Paris, 5 mai 2002 la Place de la République fête la victoire de Jacques Chirac, élu à plus de 80% contre Le Pen. 10 mai 2003, un an de Sarkozy plus tard, la République fête une autre cause : celle de 10 années de combat contre la double peine. Organisé par la campagne nationale contre la double peine, le concert de la République fut assurément un beau succès : 20 000 personnes, le soleil, un plateau musical alléchant, une ambiance solidaire. Pour un peu on se serait cru dans une manifestation d’avril 2002, chacun parlant à son voisin loin des mines figées du métro ou du RER.
La Rumeur, groupe de rap français, fut accueillie sur scène par Sydnet - le dinosaure du HIP HOP- son chanteur togolais dénonça pêle-mêle Sky-Rock qui a « mis le rap sur le trottoir », on va leur montrer « qui sont les premiers sur le rap » scanda la foule, et le Ministère de l’intérieur qui traîne le groupe devant un tribunal (audience le 9 janvier 2004) parce qu’il a osé parler des bavures policières dans une chanson, « On va assumer la dimension politique de cette affaire » jure la Rumeur. Quelques instants au paravent, jacques Higelin avait donné vingt minutes de sa journée pour la cause. Vingt minutes c’est peu, mais 20 minutes d’Higelin ce dix mai sur la Place de la République ce fut magique, envoûtant. Puis vinrent les toulousains de Zebda, fidèles à eux mêmes et à leur réputation : quarante-cinq minutes de ragga made in sud ouest, le public exulta. Les flics avaient disparurent du haut des statues laissant place aux multitudes brandissant des banderoles contre le G8 et des pancartes à la mémoire de Carlo.
Alors bien sûr un concert c’est pas grand chose, c’est un moment partagé, peut être un disque de promo, histoire que chacun rentre dans ses sous, mais 20 000 personnes à Paris contre la double peine un an après le 21 avril c’est déjà tout un symbole. Alors que Sarkozy veut nous faire croire que son projet de loi abroge cette sanction inique, un signal clair a été envoyé hier : non on croit pas à tes bobards ! comme l’on dit plusieurs intervenants sur la scène de la République, il faut aussi maintenant penser à passer du symbole à la pratique, du discours à la réalité à la fois en soutenant les initiatives des associations, mais également en désobeissant à l’ordre impérial. Certains sont déjà passé à l’acte en refusant d’embarquer dans un avion qui accueillait des expulsés, ou en manifestant leur solidarité concrète envers les réfugiés de l’ancien centre de Sangatte, pour ces actes ils sont poursuivis par la justice, ne nous laissons pas intimider.
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Frédérique, samizdat.net