Jeudi 8 mai. Troisième jour de grève de la faim. Moral
bon. Santé bonne. Dans une petite chambre du siège de
Demain, Immeuble Assaâda, à Rabat, où j’ai jeté un
matelas spartiate par terre, j’ingurgite suffisamment
d’eau et de sucre pour tenir la route. Je sais que la
bataille va être longue avec ce régime. je prévois
plus d’un mois de grève de la faim, et même plus.
C’est dur, mais il faut que ce régime et ses hommes
sachent que nous ne sommes pas leurs serviteurs ni
leurs esclaves et que nous avons le droit de nous
exprimer librement et de parler de tout. La
République, la Monarchie, le Sahara, le budget de la
liste civile du Roi, et de rire de ces Marocains qui
se prosternent au passage du train royal, etc… Nous
avons aussi le droit de dire que la personne du Roi
n’est pas sacrée. Mohammed VI est un chef d’Etat comme
tous les autres chefs d’Etat. On lui doit le respect
qu’on doit à un chef d’Etat. C’est tout. Plus, ce
serait de la servitude, et nous ne sommes pas des
serfs.
Le matin, j’ai eu droit à la plupart des chaînes radio
d’Espagne. Les journalistes espagnols qui ont visité
le site web monté par des lecteurs de Demain
http:// www.multimania.com/demainmag, trouvent qu’il y a
manifestement un problème au sommet de l’Etat pour
craindre à ce point des journaux satiriques.
Deux télévisions françaises ont également appelé.
Quand l’un des présentateurs a pris connaissance des
charges (outrage au roi, atteintes à l’intégrité
territoriale et au régime monarchique), et après avoir
visité le site web, il a rigolé. Il a bien rigolé.
Le matin, une nouvelle : le fils de Mohamed VI
s’appelle "Hassan". Il sera donc Hassan III. Un
présage ?
Dernière chose avant que j’aille me reposer un peu :
des journalistes me demandent si la grève de la faim
est CONTRE les procès. Non. La grève de la faim a été
déclenchée parce que je n’ai plus d’imprimeur, je n’ai
plus l’assurance de pouvoir sortir librement de mon
pays, et d’y revenir. Il ne faut pas oublier que le
Maroc a déjà, dans le passé, interdit à ses propres
citoyens de revenir chez eux. C’est le propre d’une
dictature, même si elle est, comme la nôtre, quelque
peu LIGHT.
Pour le procès, je revendique haut tout ce qui a été
publié dans mes journaux. Je n’ai pas l’intention de
faire un méa culpa ou me jetter dans un acte de
Redemption.
Le procès comme vous le savez a été reporté au mardi
13 mai. A 9h du matin.
Ali Lmrabet
Directeur de Demain et Doumane