A propos de l’initiative nommée "collectif Rachel Corry".
Une mise au point - 10 mai 2003
Le lundi 5 mai, nous avons été sollicité pour signer un appel de soutien aux
Internationaux qui partent en Palestine, et qui se retrouvent refoulés,
arrêtés , expulsés, ou pire encore, tués et blessés, c’est -à-dire un appel
contre l’entrave faite par les autorités israéliennes à l’action pacifique
des Internationaux. Cet appel nous a été proposé par un nouveau collectif qui
nait à cette occasion et s’appelle Collectif Rachel Corry.
Tout de suite, et tout en considérant que l’initiative était excellente, nous
avions émis des remarques concernant la construction de la démarche, en
demandant aux initiateurs d’en débattre :
1 - L’appelation d’abord. Il nous semble maladroit de personnifier ou de
verser dans le particularisme. Même ISM, auquel appartenait Rachel Corry, ne
l’a pas fait et a su rester vigileant sur ce point. Nous avions discuté
spécifiquement de cet aspect auparavant, lors de la conception de l’affiche
"en Palestine, les bulldozers tuent", et avions finis par enlever la photo
de Rachel, pour mettre en avant le point général. S’ajoute à cet argument,
qu’il faut rester fermement en dehors de toute "martyrologie", surtout que
les Internationaux adoptent une démarche pacifique. Pourquoi ne pas l’appeler
Comité de solidarité (ou de défense) des Internationaux en Palestine ?
2 - Le risque du déplacement du sujet : l’enjeu n’est pas les
Internationaux en tant que tels mais l’isolement du peuple palestinien. Nous
pensons qu’une partie essentielle de la stratégie de l’offensive israélienne
consiste justement à déplacer le sujet.
En France se joue ce déplacement sur le thème antisioniste = antisémite,
soulevé et jetté à la polémique, par les organisations sionistes. Ce
déplacement a réussi : la discussion générale porte dés lors sur ce thème au
lieu de s’inquiéter de ce qui se passe en Palestine.
Le déplacement ne s’effectue pas uniquement par camouflage de l’essentiel au
profit du secondaire ou de quelque chose "qui est à côté", mais aussi en
conquérant du terrain. Dans le cas de antisionisme = antisémitisme, le doute
est jetté quant à l’évidence que c’est une fausse équation et une
auto-cesure se crée chez certains etc... C’est toujours ça de gagner par
l’offensive sioniste ou israélienne . Michel Warchawski a fait remarquer à
juste titre qu’à force de refuter ce qu’un Tarnero ou similaire dit, on
passe tout le temps des meeting à parler d’eux et pas de la Palestine, ni des
crimes d’Israël !
En ce qui concerne le thème des Internationaux ( et surtout quand ça passe
par une appelation Rachel Corry), c’est le même phénomène qui est en train de
se produire. Or le sort des Internationaux est un élément d’un ensemble et il
doit apparaître clairement comme tel. C’est pour cela que les associations
engagées déjà sur la Palestine sont directement concernées par la
constitution d’un groupe de travail dont la tâche serait de mener telle ou
telle démarche, y compris le lancement d’une pétition si cela s’avère utile.
Une pétition peut solliciter différents niveaux et il s’agit de réfléchir sur
ce qui serait le plus pertinent. Et de faire des choix. C’est par exemple la
démarche qui a été adoptée pour la conception et le collage de l’affiche "
En palestine, les bulldozers tuent ". Dans ce cas, l’initiative fera "partie
de", et l’ordre des priorités ne sera pas brouillé. Ce n’est pas une
question de forme mais de fond, et le sens dépend de la manière de faire
(c’est pour cela qu’on dit que la forme et le fond sont liés !! ).
3- Une question de logique : Si par contre, l’initiative lancée est
indépendante, menée par une nouvelle structure ( ce qui est évidemment
légitime ), alors, il faudra continuer jusqu’au bout dans cette logique.
Demander aux associations sur la Palestine d’être solidaires d’elles mêmes,
et d’être les premières signataires d’un appel dont elles sont le sujet ne
peut que paraître bizarre ! Ce n’est pas à ces associations et à leurs
membres qu’une telle pétition devrait s’adresser - sinon c’est du pareil au
même - mais elle devrait faire l’effort de ramener une solidarité depuis
des milieux (organisations et individus ) qui n’ont pas l’habitude de se
prononcer sur la Palestine ou dont ce sujet n’est pas leur préoccupation
centrale. C’est cela qui fera un plus.
4 - Le déroulement ensuite : Il n’y a eu aucune envie de la part des
initiateurs de mener une reflexion ou un débat pour construire leur
initiative. Nous l’avons appris au moment de son lancement public, ce qui est
dommage. Toute initiative mérite un temps de reflexion collectif pour éviter
les erreurs et pour mûrir, d’autant plus quand elle touche à une question
aussi sensible, de tout point de vue, que celle de la Palestine et surtout
des Internationaux.
5 - un dernier point enfin, SUPER IMPORTANT : il est hors de question, pour
des raisons évidentes de sécurité, que soit publiée, sous forme de pétition,
une liste des Internationaux déjà partis en Palestine ou candidats au départ
! Il est hors de question aussi que cette liste soit implicitement ou
indirectement divulguée via le relais que font les réseaux CCIPPP de cet
appel. Nous vous demandons une extrême vigileance sur ce point, et serons
"intraitables " à l’encontre de ceux et celles qui prendrons cet aspect à la
légère !!
Pour toutes ces raisons, nous pensons que l’initiative est bonne dans ses
intentions mais qu’elle est mal construite et mal menée. Nous savons que ce
genre de maladresses et de précipitations mènent d’habitude vers des
situations contre- productives, et parfois peuvent même faire régresser le
mouvement de soutien à la lutte du peuple palestinien.
C’est parce que cette initiative a été rendue publique via l’utilisation du
réseau de la CCIPPP, entre autres, que nous avons été obligés de publier
cette mise au point.
La coordination générale de la CCIPPP
ccippp@club-internet.fr