Dans le cadre d’une exposition consacrée à l’engagement dans l’art, organisée
par l’association Noir sur blanc des étudiants de l’ESSEC la photographe Joss
Dray, auteur de nombreux ouvrages, avait été invitée à présenter ses photos
consacrée à la Palestine, mercredi 21 mai, dans l’enceinte de l’Ecole.
Cette exposition/installation est une œuvre mise en forme par la scénographe
et graphiste Anne-Marie Latrémolière.
En début de matinée, plusieurs personnes se réclamant d’une association Essec-Israël sont venues exiger, dans un premier temps le décrochage du panneau de
titre « Les Nouvelles portes de Jérusalem, apartheid isReal »
qui selon ces personnes pouvaient passer pour une « provocation ». Afin de ne
pas alimenter l’agressivité d’une de ces personnes, Joss Dray a accepté de
déplacer le panneau, puis de masquer le sous-titre : « Apartheid isReal », un
débat devant être ouvert le lendemain soir sur le thème : « L’art doit-il
véhiculer un message ? ». Puis, il a été ensuite demandé à la photographe de
retirer les cartes de la Cisjordanie et de Gaza présentées pour situer les
lieux où avaient été prises les photos, qui étaient parties intégrantes de
l’exposition. Ces cartes mettaient en évidence les colonies israéliennes,
ainsi que les barrages militaires en territoires palestiniens occupés.
Pour l’un des censeurs, il n’est pas permis de nommer « Cisjordanie », un
territoire qui ne peut, selon lui, que correspondre à la dénomination
biblique de « Judée et Samarie ». C’est là le vocabulaire classique des
colons israéliens. Un vocabulaire qui nie l’existence de tout droit
palestinien à un territoire national.
Etrangement, le directeur de l’organisation générale de l’Essec, appelé en
renfort, a lui aussi exigé le retrait des cartes. Non plus au nom d’un
vocabulaire de colonisateur, mais au nom du refus de toute polémique, voire
de toute politique à l’intérieur de l’école. Un argument trois fois
fallacieux :
1) L’Essec n’est pas un collège. Les élèves ne sont pas des gamins. Ce
n’est pas la première fois que le débat politique y fait intrusion.
2) Un débat légitime devait accompagner cette exposition le 22 mai.
3) Le président de l’Union des étudiants juifs de France, auteur du
livre « le sionisme expliqué à mes potes », accompagné de l’ambassadeur
d’Israël avait été pour leur part, autorisé à venir présenter leur point de
vue, le X janvier à l’école, sans que cela ne trouble la direction.
En outre, nous ferons observer que si tout débat est légitime, les œuvres ne
peuvent être découpées ou censurée au gré des opinions de chacun, nous avons
donc été contraint de renoncer à présenter une œuvre ainsi vidée de son sens
artistique et politique.
De plus, la carte des territoires palestiniens qui sert de base à toutes les
conférences internationales ne peut guère être en elle-même un objet de
débat. A moins de considérer que la direction générale de l’Essec n’adhère
aux thèses des plus extrémistes des colons israéliens. Et cela, derrière
l’argutie du refus de la polémique..
C’est en vérité un acte de censure qui a été commis. L’art peut être engagé,
oui, mais pas trop, semble penser la direction de l’école. Car le problème
n’est évidemment pas que des militants politiques aux idées bien arrêtées
aient tenté là comme ailleurs d’empêcher l’expression d’un point de vue qui
n’est pas le leur, mais que des responsables de l’école ait aussi facilement
obtempéré.
Maurice Smadja responsable de l’association Iconovox, productrice de
l’exposition
Joss Dray/ photographe
Anne Marie Latrémolière/scénographe.