire et
soumise au bon vouloir d’un accord dans les enceintes de l’Organisation
Mondiale du Commerce.
Cette primauté prospère de l’absence de l’Organisation Mondiale de l’
Environnement. A l’ONU, l’environnement est en effet victime d’un oubli
historique. Alors que la santé, le travail, la culture et l’éducation, l’
alimentation ou même la propriété intellectuelle possèdent chacun leur
propre institution spécialisée au financement propre, l’environnement n’est
doté que d’un programme subsidiaire de coordination, sans financement ni
mandat adéquat, le Programme de Nations Unies pour l’Environnement. De fait,
l’ONU manque d’une véritable autorité politique dédiée à l’environnement
global, capable de limiter la réification de nos vies, de la nature et de
notre planète.
Fondée sur la base du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, l’
OME constituerait le cadre unique des politiques de protection de l’
environnement global (climat, couche
d’ozone, océans, désertification, biodiversité et bientôt forêts, eau
potable, ressources énergétiques, agriculture, écofiscalité, responsabilité
environnementale des entreprises). Sa construction procéderait d’une
réorganisation des compétences environnementales actuellement dispersées au
sein d’une douzaine d’organisations internationales et de nombreux
secrétariats d’accords multilatéraux sur l’environnement. Parallèlement, une
certaine transversalité des politiques environnementales, inhérente à la
notion de développement durable, serait conservée.
Mais contrairement aux autres institutions spécialisées de l’ONU, l’OME ne
saurait être un outil technocratique éloigné des citoyens et accroissant les
clivages entre le Nord et le Sud. L’éducation à l’environnement et au
développement durable pour tous les citoyens mais aussi une formation
spécifique pour les délégations des pays du Sud, largement marginalisées
lors des négociations internationales faute de personnels qualifiés, l’
organisation de conférences de citoyens sur des sujets de société, la
reconnaissance du droit de pétition permettant d’engager des débats
internationaux sur les problèmes environnementaux. sont autant de moyens de
rapprocher cette structure des citoyens.
La gouvernance mondiale de l’environnement ne doit plus être l’affaire
exclusive des Etats. La voix des citoyens, des collectivités territoriales,
des ONG et des acteurs économiques du Sud doit aussi pouvoir trouver un écho
dans le choix des politiques environnementales. Fidèle au principe de
subsidiarité et à la formule « penser globalement, agir localement », l’OME
pourrait susciter des accords de coopération renforcée entre collectivités
territoriales.
A l’échelle globale, la priorité actuelle est d’améliorer l’application
effective des centaines d’accords multilatéraux sur l’environnement. Pour ce
faire, l’OME doit devenir un véritable outil de prévention, acteur d’un
transfert des technologies propres et assistant financier pour l’application
des traités. En complément, sous son impulsion, les mécanismes d’observance
des traités méritent d’être harmonisés et simplifiés. En aval, l’OME
pourrait avoir la capacité de sanctionner la violation des accords
multilatéraux sur l’environnement par le biais d’une Cour mondiale pour l’
environnement ouverte aux ONG.
L’OME doit faire contrepoids à l’OMC. L’intégration de l’environnement dans
les compétences de l’OMC ne peut être une solution acceptable : d’une part,
telle n’est pas la fonction de l’OMC et elle a déjà largement démontré ses
réticences à ouvrer pour la protection de l’environnement ; d’autre part, ce
serait faire l’aveu fatal que nous considérons l’environnement comme une
marchandise. Face à l’OMC, à la Banque Mondiale et au FMI, le rôle de l’OME
est d’affirmer et de mettre en ouvre les principes du développement durable,
d’imposer clairement la primauté des règles d’environnement sur celles du
commerce et de promouvoir la notion naissante de bien public mondial dans le
domaine de l’environnement.
Une autre mission importante de l’OME sera précisément celle de référence
scientifique et technique dans tous les domaines de l’environnement, un lieu
de rassemblement et de diffusion des connaissances et des savoir-faire.
Pour tout cela, le financement doit être un moyen et une fin. En mettant en
ouvre une écotaxe permettant de décourager les pollueurs tout en
développant, grâce à des réaffectations ciblées, des
programmes de préservation de notre planète, l’OME oriente tout en
sanctionnant prioritairement les comportements les plus polluants. Le
principe de responsabilité commune mais différenciée, cher aux pays du Sud,
doit trouver une traduction concrète dans le financement de l’OME.
Enfin, nul ne peut ignorer qu’un tel outil international participerait à la
reconnaissance officielle de l’environnement comme élément consubstantiel à
la survie de l’Humanité. Les atteintes majeures et irréversibles à l’
environnement devraient donc devenir des crimes imprescriptibles et une
réflexion sur l’ingérence environnementale devrait trouver un écho au sein
de ce nouvel organe.
L’altermondialisation se construit par et pour les citoyens. Les mois qui
viennent seront riches en événements de cette nature : du contre-G8 au FSE,
2003 sera une année pendant laquelle l’idée de l’OME doit faire son chemin
pour aboutir à une réforme de la gouvernance mondiale de l’environnement.
Les signataires du présent texte se mobilisent et appellent les chefs d’Etat
et de gouvernement, en particulier ceux du Sud et des Etats-Unis, ainsi que
le Secrétaire général de l’ONU, à engager cet ambitieux chantier avec
conviction. Il convient pour ce faire de convoquer rapidement une conférence
internationale ad hoc rassemblant les officiels des organisations
onusiennes, les représentants des pays membres de l’ONU et les acteurs de la
société civile.
Gageons qu’il ne faudra plus attendre la prochaine marée noire, la prochaine
catastrophe nucléaire ou un dérèglement climatique plus que probable pour
agir. Notre avenir à tous en dépend !
Pour signer cet Appel :
ape@globenet.org ?subject=Je%20souhaite%20signer%20l’Appel%20body