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[don't hate the media... become the media]   07/09/08 - 17:26
[dépêches]
France

La SNCF enferme les sans-tickets

Depuis au moins 6 mois, nous assistons aux premières incarcérations de personnes tombant sous le coup de la LSQ relative à la fraude dans les transports en commun (rappelons que cette mesure fut allègrement votée en novembre 2001 par la gauche "plurien"). Près de 50 personnes ont subi ou subissent de la prison ferme pour avoir voyagé plus de 10 fois sans ticket sur le réseau de la SNCF. Et ce chiffre est loin de se stabiliser puisqu’au moins 1400 autres plaintes ont été portées par la SNCF à l’encontre de personnes qui ont estimé légitime de frauder à défaut de faire autrement...

Ce nouveau dégré répressif n’est que l’expression de la guerre sociale que l’ordre dominant mène contre les populations qu’il considère comme déviantes (les lois Sarkozy-Perben, qui visent les mendiantEs, les gens du voyage, les prostituées, les sans-papiers, les squateurs ou les "héritiers hérétiques" de l’immigration, n’en sont que l’avatar le plus récent et le plus flagrant).

Nous avons ainsi mené une action-manifestation ce samedi 26 avril pour revendiquer la liberté de circulation et d’installation pour tous, et puis l’arrêt des poursuites judiciaires et la libération des fraudeurs, et puis la gratuité des transports collectifs pour tous, et pour que cela soit possible, la suppression des contrôleurs et des systèmes de contrôle (car ça opprime et ça coûte cher).

Pour cela nous nous sommes rendus dans le hall de la gare ferroviaire de Grenoble afin d’emballer plus ou moins joyeusement quelques méchants composteurs avec quelques innocents mais sournois sacs-plastic. Une banderole avec un slogan du style "Zéro franc Zéro fraude Transports Gratuits pour touTEs" fut déroulée devant les yeux parfois évasifs de quelques bons voyageurs souvent pressés et n’hésitant pas à défaire les emballages pour pouvoir composter leur billet . Certains d’entre eux trouvaient même "normal" qu’on enferme des gens qui ne payent pas leur billet (le discours du style : "ils n’ont qu’à travailler"). D’autres par contre et heureusement, étaient choqués d’apprendre que l’on pouvait faire de la prison pour avoir voyagé sans-ticket...

Inutile peut-être de préciser que l’action ne fut pas du goût de la SNCF qui envoya de méchants agents arracher les emballages tout en faisant appel aux flics qui vinrent nous faire peur le temps de finir de distribuer nos tracts...


Et voilà le contenu du tract qui fut distribué durant l’action :

La SNCF enferme les fraudeurs, enfermons les composteurs !!!

(Aujourd’hui, journée d’action régionale pour les transports collectifs gratuits pour tous)

Des Sans-billets en prison, avec la SNCF c’est possible !

Depuis novembre 2001, chaque personne est passible de 6 mois de prison ferme et de 7500 euros d’amende au bout de 10 fraudes dans le train. Cette nouvelle mesure liberticide date de la LSQ (loi sur la sécurité quotidienne) votée sous la gauche plurielle et renforcée par les récentes lois "Sarkozy-Perben" qui ne font qu’intensifier l’hystérie sécuritaire qui tend à créer de nouveaux délits pour criminaliser la "France d’en bas".

De fait, depuis novembre 2001, des poursuites judiciaires sont entamées, des personnes sont incarcérées, et condamnées à de lourdes amendes. Un fichier informatique ("Lutin", basé à Rennes) est mis en place. Il peut être consulté téléphoniquement par les contrôleurs afin de savoir si une personne est récidiviste, et selon la réponse, faire appel aux flics pour débarquer la personne et si besoin est, l’arrêter et l’emmener au poste. Le renforcement des contrôles permet également d’identifier les personnes "sans-papiers". Les contrôleurs collaborent ainsi avec la police dans la politique d’expulsion des sans-papiers ; ils n’hésitent pas à appeler la police dès qu’un "mauvais payeur" a le teint louche".

Cette forme de contrôle social vient s’ajouter aux nombreux fichiers existants, à l’encontre des populations potentiellement "délinquantes", engagées dans des mouvements sociaux, immigrées, "pauvres", ou toutes autres catégories sociales qui peuvent troubler l’ordre social ; finalement, tout le monde et n’importe qui. Ce contrôle insidieux renforce le conditionnement des individus aux normes sociales (travail, télévision, famille, consommation, soumission à l’Etat et à ses lois oppressantes,…).

Il s’accompagne d’une criminalisation des individus qui sont en dehors de cette normalité ou qui la refusent. En témoigne la campagne publicitaire contre la fraude que s’est offerte la SNCF récemment : elle criminalise les personnes qui n’ont pas les moyens de payer en les rendant responsables de tous les maux du moindre confort (manque de bancs, d’escalators, etc.). A quand les fraudeurs responsables du retard des trains ?!!!

Gratuité des transports, avec ou sans la SNCF, c’est possible

La liberté de circuler doit-elle être réservée à celles-ceux qui en ont les moyens ? La notion de "bien commun" est en question, puisque la société se divise entre celles-ceux qui ont le droit et la possibilité de voyager et les autres qui doivent rester scotchés, assignés à résidence sur leur lieu de vie habituel.

Dans certaines régions, des possibilités de voyages gratuits sur les réseaux régionaux existent, c’est le cas en Midi Pyrénées pour les usagers les moins "riches". Pourquoi ne pas imaginer la gratuité de tous les transports collectifs pour tous ?

C’est déjà le cas à Hasselt en Belgique (agglomération de 310 000 ha.) où la gratuité totale des transports en commun est instaurée depuis 1997 ; de telles expériences tendent ainsi à se développer dans d’autres endroits comme à Châteauroux, Vitré ou Compiègne, souvent parce que les élus en place réalisent que la gratuité est plus "rentable", et qu’ils peuvent ainsi en tirer quelques grosses ficelles politiciennes.

Là intervient le débat du coût puisqu’une partie importante du fonctionnement des transports est financée par l’argent public. Le système de contrôle (billeterie, achat et entretien des composteurs, coût des contrôleurs et de la police ferroviaire, gestion des dossiers d’amendes et du fichage informatique des fraudeurs, campagnes publicitaires contre la fraude !!…) a un coût aussi conséquent qu’absurde. Ce même raisonnement peut se faire pour le fonctionnement global de la société : la majorité des dépenses publiques sont consacrées au financement des structures qui nous oppriment directement (armée, police, patrons, élus...). Et cette question du rapport à la gratuité et à l’argent public peut pousser à une réflexion sur l’argent tout court. Car tant qu’il y aura de l’argent, il n’y en aura pas assez pour tout le monde.

L’abolition de l’entrave capitaliste, entre autres, reste donc une finalité...


Source/auteur : antirep
Mis en ligne le mercredi 30 avril 2003, par Albator
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