Paris, le 21 mai 2003 - La Fédération internationale des ligues des droits de
l’Homme (FIDH) est très préoccupée par le verdict rendu ce jour contre le
journaliste marocain Ali L’mrabet, directeur des publications
hebdomadaires "Demain magazine" et "Douman". Le Tribunal de première instance
de Rabat a condamné le journaliste marocain pour « outrage au Roi » à quatre
ans de prison ferme et 20 000 dihrams d’amende, ainsi que l’interdiction de
ses deux publications.
Ali L’mrabet a été immédiatement incarcéré à la sortie du Tribunal en
application de l’article 400 du
Code de procédure pénale. La FIDH observe que cet article n’a été, jusqu’à
présent, utilisé
qu’exceptionnellement, ce qui illustre les moyens disproportionnés mis en
oeuvre par la justice
marocaine pour réprimer le journaliste, et fait craindre une régression au
niveau des libertés
d’expression et de la presse.
La FIDH s’indigne de la sévérité de cette condamnation, qui pourrait
dissuader les journalistes de
s’exprimer librement. En effet, M. L’mrabet est condamné parce qu’il a fait
usage de sa liberté d’opinion et d’expression. Il a été poursuivi par la
justice marocaine pour "outrage à la personne du roi", "atteinte à
l’intégrité territoriale" et "atteinte au régime monarchique", suite à une
série d’articles et dessins sur la liste civile royale votée au Parlement
(document officiel du ministère des Finances distribué aux parlementaires),
l’histoire de l’esclavage, un photomontage mettant en scène des personnalités
politiques du royaume et les extraits d’une interview d’un républicain
marocain qui se prononçait notamment pour l’autodétermination du peuple
sahraoui.
M. L’mrabet a également subi des pressions au cours de la procédure
judiciaire. Ces pressions ont
incité son imprimeur à suspendre l’impression des publications. Le 17 avril
dernier, Ali L’mrabet a été empêché de quitter le territoire marocain. La
FIDH s’était inquiétée de cette interdiction qu’aucune décision judiciaire ne
justifiait.
M. L’mrabet a entamé une grève de la faim le 6 mai 2003 pour dénoncer cette
situation.
La FIDH considère qu’une condamnation à une peine d’emprisonnement pour un
délit de presse est contraire aux obligations internationales du Maroc et
notamment à l’article 19 du Pacte international sur les droits civils et
politiques, ratifié par la Maroc, et demande en conséquence aux autorités
marocaines de se conformer à ses obligations internationales.
Par conséquent, la FIDH prie les autorités marocaines de modifier, au plus
vite, le Code de la presse en ce qu’il prévoit des peines de prison pour des
délits d’opinion.
Contact presse : +33 1 43 55 25 18